SIRÈNES
La sirène [sirœna, sir en, seraine, sereine, etc.) est un monstre de mer « qui parladoul-
ceur de son chant, traict les mariniers à péril. »
Ces monstres « ont semblance de femme dou chef jusques as cuisses, mais delà en aval ont semblance de poisson. )) Durant les tempêtes, elles entourent les vaisseaux, l'une chante, une seconde joue de la harpe, une troisième de la flûte. Le charme de leurs accents endort les marins; alors, elles montent î\ bord, les enlèvent, « les contrainct de toucher avec soy, et s'ilz ne le veulent, elles les tuent et les mangent. »
Mais ce sont là fables ridicules. « Selon la vérité, les seraines sont les folles femmes qui mettent les hommes à pauvreté, et leur font perdre corps et âme. » Les marins, pour •échapper à ces voix trompeuses, « étouppent » leurs oreilles : l'homme qui veut conserver sa -chasteté au milieu du monde doit de même fermer ses yeux et ses oreilles.
Tôt ensement fere le deit * Sage qui passe par cest mande Chaste se deit tenir et munde *.
Au seizième siècle et même au dix-septième, l'on prétendit que le serin des Canaries avait dû
* Le doit.
* Et pur.
son nom aux mélodieuses sirènes. « Le serin, écrit Belon, a prins son appellation françoyse de l'excellence de son chant. Car, tout ainsi comme l'on dit que les sy rênes endorment les mariniers par la douceur de leurs chansons, semblablement pource que ce petit oyseau chante si doulcement, il a pris le nom de serin ^ w C'est aussi l'opinion de Nicot', qui n'est pas démenti par Ménage'.
Sur la mappemonde d'Hereford , Ton voit au milieu de rHellespont une sirène assez bien dessinée.
Les animaux qui servirent de type aux sirènes paraissent être les lamentins, cétacés herbivores. u Ils ont l'habitude d'élever souvent la partie antérieure de leur corps hors de l'eau. Leurs mamelles placées sur la poitrine, les poils qui entourent leur mufle et qui de loin peuvent ressembler à une sorte de chevelure, enfin l'adresse avec laquelle ils se servent quelquefois de leurs nag^eoires pour porter leurs petits, leur donnent alors quelques points de ressemblance éloignée avec l'espèce humaine. On lésa parfois appelés/<?mm^5 de mer, »
TARANDE.
C'est un quadrupède de la taille du bœuf,
* Nature des oyseaux, p. 354.
* a Nomen habere putatur a sirenibus. » Thrésor de la langue françoise y édit. de 1621, p. 591.
' Dictionnaire étymologique de la langue françoise, édit. de 1694, p. 665.
qui a la tête du cerf et le pelage de l'ours. Il habite l'Ethiopie suivant les uns, les pays septentrionaux suivant d'autres. L'on dit que, comme le caméléon, il change de couleur quand on l'effraye, et prend alors celle de l'objet dont il est le plus rapproché.
Ce singulier animal est nommé tharandus par Hugues de Saint-Victor et parande par Br. Latini. On a cru y reconnaître le renne.