‹ Les soins de toilette: le savoir-vivreChapitre 158 sur 168 · XX · texte numérisé non relu

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d'une agilité merveilleuse; puis un lion, le plus vaillant et le plus généreux des quadrupèdes ; un lynx, dont la vue pénètre tous les corps et n'est arrêtée que par le verre ; un chameau, qui vit cent ans au moins dans les pays chauds, privilège qu'il doit à sa sobriété ; et encore une autruche, énorme oiseau qui digère le fer aussi facilement que les liquides '. Notez que huit siècles environ se sont écoulés depuis le jour où les Normands se pressaient autour de cette exhibition, analogue à celles que nos dompteurs promènent de ville en ville. Il n'est nullement prouvé que Philippe- Auguste ait eu une ménagerie au château du Louvre. Il affectionnait surtout la résidence de Vincennes, située au milieu d'un bois immense. Il en fit clore de murs une partie,, et Henri II d'Angleterre l'ayant appris, lui envoya pour la peupler des bêtes capturées dans les forêts de la Normandie et de l' Aquitaine. On y remarquait surtout des daims et des cerfs, nous dit Rigord, médecin et historiographe de Philippe-Auguste*. Guillaume

* Voy. Bibliothèque de l* École des chartes, XVP année,. 1855, p. 509.

* Gesta Philippi Augusti, cap. xxi, édit. Delaborde,., l. I, p. 35. . '

le Breton, son chapelain, mentionne aussi ce don royal *, et dans le long poème qu'il a consacré aux faits et gestes de son maître, je rencontre une phrase qui est venue sans changement jusqu'à nos jours. On désignait déjà par les mots entre chien et loup la clarté douteuse qui permet à peine de distinguer l'un de l'autre ces deux animaux^.

Une foule de miniatures des anciens manuscrits nous révèlent l'amour que professaient pour les animaux les Parisiens des treizième et quatorzième siècles, et la grande place tenue par certains d'entre eux dans l'existence des seigneurs comme des bourgeois. La théologie et la littérature les avaient si bien rapprochés de l'homme que celui-ci ne pouvait guère voir en eux des êtres inférieurs à lui.

Les premières légendes chrétiennes en avaient fait les compagnons des saints, et un peu plus tard, les bestiaires les proposèrent

* Guillelmi Armorici Liber de gestis Philippi Aug,^ cap. XXVI.

* ..... Interque caDem distare lupumque Nullus adhuc poterat aliquid discernere visu.

(Gail. Armoricus, Philippidos libri XII, lib. III, vers 277 et 278.)

sans cesse aux chrétiens comme des modèles à imiter ^

Dans les poèmes chevaleresques, ils jouent un rôle aussi important qu'honorable, ils personnifient les plus rares vertus, sont de vivants emblèmes des sentiments les plus nobles et les plus saints. Le cheval, Tinséparable ami du guerrier, y représente la prudence, le dévouement, le courage etThonneur.

Les cerfs et les biches s'attachent de préférence aux enfants et aux femmes, prêchent la tendresse et l'amour. Les oiseaux, qui de leurs yeux puissants percent l'espace du haut des airs, servent de guides aux hommes de bonne volonté ; témoin celui qui conduisit l'empereur Charles jusqu'aux portes de Constantinople, celui qui révéla à Siegfried la demeure de la belle Brunehilde.

Dans le Roman de renard^ les animaux sont les acteurs d'une vaste comédie satirique où chacun d'eux, tout en gardant les vertus et les vices particuliers à son espèce, emprunte ceux des nôtres qui semblent le mieux convenir à sa propre nature. Gorpil^ le renard;. Isengrin, le loup ; Noble, le lion; JSrwn, l'ours;

* Voy. ci-dessus la première partie. - . ^ .

Brutant, le taureau ; Chantecler, le coq ; Pinte, la poule; Courte, la taupe; Bélin, le bélier; Beaucent, le sanglier ; Tardifs l'escargot ; Tybert, 1^ chat ; Conin, le lapin ; Coard, le lièvre ; Frobert, le grillon ; 'JSernarrf, l'âne, etc. , forment entre eux une société complète, avec un roi, des juges, un clergé, des rentiers, des nobles, des paysans, des maris trompés, des fripons et des dupes. L'homme n'y apparaît que de loin en loin, à l'état de comparse, sous le type vulgaire et grossier du vilain.

Il y avait en tout ceci de quoi récréer un peu les clercs qu'un long commerce avec la théologie n'avait pas encore trop déprimés.

Aussi, désirant sans doute étudier de près les héros de tant d'aventures, les chanoines' de Notre-Dame réunirent dans le cloître une petite ménagerie où l'on voyait des ours, des cerfs, des corbeaux, des singes, etc. Au mois de novembre 1245, Eudes, légat du Saint- Siège, leur intima l'ordre de licencier tous ces pensionnaires, qu'il osa représenter comme nuisibles, inutiles et ridicules ^

Tout le monde ne pouvait pas se donner le

' M Animalia nociva, inutilia seu jocosa, veluti ursos, cervos^ corvos aut siinias, yel hujusmodi. » Cartulaire de N.-D. de Paris, t. II, p. 406.

luxe d'élever de pareilles bétes, mais les animaux domestiques pullulaient dans Paris. Les oies, les lapins, les canards, les pigeons, les porcs prenaient leurs ébats au milieu des rues, autour des tas d'ordures, et disputaient le passage aux habitants. En 1131, l'héritier présomptif de la couronne de France, Philippe, fils aîné de Louis le Gros, suivant à cheval la rue du Martroi^ alors rue Saint- Jean, fut renversé par un des pourceaux qui encombraient la chaussée, et mourut des suites de cette chute*.

A l'intérieur des maisons, l'on recherchait surtout les oiseaux, dont le plumage éclatant et les chants joyeux embellissaient et égayaient le logis du pauvre aussi bien que du riche.

La [vente de ces aimables emplumés constituait déjà un commerce assez actif ; mais l'histoire des oiseliers ne présente guère d'intérêt avant l'année 1402, je m'en occuperai donc seulement au quinzième siècle.

' Attenante à l'hôtel de ville. Elle a été supprimée en

' M Hune [Philippum] in Parisits equitantem, in medio vico Sancti Johannis porcus anticipavit, per quem equus ejus cespitans cecidit; ipse vero, sub equo collisuS) expiravit. » Joh. Iperius, dans le Recueil des historiens, t. XIII, p. 469. Voy. aussi Rigord, t. I, p. 63 et 176.

Dans la vie si monotone des châtelains et des châtelaines, ces jolis captifs sautillant et caquetant avaient introduit un précieux élément [de distraction, qui prit une bien plus grande extension au siècle suivant. Nombre de puissants seigneurs et de nobles dames possédaient, suspendues au plafond de leur pièce préférée, des cages luxueuses habitées par ce que l'on appelait des « oiselets de chambre, » par des linottes, des étourneaux, des pinsons, des merles, des alouettes, des chardonnerets, des perroquets.

Au mois de mai, dit le Roman de la rose, commencent à caqueter

Li papegaus et la kalandre ' .

Le kalandre, c'était l'alouette. Le papegaus ou papegay, c'était le perroquet. Si vous voulez connaître l'étymologie de ce nom, l'auteur de la Nouvelle maison rustique^ va vous l'apprendre : « On appeloit anciennement le perr roquet papegai, parce que, disoit-on, il est comme le pape et le roi de3 oiseaux', et selon d'autres de nos anciens, parce qu'il est digne

1 Vers 79.

« Par Liger. Édit. de 1749, t. II, p. 843.

' Rabelais, dans son Pantagruel (liv. V, chap. ii etsuiv.)» désigne le pape sous le nom de papegaut.

d'être offert au pape. » Si cette explication ne vous suffit pas, le Dictionnaire étymologique Ae Ménage va vous en offrir une autre' tout aussi ridicule : « C'est, y lit-on, un diminutif de Pierre; >? et, à cette occasion, il nous fournit la liste des noms humains donnés aux animaux :

On nommait le corbeau, CoIcls.

— le çeai, Richard,

— Tâne, Martin.

— la chèvre, Guionne ou Jeanne.

— le mouton, Robin.

— l'écureuil, Fouquet *.

— le singe, Robert.

— la pie, Margot.

— le moineau. Pierrot.

A la fin du siècle, s'établit dans presque toute la France le jeu du papegay, destiné à familiariser la bourgeoisie avec le maniement de l'arc et de l'arbalète. Le but était un perroquet de bois ou de carton placé très haut, à l'extrémité d'un mat fiché en terre. Le vainqueur prenait le titre de roi, et dans la suite, il jouit d'assez enviables privilèges, Texemp-

' Édit. de 1750, t. II, p. 309.

^ Aussi Fouquet, l'infortuné ministre, avait-il pour pièce principale dans ses armoiries un écureuil.

tion de certains impôts, par exemple. Une ordonnance du quinzième siècle accorda même la noblesse héréditaire à celui qui abattrait trois fois le papegay.

Au treizième siècle, les jeunes seigneurs apprenaient à élever et à dresser les oiseaux de proie utilisés pour lâchasse, faucons, éperviers, autours, etc. Les paons, les tourterelles et les pigeons avaient aussi leurs partisans. J'ai dit ailleurs quel parti la chapellerie tirait à cette époque des plumes du paon \ et Ton connaissait déjà l'instinct voyageur des pigeons, alors appelés coulons. « Li Sarrazins, écrit Joinville,* envoièrent au Soudanc, par coulons messagiers , que li roys estoit arrivez * . »

Parmi les animaux qui méritent une mention spéciale durant cette période, je citerai encore le chien, le chat, le singe et le bouc.

Voltaire se demande avec raison pourquoi le mot chien est partout devenu une injure, « tandis qu'on dit par tendresse mon moineau, ma colombe, ma poule et même mon chat '. »

Son attachement pour son maître et sa docilité, la soumission avec laquelle il accepte de

* Voy. Les magasins de nouveautés, t. III, p. 149. « Édit. de 1868, § 35, p. 5T. Voy. ci-dessus, p. 178. ' Dictionnaire philosophique, art. chien.

lui les plus mauvais traitements, léchant la main qui vient de le frapper, expliquent peutêtre cette anomalie, et il faut reconnaître qu'elle ne fait pas grand honneur à l'espèce humaine.

Dans une ballade qui date de la fin du quatorzième siècle, Eus tache Deschamps proteste aussi contre l'étrange habitude d' « acomparagier à un chien » les gens que l'on veut « desprisier : w

Je ne me puis trop merveillier De ce qu'on dit commuaément, Quant on veult aucun desprisier

C'est une flagrante injustice, car :

Chien en tous lieux va, par usaige, Au palais, au conseil, c'est voir, En la taverne, au labouraige :

Un chien doit presque tout savoir '.

Notre vieil historien Favyn raconte qu' « anciennement chez nos François, les nobles estans condamnez à la mort pour avoir troublé l'Estat, guetté les chemins, volé et brigandé les passans et le bon homme, bruslé les granges, et autres actes indignes du tiltre et du

' Œuvres complètes, édit Gaston Raynaud, t. VIII, p. 94.

ranc de noblesse : auparavant que d'estre conduits au supplice, estoient contraincts de porter un chien sur leurs espaules tout à Tentour du voysinage où ils avoient exercé leurs violences et pilleries ^ M Le chroniqueur Othon de Frisingue nous a conservé un curieux exemple de cette coutume. En 1155, dit-il, le comte Palatin Hermann ayant été convaincu de félonie fut promené durant un mille, portant, ainsi que chacun de ses dix complices, un chien sur ses épaules *.

S'il faut en croire le généalogiste Pierre Palliot, Ton entendait prouver par là que le condamné « estoit de noble condition, auquel il estoit permis de prendre son plaisir à la chasse '. »

Du moins, le pauvre chien choisi pour victime n'avait-il ici à souffrir que dans son amour-propre. Mais il n'en était pas toujours ainsi. Berthold, chef des meurtriers de Charles le Bon, comte de Flandre, fut soumis à un.

horrible supplice que l'on fit partager à un chien bien innocent de l'attentat. Louis le Gros,

* Histoire de Navarre, p. 732.

* Otto Frisingensis , De gestis Friderici primi. Dans les Germaniœ Aw/orici..., édit. de 1585, t. IV, p. 470.

' La vraye et parfaite science des armoiries, édit. de 1661, p. 166.

parent éloigné du comte* Charles, ordonna d'attacher Berthold à une fourche, en compagnie d'un chien ; l'on martyrisa ensuite la bête qui, dans l'excès de la douleur, s'en prit au bandit et lui dévora la figure '.

Parfois aussi, l'on pendait un coupable entre deux chiens. C'est ce qui arriva, au pseudo Baudouin. Le comte Baudouin, devenu empereur de Gonstantinople en 1204, avait disparu à la suite d'une bataille. En 1225, apparut en Flandre un vieillard , qui prétendit être le comte échappé de la prison où les Bulgares l'avaient retenu durant vingt ans. L'imposture fut découverte, et la comtesse de Flandre, fille de Baudouin, fit pendre le vieillard avec deux chiens, placés l'un à sa droite et l'autre à sa gauche *.

Au siècle suivant, le Châtelet de Paris, jugeant un juif accusé de vol ', ordonna qu'il serait « pendu par les piez, et à ses deux costez à chascun un grand chien pendu

* M Totam faciem ejus masticando devorabat. » Suger, Viia Ludovici Grossi, cap. 29, édit. Lecoy de la Marche, p. 130.

• Chroniques de SainUDenis^ t. IV, p. 221, et Chronique de Philippe Mouskes, édit. Reiffenberg, t. II, p. 484.

3 25 février 1390.

par les piez, semblablement comme lui '. »

Pour en finir avec ce sujet répugnant, je placerai ici l'origine du dicton relatif à Jean de Nivelle.

Jean de Montmorency, seigneur de Nivelle en Flandre, avait pour père Jean II de Montmorency. Celui-ci s'étant remarié en 1454, Jean conçut pour sa belle-mère une telle antipathie qu'il s'enfuit à la Cour de Bourgogne et combattit même le roi de France à la bataille de Montlhéry. Son père indigné le traita de chien et lui ordonna de revenir auprès de sa famille, ce que Jean n'eut garde de faire. Il donna ainsi naissance au proverbe : « Il ressemble au [à ce] chien de Jean de Nivelle qui s'enfuit quand on l'appelle ^. »

Il a été dit aussi que Jean, cité en justice pour avoir donné un soufflet à son père, et prévoyant bien le sort qui l'attendait, répondit à la citation en s'enfuyant vers la Flandre '.

* Regixtre criminel du Châtelet de Paris, t. I, p. 52.

' Le P. Anselme, Histoire généalogique, t. III, p. 57. — Désormeaux, Histoire de la Maison de Montmorency, t. I, p. 385. — A. Duchesne ne mentionne pas le fait dansson Histoire généalogique de la Maison de Montmorency, Voy. p. 251.

' Fleury de Beliingen^ L'étymologie ou explication des proverbes français, p. 30.

On a le choix entre les deux versions, aussi injurieuses l'une que l'autre pour le bon animal toujours si docile à la voix de son maître.

Le chat était regardé en Egypte comme un animal sacré, peut-être même y a-t-il été adoré. C'est un grand honneur. Mais il le partageait avec une foule d'autres animaux, le chien, l'ichneumon, la musaraigne, l'épervier, l'ibis, le crocodile, le phénix, etc., etc. ' Quand un Égyptien avait perdu son chat, il se rasait les sourcils en signe de deuil, faisait embaumer la bête, et allait l'inhumer solennellement dans les catacombes*. Plusieurs momies de chats y ont été retrouvées par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et d'autres voyageurs modernes *.

Dans ses Origines indo-européennes *, le savant Pictet déclare que « les Grecs et les Romains n'avaient pas de chats dans leurs maisons, et employaient la belette pour se

» Voy. Hérodote, liv. II, chap. 65 à 77.

• Hérodote, liv. II, chap. 66 et 67. — Montfaucon, V antiquité expliquée^ supplément, t. II, p. 157.

• Voy. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Acclimatation des animaux utiles, 4* édit., p. 211.

• Ou les Aryas primitifs, essai de paléontologie linguis" tique, édit. de 1877, t. 1, p. 473.

débarrasser des souris. « Assertion * qui me paraît au moins contestable.

D'abord, si les Grecs et les Romains ne connaissaient le chat que de réputation, comment avaient-ils tant de mots pour le désigner?

Hérodote * et Ésope * le nomment AtéXoupoc ; Aristote ^ AtXoupo;, et Lucien ^ TaXi?. Les Romains disaient felis ou fêles ^ mots qu'ont employés Plante, Ovide, Cicéron, Pline, Varron, Phèdre, etc.

Mais les Grecs et les Romains ne se bornaient pas à nommer le chat, ils avaient observé avec beaucoup de soin sa personne et ses mœurs : la description qu'en ont laissée Aristote et Pline le prouvent assez. Aristote nous donne des détails très exacts et très caractéristiques sur les amours de la chatte^.

Ils sont même si précis que je ne puis les reproduire. Un peu plus loin, il nous apprend qu'une nourriture semblable convient aux

* Elle a été reproduite par M. Scîiérer, Mélanges (T histoire religieuse, p. 29.

« Livre II, chap. 66 et 6T.

« Fable 21.

* Des animaux, liv. V, chap. 2; liv. VI, cîiap. 35; liv. IX, chap. 6. Je cite l'édition Didot.

* Le pêcheur, chap. 33.

* Liv. V, chap. 2.

chats et aux chiens, et que tous deux font des petits en nombre égal'. Parlant des rats, de ceux des champs, qui parfois détruisent toute une récolte, il sait qu'on doit leur opposer soit le renard, soit la belette*. Il distingue fort bien celle-ci du chat, car il constate que la belette et le chat mangent volontiers les oiseaux^.

Veuillez maintenant écouter Pline :

Les émeraudes satisfont la vue sans la laisser pénétrer. Elles ressemblent aux yeux des chats et des panthères, qui brillent sans être transparents*.

Les animaux nocturnes, tels que les chats, ont les yeux brillants et rayonnants dans les ténèbres*.

Les lions, les pards et tous les animaux de ce genre, y compris les chats, ont la langue âpre, semblable à une lime et capable d'user la peau de l'homme •.

Avec quel silence, avec quelle légèreté, le chat se glisse vers les oiseaux ! Gomme il se tient en embuscade pour sauter sur la souris qu'il guette!

Le chat enfouit ses ordures, il les recouvre de terre"'.

» Liv. VI, chap. 35.

« Liv. VI, cliap. 37.

' Liv. IX, chap. 6.

* Liv. XXXVII, chap. 18.

* Liv. XI, chap. 55.

« Liv. XI, chap. 65.

' Liv. X, chap. 94.

Je reconnais, d'ailleurs, que les Romains nourrissaient chez eux des belettes en même temps que des chats, mais chacune de ces bétes rendait à son maître des services différents. Pline nous le dit encore : « La belette qui erre dans nos maisons fait la chasse aux seippents '. »

Le moyen âge aima beaucoup les chats. Il suffit, pour le prouver, d'énumérer les divers noms qu'il lui donna, et aucun animal ne peut se vanter d'en avoir réuni un si grand nombre. J'en ai retrouvé jusqu'à neuf : muriceps, murilegus, mvsdpuluSy musipula, musio^catus, cattus, gattus, captus. Les premiers signifient preneur de souris. Catiis, cattus et captus dériveraient, suivant les uns, àe^autus *, en français cauteleux, fin, rusé, qualificatifs qui conviennent bien au chat; suivant d'autres, de (faptare^j dont le sens était guetter, user de ruse, chercher à prendre. Gattus n'est qu'une corruption de cattus *. Jean le Diacre, un brave théologien qui voulait inspirer à ses

^ « Mustela, quae in domibus nostris oberrat, serpentes persequitur. » Liv. XXIX, chap. 16.

^ Ducange, Glossarium, au mot catta,

' Papias, Dîctionarius, édît. de 1485, au mot musio.

* Joannes de Janua (Jean Balbi, dit Jean de Gênes), Vocabularium, édit. de 1506, au mot cattus.

contemporains le mépris des richesses (il vivait au neuvième siècle, non au dix-neuvième), nous apprend que saint Grégoire ne possédait rien en ce monde, sauf une chatte qu'il aimait à prendre sur ses genoux et à caresser * . Aussi devint- il pape sous le nom de Grégoire P% reçut-il le surnom de Grand, et fut-il canonisé par la suite *.

Le proverbe « chat eschaudé iaue craint »

date du treizième siècle ^.

Le Livre des métiers * nous apprend que le droit à percevoir sur les marchandises mises en vente dans Paris n'était pas le même pour les « piaus de chat sauvage » et pour les « piaus de chaz privez que l'on apele chat de feu ou de fouier \ » En ces temps, où l'argent

^ Paulus Diaconus, Vita sancti Gregorii, Dans les Acta sanctorum ordinis Sancti Benedicti^ t. I, p. 403. — « Plus delectationis ipse capiebat in palpando suam catani quam in cunctis opibus. » Acta ad consiliwm Basileense, Dans Ed. Martène, Amplissima collectio, t. VIII, p. 523.

' Saint Jean Chrysostome, saint Martin, saint Bernard aimèrent aussi les animaux. Saint François d'Assise les nommait ses frères et ses sœurs. Voy. C. Chalippe, La vie de saint François, édit. de 1728, p. 408, 412 et 466. — L. de Chérancé, Saint François d'Assise, édit. de 1892, p. 118 et 247.

' Le Roux de Lincy, Le livre des proverbes, t. I, p. 155.

* Compilé vers 1268. — Sur cet ouvrage, voy. Comment on devenait patron, p. 11.

* II" partie, titre XXX, art. 11 et 12.

était rare, les petites impositions de ce genre se payaient parfois en nature. Pour acquitter le droit d'entrée d'un panier de mercerie par le Petit-Pont, le marchand donnait au receveur une aiguille ou un bout de ruban ' . Pour l'entrée d'un cent de harengs, le péager prélevait un hareng*. Un jongleur devait, avant d'entrer, chanter un couplet de chanson; s'il était accompagné d'un singe, il lui suffisait de faire danser l'animal devant le péager^.

On peut trouver là l'origine de notre expression payer en monnaie de singe * •

Le Livre des métiers va maintenant nous fournir la liste des animaux alors le plus utilisés dans le commerce et l'industrie.

Les gainiers employaient exclusivement les cuirs de bœuf, de vache, de veau, de cheval et d'âne \

Les rôtisseurs, encore appelés cuisiniers, et qui ne pouvaient débiter que de la viande cuite, offraient à leurs clients de l'oie, du veau, de l'agneau, du chevreau, du porc ®.

"^ Livre des métiers^ II* partie, titre II, art. 89.

» /6iW., titre II, art. 36.

' Ibid,, titre II, art. 44.

* Voy. Les magasins de nouveauté, t. I, p. 19.

^ Titre LXV, art. 5.

« Titre LXIX, art. 8.

Les poulaillers vendaient toutes sortes' dé volailles, de volatiles et de poissons d'eau douce *.

Les boursiers, qui peuvent être regardés comme les ancêtres de nos culottiers, ne devaient mettre en œuvre que le cerf, le cheval, la truie et la vache. Les autres cuirs, celui du mouton entre autres, étaient regardés comme trop faibles*.

Les selliers utilisaient le cordouan ^, la basane et la vache *.

Les bourreliers, moins exclusifs, employaient « toute manière de cuir, fort la basane ^. »

Les cordonniers , alors cordouanniers , avaient pris leur nom du cordouan, leur cuir préféré ® .

Les basaniers, au contraire, ne pouvaient faire que des souliers de basane, à moins qu'ils ne payassent, outre leur propre maîtrise, celle qui était imposée aux cordonniers '^.

* Titre LXX, art. 3 et 4.

5 Titre LXXVII, art. 5 et 6.

' Peau de chèvre apprêtée suivant de» procédés spéciaux. Son nom fut changé plus tard en celui de maroquin.

* Titre LXXVIII, art. 4, 8 et 9,

* Titre LXXXI, art. 5.

« Titre LXXXIV, passim.

' Titre LXXXV, art. 2.

Les gantiers étaient autorisés à confectionner des a gants, de quelque manière de ouirien que ce soit. » Mais ceux de veau et de cerf devaient avoir subi une préparation particulière ^.

Les chapeliers de paon avaient la spécialité des riches coiffures ornées des plumes de cet animal ^.

Les pécheurs fournissaient u toute manière de poisson * « à la corporation des « poissonniers d'eau douce *. »

Le poisson de mer était apporté à Paris par les chasse-marée, et vendu par les a poissonniers de mer \ n

Les anciennes miniatures nous montrent souvent chiens et singes gambadant dans les appartements ; mais ces derniers, plus indépendants que leurs camarades, portent en général aux pieds un petit boulet de métal.

Je mentionnerai seulement en passant le rôle que la sorcellerie du moyen âge fit jouer au bouc. Dans les sabbats où se rendaient les sorcières, Satan était représenté par un grand

» Titre LXXXVIII, art. 5 et 6.

« Titre XGIII.

» Titre XCIX, art. 4.

^ Titre G.

* Titre CI. — Voy. La cuisine,]^, 26 et suiv.

bouc noir, aussi vicieux que son prototype.

Le culte du diable a fait périr en Europe plus de cent mille prétendus sorciers, dit Voltaire. Et il ajoute : « La philosophie a guéri enfin les hommes de cette abominable chimère, et a enseigné aux juges qu'il ne faut pas brûler les imbéciles * . »

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