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quillement en temps de paix. Alexandre Lenoir répond que « presque à toutes les statues de rois et autres personnages historiques, on voit des lions sous leurs pieds et même on en voit à celles de leurs enfans ; et fort peu de rois de France sont morts dans les combats ^ » Il est certain que le lion symbolisait souvent à lui seul le rang suprême. Étendu aux pieds de tout être humain, il était aussi, comme le porc couché aux pieds d'un saint, l'image du démon vaincu, des voluptés asservies ^. Uni au dragon, il désignait encore le triomphe de la piété sur l'esprit du mal et sur le péché.
De son côté, Millin croit que l'on plaçait sur les tombes, tantôt l'animal qui figurait dans les armoiries du défunt, tantôt celui qu'il avait le plus aimé : explication qui a le mérite de pouvoir contenter tout le monde. « Nous allons voir, ajoute Millin^ sur les pieds de Charles d'Orléans un porc-épic, parce qu'il avoit fondé un ordre de ce nom ^- »
Quelle que soit l'opinion à laquelle on ac-
* Musée des monumens français, édit. de 1810, p. 59.
* A. Maury, Croyances et légendes du moyen âge, édit. de 1896, p. 255.
' Céléstins, p. 85. — L'ordre du camail ou du porc-épic avait été créé par Louis d'Orléans, pour célébrer la naissance de son fils GLarle», qui fut père de Louis XII*. ■
corde la préférence, l'on sera toujours amené à constater que les animaux tenaient déjà une grande place dans la vie privée. L'inventaire dressé en 1328, après la mort de Clémence de Hongrie, veuve de Louis le Hutin, mentionne entre autres bétes :
Un chien, bien aimé sans doute, car il avait une niche doublée de soie.
Dix sept chèvres, qui furent partagées entre les amies de la défunte.
Un cheval morel ^ .
— ferrant*.
— lyart^.
— bay-
Un palefroy* morel.
— lyart.
Un peu plus tard, Boccace énumérant les avantages attachés à la fortune, compte parmi les plus enviables le bonheur « d'avoir cinges et autres bestes de quoyon peult avoir esbate-
* Noir.
' Gris de fer. ' Gri8 pommelé.
* Ce mot désignait tantôt un cheval de parade, tantôt un cheval spécialement destiné à une femme.
* Douët-d'Arcq , Nouveaux comptes de V argenterie, p. 59, 87 et 104.
ment; d'avoir paons, poullailles, mousches de vaissel ou à miel' et coulons*; d'avoir éléphans et chameaulx '. »
Le petit peuple de Paris se contentait à moins. Mais, depuis l'accident arrivé au fils de Louis le Gros, défense était faite de nourrir dans la ville aucun pourceau. Les sergents du Châtelet avaient ordre de tuer ceux qu'ils ren-, contraient par les rues : la tète leur appartenait, et le corps devait être porté aux hôpitaux *, L'article 248 de l'ordonnance du 30 janvier 1350 s'exprime ainsi : « Nul ne soit si hardy d'avoir, tenir, nourrir, ne soustenir dedans les murs de la ville de Paris aucuns pourceaux. Et qui sera trouvé faisant le contraire, il payera dix sols d'amende. Et seront les pourceaux tuez par les sergens ou autres qui les trouveront. Et aura le tuant la teste, et sera le corps porté aux Hostels-Dieu de Paris, qui payeront les porteurs d'iceux. »
V Les abeilles étaient dites mouches de vaissel ou de rucque. Voy. Corbichon, f* ciij, et Ducange au mot rusca, ' Pigeons.
* De remediis utriusque foriunœ y trad. Nie. Oresme, édit. de 1534, p. 60 à 62.
* Voy. les ordonnances de février 1348 (0rc/onn.ro^a/e5^ t. III, p. 96), du 19 juillet 1349 (Isambert, t. IV, p. 54) et du 30 janvier 1350 (Isambert, t. IV, p. 623).
Dans la suite le soin de délivrer Paris des porcs errants fut dévolu au bourreau; il recevait cinq sous pour chacun de ceux qu'il amenait à THôtel-Dieu ^
Cette règle comportait pourtant une exception. En l'honneur de son patron, le prieuré du Petit-Saint-Antoine , situé dans la rue^ de ce nom, était autorisé à posséder douze pourceaux et à les envoyer chercher pâture dans les rues. Pour avertir les passants de leur présence et pour se faire reconnaître, ils portaient au cou une sonnette sur laquelle était gravé un T, marque distinctive du couvent. Leur droit fut confirmé par François I*"^^, et il est certain que le monastère quêtait encore pour ses pourceaux au milieu du seizième siècle, car dans les Cris de Paris qui furent imprimés par Antoine Truquet en 1545 ^, on lit ces vers :
N'y a il rien pour les pourceaux S. Antoine ? Chambrières, regardez-y.
Le souvenir de ces quadrupèdes privilégiés
* Voy. Sauvai, Antiquités de Paris, t. II, p. 460, et Fontaaon, Édits et ordonnances royaux, t. I, p. 229 et
' Voy. L.-T. Dassy, Vabbaye de Saint-Antoine en Dauphiné^p. 134, et Coffiaet, Recherches histor, et archéçL sur les attributs de saint Antoine, p. 37.
• Voy. L'annonce et la réclamç, p. 169.
282 LA VIE PBIVEE D»ADTREFOIS.
resta longtemps populaire. Dans les Essais de Mathurine publiés en 1622, je trouve cette phrase qui s'applique à un mendiant : « Vous l'eussiez veu aller de porte en porte, comme le pourceau de Saint- Anthoine ' . »
J'ai lieu de croire que l'autorité ne se montrais pas trop sévère en ce qui concerne les lapins et les poules. Mais au seul seigneur justicier appartenait le droit de colombier, le droit de posséder un pigeonnier dont les hôtes allaient se nourrir aux dépens des champs voisins. L'ordonnance du 1" février 1350 interdit de tendre des pièges aux pigeons du seigneur*. Celle du 29 août 1368 renouvelle cette prohibition : « Nous vous mandons et enjoignons estroitement que, tantost et sanz delay, vous faites crier à Paris que nul ne soit si hardiz qu'il ait ne tiengne assiete ^ de coulons en nostredite ville... au préjudice des coulombiez de nos subgez. » Défense aussi, u sur peine de la hart, de tendre aux coulons, ne de prendre yceulz à raiz ne autres engins *. »
* A la suite des Caquets de V accouchée, p. 270, édit. de la Biblioth. elzévir.
* Dans Isambert, Anciennes lois françoises, t. IV, p. 626.
' Colombier. Voy. Ducange, au mot assieta.
* Isambert, t. V, p. 317.
Je reviendrai sur ce sujet. Mais d'avance, je rappelle que le droit de colombier subsista jusqu'à la fameuse nuit du 4 août 1789.
Je rencontre dans la Taille rfe 1313 ^ cette mention énigmatique.
Hue Bon-gré-Dieu, qui a bestes.
S'agit-il d'une ménagerie ?
Nos rois en possédaient une aux environs de leur palais de la Cité, dans la rue de la Calandre*. En 1333, Philippe VI la transporta près de son château du Louvre, à l'extrémité nord-ouest du jardin*. Il acheta, pour y loger ses lions et autres bêtes féroces, une grange qui était située à l'angle de la rue Froidmantel* et de la rue de Beauvais^, et qui appartenait aux sieurs Geoffroi et Jacques Vauriel®. Cette grange, appropriée à sa nouvelle desti-
* Quartier Saint-Paul, p. 141.
* Jaillot, Recherches sur Paris, quartier de la Cité, p. 33. ' Voy. Berty, Topographie histor. du vieux Paris, t. I,
* La rue Froidmantel, Frementeau, Froimenteau , etc. était parallèle à la façade du Louvre. Elle allait du quai à la rue Saint-Honoré, en traversant du sud au nord le «quare actuel du Louvre et la place du Palais-Royal. Devenue rue du Musée en 1839, elle a été supprimée en 1854
^ La rue de Beauvais était perpendiculaire à la rue Froidmanteau. Elle est aujourd'hui comprise dans la rue de Rivoli.
* Sauvai, t. II, p. 12, et t. III, p. 270.
nation, devint Y hôtel des lions du roi, et Ton ne cessa, jusqu'à là fin du règne de Henri III, d'y entretenir de nombreux fauves. En 1375, le gardien de la ménagerie du Louvre était un sieur Guy Natin, qui avait succédé à son père dans cet emploi, et qui recevait pour gages douze deniers par jour '.
Tout pacifique qu'était Charles V, il eut encore une autre ménagerie. Dans l'immense hôtel Saint-Paul qu'il avait fait construire, on admirait la chambre de parade ^, qui mesurait quinze toises de long sur six de large; la chambre à coucher du roi, « la chambre ou gît le Roi; " la chambre des nappes; celle « de l'étude; » celle des bains; celle des étuves; celle du « chauffe-doux; » de belles galeries; deux chapelles; un jeu de paume; une chambre dite des tourterelles ; une magnifique volière; la chambre des chiens de la reine; un jardin pour les sangliers; un logis pour les grands lions et un autre pour les petits*, d'où il est peut-être permis de conclure que ces animaux se reproduisaient dans l'hôtel. C'est sur l'emplacement de ces deux logis
» Berty, t. I, p. 159.
* Voy. les Variétés gastronomiques, p. 15.
» Sauvai, t. II, p. 273 et 282.
que fut ouverte, sous Charles IX, la rue qui reçut et qui a conservé le nom de rue des Lions Saint-Paul ^
Les volières étaient plus nombreuses encore à Paris que les ménageries. Il en existait au palais de la Cité , au Louvre * , chez de riches particuliers et, comme nous venons de le voir, au palais des Tournelles. Là, chaque chambre était ornée d' « une cage peinte en vert et treillissée de fil d'archal. » Le tout sans préjudice d'une grande cage octogone où trônait « le pape-gaut du Roi, » et d'une immense volière, qui fut embellie par le duc de Bedford pendant la domination anglaise. Il « Téclaira de neuf miroirs enchâssés en boisetgrands de demi pied en quarré. » Une vaste basse-cour réunissait encore des poules, des coqs, des pigeons, des paons, des chapons de Flandre, etc., etc^.
Pour trouver une plus riche réunion d'oiseaux, il eût fallu aller à Hesdin *, petite ville
1 Jaillot, quartier Saînt-Paul, p. il et 22.
* Sauvai, t. II, p. 282. — Le 5 juin 1378, le roi ordonne de payer vingt francs à Gobin Days, qui soignait les rossignols du château du Louvre. Voy. de Laborde, Glossaire des émaux, p. 408.
.' Sur tout ceci, voy. Sauvai, t. Il, p. 282.
* Voy. Le ménagier de Pai'is^ t. II, p. 25 >
d'Artois où résidèrent souvent les ducs de Bourgogne. A Paris même, il en existait trois au moins qui pouvaient rivaliser avec celle du roi. C'était d'abord celle que possédait à l'hôtel de Nesle Jean, duc de Berri, troisième fils du roi Jean^, et dont je parlerai plus loin; une autre était la propriété d'un opulent bourgeois, nommé Chariot^, sur le compte de qui je n'ai rien pu découvrir; la troisième appartenait à messire Hugues Aubriot, le sage prévôt de Paris.
Cette dernière était installée dans le somptueux hôtel de la rue de Jouy, que Charles V avait donné * à son cher prévôt, afin qu'il vînt résider plus près de sa royale personne. Puis arrivèrent les mauvais jours. L'infortuné magistrat, coupable surtout d'avoir combattu les insensés privilèges de l'Université , d'avoir montré trop de zèle et d'intelligence dans l'exercice de ses fonctions, se vit persécuté, emprisonné, chansonné aussi dans une complainte satirique que M. Paulin Paris a re-
* Et oncle de Charles VI, qui lui avait vendu l'hôtel de Nesle pour vingt mille francs en 1381. Voy, Sauvai, t. II, p. 181.
* Ménagier de Paris, t. II, p. 253.
^ II lui avait donné quinze cents francs d'or, pour l'achçter. Voy. Sauvai, t. II, p. 154.
LES AMMAUX. 287
trouvée parmi les mauuscrits de la Bibliothèque nationale :
Je vis ta chambre bien parée De riches dras moult noblement, Et ta maison bien painturée, Et hault et bas communément ; Mais tu es logié autrement Et as petite compaig^nie.
Couroucié es de tes oiseaux Qu'oir ne pues chanter en caige ; Mais bien pues faire les appeaulx Pour chanter en ton (jéolaîge*.
Je ne dirai rien ici des vœux solennels faits sur les paons, les faisans et autres oiseaux nobles*. Mais je constaterai que l'Angleterre avait déjà inauguré ses ignobles combats de coqs. Ce fut même, paraît-il, une des distractions de Philippe le Hardi pendant qu'il partageait la captivité de son père Jean II. On lit dans le Journal de la dépense du roi en Tannée 1360 : « Pour un coq, acheté du commande-
* Les grandes chroniques de France, édit. P. Paris, t. VI, p. 478. — Sur le célèbre prévôt, voy. Froissart. — Juvénal des Ursins. — Le religieux de Saint-Denis. — Duboulay. — Le Roux de Lincy, Hugues Aubriot, 1862, in-8». — J. Simonet, Notice sur H.^A.y 1868, in-8^
' Sur ce sujet, voy. les repas, p. 92 et suiv.
ment de Mgr Philippe , à faire jouster... ' ^ Les animaux auxquels les Parisiens témoignaient le plus de sympathie, après les oiseaux, étaient les chevaux et les chiens; il faut, d'ailleurs, reconnaître qu'elle était due surtout à la brutale passion de lâchasse, alors principale occupation de la noblesse en temps de paix. Par la chasse, écrivait Gaston de Foix, « on fuisttous les sept péchiez mortelz... Qui fuist les sept péchiez mortelz, selon nostre foy il devroit estre sauve. Donc, bon veneur sera sauve et en ce monde aura assez de joye, de liesse et de déduit^. » Deux siècles plus tard, Montaigne répondait aux facéties de ce genre : « Je n'ay pas sceu voir sans desplaisir poursuivre et tuer une béste innocente, qui est sans deffence et de qui nous ne recevons aucune offence. Je ne prends guère beste en vie à qui je ne redonne les champs *. » Je tiens à faire remarquer que, dans ce volume comme dans les précédents, je me suis toujours abstenu d'aborder ce sujet, je n'ai jamais consacré une ligne à ce passe-temps barbare et répugnant. La chasse est une nécessité ,
' Douët-d'Arcq, Comptes de l'argenterie, p» 234. ^ Manuscrit de la Mazarine, f* 2, recto.
• Essais, liy. II, chap. xi. .
soit; mais un aussi odieux métier devrait être abandonné à de grossiers pourvoyeurs de gibier, comme on laisse aux bouchers la tâche de tuer les quadrupèdes dont l'homme fait sa nourriture : encore cette opération présentet-elle parfois quelque danger et exige-t-elle au moins quelque courage.
Depuis des siècles, les chiens étaient employés en France à de plus nobles besognes.
Louis XI déclarait, le 28 janvier 1475, que r « on a de tout temps accoutumé avoir et nourrir certain nombre de grands chiens, lesquels sont par jour attachés et liés, et par nuit sont menés tous détachés hors la place et à Tentour d'icelle , pour servir au guet et garde d'icelle ^ . »
L'introduction en France des chiens espagnols ou épagneuls paraît dater de la fin du quatorzième siècle^. « Tous espaignols sont bons pour la chace du lièvre, » disait le Menagier de Paris en 1393 ^. La Cour leur préférait les lévriers, et il semble que, lorsqu'il s'agissait d'eux, rien n'était regardé comme trop
* Voy. Sim. Luce, La France pendant la guerre de Cent ^xnsy édit. de 1890, p. 386.
* Voy. Sim. Luce, Histoire de Du Guesclin, édit. de 1876, p. 62.
8 Tome II, p. 281.