‹ Les Soeurs maçonnesChapitre 21 sur 73 · PREMIÈRE PARTIE La Réception de Vénus · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE La Réception de Vénus

Une Sœur, habillée en Vénus, c'est-à-dire très déshabillée, se présente à la Loge, les yeux bandés, au moment où le Vénérable vient d'ouvrir la séance. — Nous avons fait précéder d'une petite étoile ou astérisque toutes les parties déclamées, et de deux étoiles toutes les parties chantées.

Le Vénérable

* Frères et Sœurs, nous ouvrons la séance. . . Mais quoi ! l'on frappe au Temple des Maçons! ..

Le Frère Terrible

* Qui vient troubler nos saintes fonctions, Et quel Profane a cette impertinence?...

(Le Frère Couvreur ouvre. Vénus entre.

** Je suis Profane, j'en conviens, Et j'ai grand besoin qu'on m'éclaire ; Aussi, dans ce temple je viens Parmi vous chercher la lumière.

Pourriez-vous, messieurs, être sourds, Quand une femme vous supplie D'unir au flambeau des amours Celui de la Maçonnerie ?

Je n'ai connu, jusqu'à ce jour, De secret que celui de plaire, Et mon âme, toute à l'amour, N'admettait point d'autre mystère :

On m'a dit que les Francs- Maçons Avaient bien une autre science ; Je viens, messieurs, à leurs leçons Abandonner mon ignorance.

Trop longtemps j'ai vu dans l'erreur Languir les beaux jours de ma vie ; De ce qui donne le bonheur Instruisez-moi, je vous en prie.

Chez vous, de courage et d'ardeur On exige, dit-on, des preuves ; Eh bien, messieurs, voici mon cœur, Qu'on le soumette à vos épreuves !

Le Frère Terrible

* Profane, ici moins de prétention!

Peu de demande, et beaucoup d'espérance.... Sachons d'abord le lieu de ta naissance, Ton nom, ton âge et ta profession.

VÉNUS

** Je suis Vénus, fille de l'onde, Reine et déesse des amants; Ma naissance est celle du monde; Mon âge est dix-huit ou vingt ans.

Puissent, d'après mon espérance, Et selon vos intentions, Mon nom, mon âge et ma naissance Être dignes des Francs-Maçons 1

Dans les palais, sous la chaumière, Aux simples bergers comme aux rois, De l'art difficile de plaire J'enseigne les aimables lois:

Sur l'art d'aimer, à l'innocence J'offre aussi mes tendres leçons.

Puissent Vénus et sa science Etre dignes des Francs-Maçons !

Le Vénérable

Rien jusqu'ici que de très convenable, Et nous devons tous être satisfaits ; Mais demandez à cette femme aimable Si les beaux-arts pour elle ont des attraits.

VÉNUS

** Par moi, le génie et les arts Jadis naquirent dans la Grèce ; Dans Rome, à la voix des Césars, Ils me prirent pour leur maîtresse Dans la suite, je les portai Aux murs de la belle Florence; Maintenant, par ma volonté, Ils régnent au sein de la France.

A Phidias, que j'inspirais, Je servis de guide fidèle ; Et de Raphaël, que j'aimais, J'étais moi-même le modèle ; Au Tasse, que vous aimez tant, J'offris le portrait d'Herminie; Et Racine, en me caressant, Fit les beaux vers d'Iphigénie.

Le Vénérable

* Apprenez-lui que, la précaution Étant du bien la juste garantie, Nous l'invitons à donner caution

De ses talents, de ses mœurs, de sa vie.

VÉNUS

** Pour caution je puis donner Les dieux ou les rois de la terre, Et tous viendraient s'abandonner Au signal qu'ils me verraient faire ; Mais j'aime mieux, dans ce séjour, Prendre un garant plus ordinaire.

Messieurs, je vous nomme l'Amour ; Ce garant-là peut-il vous plaire ?

Le Vénérable

* Rappelez-lui qu'Amour est son enfant,

Qu'à ses désirs nous ne pouvons nous rendre, Et qu'elle-même aisément doit comprendre Qu'il ne saurait devenir son garant.

Vénus

** Si je n'avais pas sur les yeux Le large bandeau de Profane, Chez vous je pourrais choisir mieux, Sans craindre que l'on me condamne ;

D'après une permission

Que j'obtiendrais du Ve'ne'rable,

Je nommerais pour caution

Le plus jeune et le plus aimable.

(On applaudit. Le Maître des Cérémonies fait avancer Vénus, pour qu'elle réponde aux questions d'usage.)

Le Vénérable

* Dans tous les temps, quoiqu'on vive chez nous Sans fanatisme et sans intolérance, Quoique chacun, maître de sa croyance, Y coule en paix les moments les plus doux, Pourtant faut-il bien croire à quelque chose ; Car sur les dieux la morale repose :

Belle Profane, à quel dieu croyez-vous ?

VÉNUS

** Je crois au dieu dont l'univers Atteste l'auguste existence, Dont la main, au plus haut des airs, Soutient des cieux la voûte immense, Au dieu de qui la majesté Annonce le roi de la terre, Tandis que sa noble bonté Le montre aux humains comme un père.

Ce dieu, que dans mon cœur j'admets, Tout me parle de sa puissance :

Le soleil me dit ses bienfaits, L'amour m'annonce sa présence.

Son trône est au-dessus des dieux; II est sur des lèvres mi-closes ; Et son nom se lit dans les cieux, Comme sur les feuilles de roses.

Le Vénérable

* Fille des dieux, sur la divinité Nous admettons votre noble croyance, Et vous devez nous dire, en conséquence,

Si vous croyez à l'immortalité,

Dogme à bon droit chez les humains vanté,

Qui de leur âme assure l'existence.

VÉNUS

** Je crois à, l'immortalité,

Je chéris son aimable empire; Cet instinct de l'humanité, C'est le ciel même qui l'inspire.

Sur un dogme aussi précieux L'ordre de Punivers repose, Et, pour le maintenir, les dieux Ont créé la métempsychose.

Quand j'aperçois, dans le printemps, Les caressantes tourterelles, Je vois dans leurs baisers constants Les âmes des amants fidèles; Et ce système ingénieux, Dont la nature est embellie, Offre autant d'âmes à mes yeux Qu'il est de fleurs dans la prairie.

Le Vénérable

* Fort bien, Vénus ; mais je voudrais savoir De vous, dont l'âme est si compatissante, De vous d'ailleurs toujours si complaisante, Envers autrui quel est notre devoir.

VÉNUS

** Qu'on fasse chacun l'un pour l'autre Ce qu'on voudrait qu'on fit pour soi ; Que mon bien-être soit le vôtre, Et que le vôtre soit à moi.

Dans le bonheur de nos semblables Cherchons le nôtre avec ardeur, Pour qu'un jour leurs bras secourables Nous soutiennent dans le malheur.

Fidèle à si douce maxime, J'en ai fait celle de l'amour; Lorsqu'une e'gale ardeur l'anime, Qui m'aime est certain de retour.

Pour deux baisers que l'on me donne, Je rends deux baisers sur-le-champ:

Quand elle est tendre, aimable et bonne, Toute femme en doit faire autant.

Le Vénérable

* Bravo, Vénus ! la Loge est satisfaite

De votre esprit et de vos sentiments ;

Mais votre épreuve est loin d'être parfaite,

Pour être admise au rang de ses enfants.

Il faut encor vous armer de courage ;

Dans les périls vous allez voyager,

Et, pour apprendre à braver le danger,

Entreprenez votre premier voyage.

(Vénus fait son premier voyage. On la conduit autour de la Loge, sur un plancher hérissé d'aspérités, pendant que le Frère Servant tourne la manivelle de l'instrument qui produit le bruit du tonnerre.)

Le Vénérable

Dans le chemin où vous avez erré, Belle Vénus, qu'avez-vous rencontré ?

VÉNUS

** J'ai rencontré dans ce voyage Bien des obstacles sur mes pas; Il s'élevait sur mon passage, Un épouvantable fracas :

Du monde image trop fidèle, Ce voyage dit à mon cœur Qu'il faut souffrir peine cruelle Pour arriver jusqu'au bonheur.

Le Vénérable

On ne peut mieux expliquer un emblème ; Vous devinez le vrai sens de nos lois ; Docte Vénus, continuez de même, Et voyagez pour la seconde fois.

(Vénus fait son second voyage. On la conduit autour de la Loge, sur le plancher uni, pendant que les Frères froissent ensemble leurs épées pour produire un cliquetis bruyant.)

Eh bien, Cypris, que pouvez-vous nous dire Sur ce chemin de nouveau parcouru ?

A-t-ii offert sujet de vous instruire?

En le faisant, qu'avez-vous entendu ?

VÉNUS

** Au bruit, au cliquetis des armes, J'ai franchi ces nouveaux sentiers ; J'en ai ressenti des alarmes, Messieurs, j'en conviens volontiers :

Mais, en poursuivant ce voyage, J'ai trouvé le chemin plus doux, Tant il est vrai que le courage Du sort nous fait braver les coups.

Le Vénérable

* Belle Vénus, loin de vous exhorter A soutenir nos épreuves diverses, Je suis réduit à vous féliciter ; Il n'est pour vous ni peines ni traverses. Il faut encor, cependant, parcourir Un long sentier, que l'on va vous ouvrir.

(Vénus fait son troisième voyage Le Frère Servant souffle sur elle, à son passage, la lampe à lycopode.)

Tout est fini. De ce dernier voyage

Que pensez-vous ? Quel est son avantage?

VÉNUS

** J'ai voyagé parmi la flamme Qui m'entourait de tous côtés :

Le feu, dit-on, dégage l'âme De toutes les iniquités.

J'admets cette sainte maxime ; Mais, dans mon cœur j'ai beau chercher, Je n'ai rien à me reprocher, A moins qu'aimer ne soit un crime.

Le Vénérable

* Aimer n'est point un crime devant nous, Tendre Vénus, puisque nous aimons tous.

De cette flamme ayez meilleur augure ; Sa vive ardeur brûle sans consumer Et dit sans cesse à nos cœurs qu'elle épure : « Pour être heureux, mortels, sachez aimer. »

(A ce moment, le Maître des Cérémonies plonge brusquement le bras de Vénus dans un baquet d'eau que tient le Frère Servant.)

O vous, par qui se réchauffe le monde, Vous dont le cœur aime à brûler toujours, De votre bras, qu'on a plongé dans Tonde, Un froid subit a glacé les contours; Or, dites-moi, cette eau, ce froid extrême, A votre avis, de quoi sont-ils l'emblème?

** Il n'est, hélas ! que trop d'amants

Sous ce nouvel emblème.

On brûle de feux dévorants,

Le premier jour qu'on aime:

Laissez passer un jour ou deux ; Bientôt, succède à tant de feux

Une froideur extrême.

Le bel Arthur, rempli d'ardeur,

Fait la cour à Rosine.

Il parvient à toucher son cœur ;

Enfin, il y domine :

Mais, une heure après son bonheur, Crac ! mon Arthur est en froideur

Et va... chez la voisine!

La nuit, qui d'un nouvel époux

Couronne l'espérance, Lui promet le plaisir bien doux

D'instruire l'innocence :

Laissez venir le lendemain ; A ses feux succède soudain

La froide indifférence.

Le Vénérable

Préparez-vous. On va vous présenter

La coupe amère où boivent tous les hommes ;

Nous y buvons, tout Maçons que nous sommes.

Recevez-la, sans vous déconcerter;

Belle Vénus, buvez jusqu'à la lie ;

On ne veut pas nuire à votre santé.

(Le Maître des Cérémonies fait boire à Vénus la coupe d'amertume : bitter non gommé ou toute autre boisson du même genre.)

Or, dites-nous encor, que signifie Ce vin amer qu'on vous a présenté ?

VÉNUS

** Ce breuvage dit à mon cœur, Par son amertume cruelle, Qu'il n'est point de parfait bonheur Et jamais de joie éternelle, Qu'il faut modérer ses désirs Et retenir, entre autres choses :

« La peine est fille des plaisirs, Comme l'épine l'est des roses. »

Le Vénérable

* Dans un instant, votre bouche mignonne Doit prononcer un serment solennel; Vous jurerez, au pied de notre autel, D'être toujours une bonne Maçonne :

Mais, pour signer cet auguste serment, Jeune Profane, il faut de votre sang!...

VÉNUS

** Oui, je veux rester constamment

Fidèle à la Maçonnerie,

Et je prêterai le serment

D'être à vous pour toute la vie :

Comme il faut un sang précieux

Pour de si précieux mystères,

Messieurs, j'offre le sang des dieux

Pour signer le serment des Frères.

(Elle tend son bras. Le Maître des Cérémonies et le Frère Terrible le saisissent et simulent une saignée. On applaudit.)

Le Vénérable

* Pour consoler et charmer les mortels, Lorsque du ciel vous venez sur la terre,

Ou quelquefois, quand vous changez d'autels En voyageant de Paphos à Cythère, Belle Vénus, vous pourriez égarer, Par accident, le diplôme mystique Que nous allons bientôt vous délivrer:

Sans ce brevet de l'Ordre Maçonnique, Timide enfant, qui vous reconnaîtrait ?

Qui vous tendrait une main protectrice Dans le malheur ? et quel Frère pourrait Vous arracher aux coups de l'injustice?... Pour obvier à pareil accident Que tout Maçon doit craindre également, Chacun de nous d'un cachet tout brûlant A sur le corps une empreinte secrète. . . « Où voulez-vous, Vénus, qu'on vous la mette?

VÉNUS

** Dans ce que je dois accomplir,

Votre volonté me dirige,

Messieurs, et je mets mon plaisir

A faire tout ce qu'elle exige:

Et puisque ce cachet d'honneur

Demande une place secrète,

Je vais vous découvrir mon cœur ;

C'est là qu'il faut qu'on me le mette.

(Elle découvre son sein. Le Frère Servant remet au Maître des Cérémonies un petit verre à liqueur, dont il a très légèrement échauffé le pied à la chaleur d'une bougie. Le Maître des Cérémonies applique l'objet sur le sein de Vénus, pour simuler Tapplicatiou d'un sceau rougi au feu. La Loge applaudit au courage de Vénus.)

Le Vénérable

D'un esprit fort, de nobles sentiments, Vous qui donnez aux Maçons tant de preuves, Belle Profane, encore un peu de temps, Et vous touchez à la fin des épreuves !...

Des signes vrais, des emblèmes sacrés

Sont, j'en conviens, l'appui de nos mystères,

Et l'Orient n'éclaire que des Frères

De qui sans cesse ils seront révérés ;

Mais les vertus, ce domaine du sage,

Ce seul trésor qui fait de lhomme un dieu,

Sont de nous tous le premier apanage

Et notre orgueil, en tout temps, en tout lieu.

De ces vertus qui font notre existence, Il en est une à laquelle nos cœurs Ont attaché les plus grandes douceurs : Cette vertu se nomme Bienfaisance ; Vertu chérie, instinct venu des deux, Tous les Maçons vivent sous sa puissance Et dans le bien qu'ils font aux malheureux, A chaque instant, trouvent leur récompense.

Que vos trésors, Vénus, que vos bijoux Soient au malheur consacré dans ce temple ; Et des vertus, qu'on exige de vous, Que vos bienfaits soient le premier exemple !

VÉNUS

** De mes bijoux, que l'on m'a pris Aux portes de ce sanctuaire, De bon cœur, je laisse le prix Aux victimes de la misère.

Cet anneau que m'offrit l'Hymen, Aux malheureux j'en fais hommage ; Peut-il être un plus beau destin Pour un bijou de mariage ?

Tous les trésors que les amants M'ont offert dans leur opulence, Avec plaisir, je les suspends A l'autel de la bienfaisance, Heureuse, messieurs, dans ce jour, Des Plaisirs la reine et la mère, De voir les bijoux de l'Amour Sécher les pleurs de la misère.

Un bijou bien plus précieux,

Que je tiens de la main des Grâces,

Qui, sur la terre et dans les cieux,

Fixe les Plaisirs sur mes traces,

Ma ceinture, où les dieux ont mis

Tout l'art de charmer et de plaire,

J'en offre aux malheureux le prix

Pour anéantir leur misère.

(On applaudit. Un vieux maçon, qui s'est abstenu d'accorder ses bravos à Vénus, se lève.)

Un Vieux Maçon

* Frères et Sœurs, je demande à parler;

Je veux émettre un avis fort tranquille.

Dame Vénus, quoiqu'à nos lois docile Et charitable, est loin de m'aveugler.

— ig3 —

En sa faveur ici rien ne de'pose ; Et, bien qu'elle ait de l'esprit, des appâts, Un vrai Maçon veut encore autre chose : Il veut des mœurs, et Vénus n'en a pas !... J'ai soixante ans ; je puis juger les belles Sans me tromper ; je connais tous leurs tours, Leurs trahisons, leurs soupirs infidèles, Leurs faux baisers !... Dieux! combien les cruelles Ont de chagrins semé mes plus beaux jours !... Fatale erreur ! funeste expérience !

J'ai trop appris, hélas ! pour mon malheur, Qu'un regard doux, qu'un air plein d'innocence Sert bien souvent de voile à la noirceur.... Réponds-moi donc, ô femme trop perfide ! Pourquoi venir ici d'un ton timide, D'un bon époux méprisant les vieux nœuds, Rire aux dépens du pauvre misérable Et de l'anneau qui vous unit tous deux Faire aux Maçons un présent condamnable ?

(Il se rassied.)

VÉNUS

** Jadis l'amour, s'unissant à l'hymen, Embellissait des époux le destin ;

C'était là la vieille méthode.

Mais, aujourd'hui que tout va pour le bien, Cette union n'étant plus bonne à rien, Il faut bien se mettre à la mode !

Au temps passé, Philémon et Baucis En bons époux vivaient, dit-on, unis;

C'était là la vieille méthode.

Mais, aujourd'hui que règne le bon ton, Pour imiter Baucis et Philémon,

On pécherait contre la mode !

Jadis, du cœur n'écoutant que la voix, La jeune Agnès d'un époux faisait choix ;

C'était là la vieille méthode.

Mais, aujourd'hui que fille de quinze ans Prend le mari qu'ont choisi ses parents,

L'aimer serait contre la mode !

O vous, charmants, mais trop légers Français, Si vous voulez faire ici mon procès,

Suivez donc la vieille méthode; Mais, de Paris, si, copiant les goûts, J'offre à l'amant tous les droits de l'époux,

Vous m'en avez appris la mode !

Un Jeune Maçon, se levant.

* Elle a raison... Hélas ! pour être aimé, Ne faut-il pas qu'un mari soit aimable,

Ou tout au moins tant soit peu supportable?

Eh! peut-il l'être, alors que, déformé,

Boiteux, jaloux, vieux, il choisit pour femme

Une beauté dans la fleur du printemps,

Un tendre objet dont les jours innocents

D'un jeune époux ont besoin de la flamme ?...

Mais je m'arrête et dis qu'en tous pays

Femme toujours doit suivre les usages :

Seul, le pays des aimables maris

Est le pays où les femmes sont sages.

(Il s'assied. Le vieux maçon se lève avec vivacité.)

Le Vieux Maçon

* Ainsi soît-il !.. . Défenseur complaisant,

Vous dites bien; mais parlons d'autre chose !...

Que, sous le nom de sigisbé, d'amant,

Un vieil époux exige un remplaçant,

Tant pis pour lui 1 son grand âge en est cause ;

Mais deux, mais trois, et peut-être.... qui sait?...

Quand dans le vice un premier pas est fait,

Il n'est plus rien, alors, qui nous arrête,

Et les plaisirs nous font perdre la tète !...

Apprends-nous donc, ô Profane, pourquoi,

Si jeune encor, tant d'amants sous ta loi t

(Il s'assied.)

— iq5 —

VÉNUS

** De plus d'un amant, j'en conviens,

La conquête m'est chère ; J'aime à les voir dans mes liens,

Je n'en fais pas mystère ; Mon cœur se donne avec plaisir, Et le plus sûr de l'obtenir,

C'est... quiconque sait plaire !

Cependant, des folles erreurs

Je ne suis point l'apôtre ; Messieurs, en fait d'adorateurs,

Ma maxime est la vôtre :

Il n'en faut qu'un; et, si plusieurs Ont su mériter mes faveurs,

Ce fut... l'un après l'autre !

Pourquoi donc, ô censeurs méchants,

D'un ton triste et sévère, Condamnez-vous nos changements

Dans l'amoureux mystère?

Eh ! messieurs, vous qui me blâmez, Dès demain vous serez aimés,

Si vous savez me plaire 1

Le Vénérable

* De tous les dons qu'on fait aux malheureux, Ici, Vénus, on accepte l'hommage, Et les secours, que nous versons pour eux, De nos travaux sont le plus bel ouvrage : Mais, de ces dons, que la Loge retient, Toujours la source a besoin d'être pure ; Carie bienfait, que l'iniortune obtient, A la vertu ne doit pas faire injure.

Ainsi, l'anneau, ce gage de l'hymen Qui, dès longtemps, à Vulcain vous enchaîne, Remportez-le ; qu'il soit, à votre main, De vos liens une marque certaine —

Votre ceinture?..". Ah! jamais les Maçons De la beauté n'outrageront les charmes ; Ce talisman, si nous vous l'enlevions, A l'univers coûterait trop de larmes, Et, tous les jours, nous-mêmes ge'mirions. Reprenez-la, cette e'charpe élégante, Ce don chéri que vous ont fait les dieux ; Que les amours, de leur main caressante, Sur votre sein en rattachent les nœuds ; Et chaque fois que dans ce sanctuaire Vous reviendrez embellir nos loisirs, Portez, Vénus, cette écharpe légère, Signal heureux de nos plus doux plaisirs !

Le Vieux Maçon

* Eh bien, j'ai tort ; je me plais à le dire, Belle Profane, et j'aime à vous céder : Un simple geste, un regard, un sourire, Voilà, chez vous, l'art de persuader, Et, quoique vieux, à ce langage tendre, J'ai du plaisir à me laisser surprendre.

Le Vénérable

* Pour prononcer le serment solennel, Approchez-vous, Vénus, au pied du trône,

(Le Maître des Cérémonies la fait approcher.

Et qu'à genoux, en présence du ciel, Par trois fois trois, je vous fasse Maçonne. (Il la fait mettre à genoux.)

Posez la main sur ce livre sacré ;

C'est l'Art d'Aimer, l'évangile des belles ;

(Elle obéit.)

Par lui nos Sœurs, dès longtemps, ont juré D'être toujours des Maçonnes fidèles.

Jurez aussi !.. .

VÉNUS

** Je fais serment, par l'Art d'Aimer, D'être à vos lois toujours fidèle ; Chez vous je prendrai mon modèle, Afin de mieux m'y conformer.

Vos impénétrables mystères, Je saurai les taire à jamais, Et, foi de Vénus, je promets De vous chérir comme des Frères !

(Le Vénérable place son épée sur la tête de Vénus et frappe légèrement le glaive avec son maillet.)

Le Vénérable

Au nom des Jeux, de l'Amour, des Plaisirs, Et du pouvoir que l'Orient me donne.

Par trois fois trois, au gré de vos désirs, Je vous reçois et proclame Maçonne !

(Vénus est reconduite entre les colonnes.)

Que de ses yeux on ôte le bandeau; Faites-lui voir une faible lumière :

Qu'elle s'essaie à son éclat nouveau, Pour mériter de l'obtenir entière !

(A ce moment, on baisse les becs de gaz qui éclairaient la salle. Trois faibles lumières sont placées sur un trépied, au pied de l'autel. A l'Orient, le transparent, qui représente la lune, est seul éclairé. On retire la tenture du fond, et l'on aperçoit une toile peinte représentant, dans le lointain, le perspective des Champs-Llysees mythologiques. Une sympnonie douce se fait entendre.)

Chœur de Maçonnes

** Fuyez, ténèbres de la nuit, Fuyez, faites place à l'aurore ; Le flambeau du jour, qui la suit, Dans ces lieux va briller encore. ..

Mais non !... En faveur de l'amour, Soleil, retarde ta carrière; Vénus demande un demi-jour ) Pour s'essayer à la lumière. )

(On ôte le bandeau de Vénus, pendant le chœur, et on le lui remet, sitôt le chœur fini.1

Le Vénérable

* Que le bandeau, rattaché sur ses yeux,

Tombe au signal que bientôt je vais faire,

Et que du jour le flambeau radieux

Lui soit offert dans sa splcnd.ur entière!

(On rallume tous les becs de gaz Les plus vives clartés illuminent la salle. La lune et le sole 1 brillent à l'Orient, Les Frères et es Sœurs présents prennent un air réjoui. Musique gaie et éclatante.)

Chœur de Maçonnes »

** Astre du monde, roi des jours Qui s'embellissent sur tes traces, Viens de la reine des amours Parmi nous écla;rer les grâces !

Dans l'univers que ton flambeau Ravit d'éternelles lumières.

Rencontres-tu rien de plus beau } ,. Que Vénus au sein de ses Frères ? j

Au vif éclat de tes rayons

Que son cœur aimable s'enflamme,

Et que le feu des Francs-Maçons

Passe tout entier dans son âme !

Ordonne à la nuit de voiler

Nos symboles et nos mystères,

Et viens t ms les jours contempler j , .

Vénus au milieu de ses Frères ! S

(La musique cesse. Le Maître des Cérémonies fait monter Vénus à i'Orient.)

Le Vénérable

* Ma chère Sœur, — désormais, de ce nom Vous jouirez dans 1j sein de vos Frères, — Ce n'est pas tout, pour le peuple Ma;on, Que des statuts, des lois et des mystères :

Pour nous connaître en tous lieux, en tout temps, Pour nous che'rir et nou> aider ^ans cesse, Même au milieu du monde et des méchants, Nous possédons, ô gentille déesse, Un mot, un signe et des attouchements ; Ce mot sacré, ce mot si doux à dire, Ce signe h.ureux, cet aimable toucher, Charmante Sœur, — veuillez vous approcher, — Je vais moi-même ici vous en instruire.

(Il dit à Vénus le mot sacré d'Apprentie, en lui parlant à l'oreille. Puis, il lui montre quel est le signe. Enfin, il lui donne l'attouchement.)

Souvenez-vous de ne donner jamais Qu'à des Maçons cette preuve complète ; Sur nos statuts, nos lois et nos secrets, Ayez toujours votre bouche muette ; Et recevez, au pied de notre autel.

De vos amis le baiser fraternel.

(Tous les Frères, ainsi que les Soeurs, quittent leurs places et viennent au mili u d : temple. Le Vénérable Gra.id Maître a à s i droite la Grande Maîtr sse de la Lcge et à sa g uche la Sœur qui jo ie le rô e de Vénus. On forme 1 i chaîne d'unio i, cha ,ue Sœur étant ent e deux Frères. Tous, Frère > et Sœurs, s enlacent les uns les autres, selo i l'usage, pour fa re circuler, de gauche à droite, le baiser fraternel qui, partant du Vénérable par Vénus, doit revenir au Vénérable parla Grande Maîtresse.)

Chœur Général

** Où peut-on être mieux

Qu'au milieu de ses Frères?

Douce amitié, présent des deux, Sois le lien de nos mystères !

Embrassons-nous !

Embras.ons-nous !

Toujours !

Toujours 1 Toujours !

A qui mieux mieux !

La Grande Maîtresse

* Les baisers, qu'offrent les amours, Sans doute, ont des attraits suprêmes : Mais ces baisers, fruits des beaux jours, Passent comme les beaux jours mêmes.

Sur Faile rapide du temps S'échappe leur saveur le'gère ; Il faut, pour les rendre constants, Les unir aux baisers d'un Frère !

Chœur Général

** Où peut-on être mieux

Qu'au milieu de ses Frères ?

Douce amitié, présent des cieux, Sois le lien de nos mystères !

Embrassons-nous !

Embrassons-nous !

Toujours !

Toujours !

Toujours !

A qui mieux mieux !

La Grande Maîtresse

Aux doux baisers de Famitié, Qu'avec plaisir on s'abandonne î Mais que l'on est mal appuyé, Quand la trahison nous les donne !

De tous ces baisers la douceur, Presque toujours, est mensongère ; Il faut, pour fixer leur valeur, Les unir aux baisers d'un Frère !

Chœur Général

** Où peut-on être mieux

Qu'au milieu de ses Frères?

Douce amitié, présent des cieux.

Sois le lien de nos mystères !

Embrassons-nous !

Embrassons-nous !

Toujours !

Toujours !

Toujours !

A qui mieux mieux !

La Grande Maîtresse

** Heureux baisers, qui de nos cœurs Formez les chaînes e'ternelles, Des amis liens enchanteurs, Doux charmes des amants fidèles, Baisers d'amour et d'amitié, Pourriez-vous embellir la terre, Si vous n'étiez pas de moitié Dans les baisers que donne un Frère ?

Chœur Général

** Où peut-on être mieux

Qu'au milieu de ses Frères?

Douce amitié, présent des cieux,

Sois le lien de nos mystères !

Embrassons-nous !

Embrassons-nous !

Toujours !

Toujours !

Toujours !

A qui mieux mieux !

(Chacun reprend sa jlace. Le Maître des Cérémonies fait asseoir Vénus sur le siège de gauche le plus près de l'estrade . Tout le monde est assis, sauf l'Orateur pour son discours.)

L'Orateur

* Jadis, ma Sœur, un faible demi-jour Vous éclairait aux bosquets de Cythère, Ce jour léger, qui ne sert qu'à l'amour, A peine ouvrait votre belle paupière.

De votre amant il comblait les de'sirs

Et suffisait à vos anciens plaisirs :

Mais, aujourd'hui qu'une ardente lum'ère

Chez les Maçons pour toujours vous éclaire,

A des devoirs, à des plaisirs nouveaux,

Belle Vénus, vous êtes destinée.

D'acacia la tête couronnée,

Vous marcherez vers les jours les plus beaux ;

De nos vertus la brillante carrière,

Dès ce moment, s'ouvre devant vos pas,

Et nos loisirs, dont s'embeilit la terre,

Embelliront vos célestes appâts.

L'amour, ce bien qui fait votre puissance, Ce don chéri que vous tenez des dieux, Des Francs-Maçons orne aussi l'existence. C'est en aimant que nous sommes heureux, C'est l'amitié qui fait de nous des Frères, Et de l'amour les nœuds voluptueux Donnent encor du prix à nos mystères.

De la sagesse enfants religieux, Nous la cherchons au sein de la nature, Et les leçons qu'en donnait Épicure Sont de nos lois les fondements joyeux.

Qu'en dites-vous, néophyte charmante ?

Vous, des plaisirs source pure et constante, Les Francs-Maçons causent-ils votre effroi ? Les croyez-vous une famille austère, Troupe chagrine et n'ayant d'autre loi Que les tourments et les pleurs de la terre? Ah ! je le vois, au sourire enchanteur Dont s'embellit votre bouche de rose, Loin d'exciter en vous de la frayeur, Notre secret y fait naître autre chose. Vous êtes femme : une trop vive ardeur, Belle Vénus, vous brûle et vous égare ; Dans l'avenir qui pour vous se prépare, Lire aujourd'hui ferait votre bonheur.

Mais je ne puis de nos triples mystères

Vous cntr'ouvrir le voile qu'à demi :

Tel est chez nous le sort d'un Apprenti ;

Il doit savoir moins que ses autres Frères.

Un jour viendra ; vos désirs accomplis

Satisferont à notre propre envie ;

Sur les autels de la Maçonnerie

Nous n'aurons plus de secrets pour Cypris.

En attendant cette faveur nouvelle,

A nos leçons, Vénus soyez fidèle;

Dans le devoir apportez la chaleur

Et le plaisir qu'on attend d'une Sœur.

De ces devoirs qu'ici l'on vous impose, Il en est trois que, sur toute autre chose, Dans cette Loge il vous faudra remplir ; Vous n'aurez point à vous en repentir.

Vous êtes femme, et déesse, et Maçonne : Femme charmante et laite pour l'amour, Écoutez bien ce qu'Amour vous ordonne. N'imitez pas ces coquettes du jour, Qui de l'amour outragent la puissance ; N'affectez point cette sotte innocence, Ces vains dehors d'une fausse candeur, Ce ton d'Agnès que, par malheur, en France, Chez nos Laïs on prend pour de l'honneur. Soyez sans fard, telle que la nature Dans ses beaux jours vous offrit aux mortels : Un front candide, une âme franche et pure, A notre estime ont des droits éternels. A la pudeur ne portez point d'alarmes ; Qu'un léger voile, étendu sur vos charmes, En laisse voir le contour seulement :

Les nudités ne sont que pour l'amant.

Que de vos goûts le beau soit la mesure ; Femme gentille est une fleur d'amour, Qui doit en prendre et porter tour à tour La douce odeur, l'éclat et la p irure. Fuyez, fuyez ces papillons brillants,

Offrant partout leur hommage infidèle :

A vos genoux ils mettent un encens Déjà brûlé pour plus d'une autre belle. D'un esprit fort n'affectez point le ton, Et de vos mœurs bannissez la rudesse : De nos Français imitez la Ninon ; A la beauté sied un peu de faiblesse.

Vous connaissez la flamme et le tourment D'Écho, la nymphe, aux rives du Céphise : De cette belle évitez la sottise ; Ne mourez point pour un indifférent.

Si, par hasard, la vieillesse tardive De vos appâts flétrissait les trésors, Pour ramener la beauté fugitive Ne faites point d'inutiles efforts ; Femme que l'âge empêche d'être aimée Ne doit penser qu'à se voir estimée.

Sur les gazons d'un tranquille réduit, De vos baisers si parfois dans Cythère Un autre Amour devenait le produit, N'oubliez pas que du sein d'une mère Jaillit toujours le lait qui le nourrit.

Telle est, ma Sœur, de la Maçonnerie La loi d'amour que vous dicte ma voix ; Retenez-la, femme jeune et jolie, De vos attraits elle assure les droits.

Mais j'oubliais que vous êtes déesse ; Pardonnez-moi, je plaçais la beauté Bien au-dessus de la divinité.

O des humains la divine maîtresse 1 Il est pour vous des devoirs à remplir, Devoirs sacrés, dans le pouvoir suprême, Heureux les rois dont ils font le plaisir ! Heureux le dieu qui s'y soumet lui-même ! Fille des dieux, du haut de vos autels,

Jetez sur l'homme un regard favorable;

N'imitez pas ces dédaigneux mortels,

Ces grands du jour, dont le front méprisable

Sur les petits s'élève avec fierté ;

Faites aimer votre divinité.

Craignez l'orgueil ; sa vapeur enivrante

Dans les cieux même a l'effet du poison ;

Vous l'avez vu, l'orgueilleuse Junon,

Parmi les dieux, n'est pas la plus charmante.

Soyez affable; et qu'un air de bonté,

Adoucissant l'éclat du diadème,

Sur votre front brille avec majesté :

Qu'on vous admire, et surtout qu'on vous aime !

Rappelez-vous le plus beau de vos jours,

Ce doux moment où, simple, sans atours,

Au mont Ida vous fûtes la plus belle.

Dans ce jour-là, des juges le modèle,

L'heureux Paris, que guidaient les amours,

En vous, ma Sœur, ne vit qu'une mortelle.

Du rang superbe où s'attache l'ennui,

Il est si doux quelquefois de descendre !...

Voyez des dieux et le père et l'appui,

Chez Danaé comme il aime à se rendre !...

Le dieu des vers n'est jamais plus joyeux

Que chez Admète, au sein des bergeries...

Et votre enfant?... nos mortelles jolies

A tous moments lui font quitter les cieux !

De l'Amour seul et des Grâces suivie,

Quittez parfois l'Olympe et l'ambroisie ;

Belle Vénus, du céleste séjour,

Venez chercher le bonheur sur la terre.

Vous le savez, de tout temps, à la cour,

Félicité fut une ombre légère ;

Le vrai plaisir n'est pas dans les grandeurs ;

Et d'Adonis le tranquille bocage,

Ses chalumeaux, son simple lit de fleurs,

Vous ont offert jadis plus de douceurs

Que du dieu Mars le magnifique hommage.

Dans ces devoirs qu'ici je vous prescris Sont contenus les devoirs de Maçonne :

Femme gentille, et tendre, et douce, et bonne, Reine portant sans fierté la couronne, Compte sans peine au rang de nos amis.

Un autre jour, de nos secrets emblèmes

Je vous dirai le charme et la valeur ;

Vous apprendrez que les Maçons eux-mêmes

Ont des vertus l'emblème créateur.

Pour ce moment, d'un nombre maçonnique

Étudiez la puissance mystique :

Ce nombre est trois, nombre chéri des dieux.

Le ciel, la terre en conservent les traces;

De vos amants il fut le nombre heureux,

Et sur vos pas il réunit les Grâces.

De tous côté;, il frappe ici vos yeux;

Des Apprentis il y fait la bannière ;

De nos autels il entretient les feux,

Et c'est de lui que vous vient la lumière.

Que par trois fois, sur vos jours précieux, Des doux plaisirs le règne se prolonge 1 Que par trois fois, même loin de ces lieux, Nos bras unis vous enchaînent en songe 1 Mais je m'arrête à ce brillant mensonge... Belle Vénus, il est déjà minuit ; Retirez-vous ; les Maçons, à cette heure, Paisiblement regagnent leur réduit.

Regagnez donc votre heureuse demeure ; Jusqu'à demain, auprès d'un Apprenti, Du nombre trois répétez la mesure :

De ce doux nombre, aimé dans la nature, Que votre nmani soit toujours averti.

Bientôt, Vénus, par un Maître conduite, Sur un autel où vous serez instruite, Un autre jour, au gré de vos désirs, Par trois fois trois nous ferons vos plaisirs.

Ici se termine la première partie du divertissement. Le spectacle est interrompu ; en d'autres termes, ce la Loge est mise en récréation ». Les rafraîchissements circulent. Vénus se mêle aux Frères et aux Sœurs, C'est l'entr'acte.

SECONDE PARTIE La Réception des Grâces

Vénus, charmée d'avoir été reçue Maçonne, demande à la Loge de vouloir bien initier aussi l'Amour et les trois Grâces, Aglaé, Thalie et Euphrosyne ; le Vénérable lui répond :

Le Vénérable

* Belle Vénus, Sœur toujours adorable, Dont la présence embellit nos travaux, Divinité qui calmez tous les maux, De nos plaisirs source pure et durable, Dans le parvis de la fraternité, Lorsque, suivi des Grâces immortelles, De votre main l'Amour est présenté.

Tous, empressés de plaire à la beauté, Tous, de l'amour adorateurs fidèles, Les Francs-Maçons combleront vos désirs ; Soyez heureuse, et voilà nos plaisirs.

Mais, parmi nous, si Jupiter lui-même, Si tous les dieux demandaient d'ètra admis, Vous y verriez les deux, leur roi suprême, Ainsi que nous, aux épreuves soumis.

Vous le savez, Sœur aimable et chérie, L'égalité fait l'appui de nos lois, Et le niveau de la Maçonnerie Confond ici les bergers et les rois.

Soumettons donc à l'épreuve ordinaire Les beaux enfants que vous nous présentez : Ne craignez rien ; les enfants de Gythère Des Francs-Maçons ne sont point rebutés.

Vénus

* Pour ces enfants qu'aujourd'hui je présente, A cette Loge ayant, Frères, recours,

Je ne viens point, mère trop indulgente,

De vos statuts interrompre le cours.

Je suis Maçonne, et je dis la première :

Oui, dans ces lieux, qu'on éprouve l'Amour !

C'est un méchant dont le ciel et la terre

Depuis longtemps se plaignent tour à tour;

Mais, toutefois, qu'une sage clémence

De votre part encourage mon fils ;

Il faut avoir pitié des étourdis

Et pardonner quelque chose à l'enfance.

Quant à ses sœurs, qui, toujours sur mes pas,

Font constamment le charme de ma vie,

Pour les admettre en votre compagnie,

Heureux Maçons, je ne présume pas

Que vous deviez les soumettre aux épreuves.

Vous le savez, en tous lieux, en tous temps,

De leurs bontés, de leurs charmes puissants,

Les Grâces ont déjà donné des preuves ;

Puis, quel délit ferait-on expier

A trois beautés ne goûtant à Cythère,

Au ciel, ici, dans l'univers entier,

D'autre bonheur que le bonheur de plaire?

Le Vénérable

* Pour vous prouver qu'à tout ce qui vous plaît Nous réservons un accueil favorable,

Belle Vénus, mille fois adorable, C'est à vos soins que la Loge remet

De préparer les jeunes néophytes.

Allez, ma Sœur, et que dans ce parvis

Par votre main les Grâces soient conduites.

Quant à l'Amour, eh bien, qu'il soit soumis,

QuM obéisse aux règles maçonniques :

Mais, néanmoins, à des terreurs paniques

Prévenez-le qu'il ne se livre pas ;

L'Amour profane a pour nous trop d'appâts,

Nous aimons trop sa divine influence,

Pour l'affliger de la moindre souffrance.

(Vénus sort. Les Frères servants font, à gra^d fracas, manœuvrer les instruments qui imitent le bruit du tonnerre et de ia gré e ; d'autre- agitent des chaînes de ter. Apres quelques instants de ce charivari, deux chœurs entrent dans la sa 1 et vien e it ^e placer au mi leu : le prem er chœur est composé de Frèr.straves is n viei les femmes très laides; le second chœur est formé de jeunes Sœurs, choi ies parmi les plus jolies de la Loge Vénus, guidant les Grâces et l'Amo ir qui ont les yeux bandés et les mains charg'es d'une petite chaîne enfer-blanc. fat avec ses enfants le tour de la Loge, pendant que chajtent les chœurs. Ce sont quatre jeunes Sœurs qui remplissent les rôles des enfants de Vénus; pour cjIih de l'Amour, on choisit une Maçonne petite et délurée.)

Chœur des Vieilles

** Etouffons l'Amour et les Grâces ; Qu'ils périssent dans les tourments!

Ces cruels, hélas! sur nos traces Ne marchent plus dans nos vieux ans*

Chœur des Jeunes

* Eh! pourquoi l'Amour et les Grâces Périraient-ils dans les tourments ?

Ne marchent-ils pas sur nos traces Aux beaux jours de nos jeunes ans ?

Chœur des Vieilles

** Ils s'éloignent de la vieillesse, Ils dédaignent nos cheveux blancs, Et de l'inconstante jeunesse Ne recherchent que le printemps!

Sœ' rs Mac U

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