CASTOR
tt C'est une beste qui habite en terre et en eau, et fait sa maison sur la rivière moult subtilement. Ces bestes ayment moult ceulx de leur espèce, et vont par troupeaulx ensemble, et couppent les busches es dentz et les emportent en leurs cavernes par merveilleux art ; car ilz en mettent un par terre sur son dos, et luy mettent les busches entre les cuysses et le tirent comme une charrette jusques au lieu où ilz habitent, et là le deschargent de ses busches. Hz ordonnent leurs maisons fortes et subtiles, car il y a deux ou trois garniers^ ; et
* Trapu.
• Greniers.
quand Teau croist,iIz habitent hault, et quand elle est appetissée, ilz habitent en bas. Et a en chascun garnier un pertuys par où ilz mettent leurs queues en eaue, sans quoi elle ne peult durer longuement, parce qu'elle est de nature de poisson qui ne peult vivre sans eaue. »
Les génitoires du castor sont fort utilisées en médecine et, pour se les procurer, on lui fait une guerre acharnée. Il n'ignore pas que c'est là surtout ce qu'on veut de lui; aussi, quand il se sent serré de trop près, lui-même
« tranche ses c avec ses dens et les giette
devant les veneors^ Et dès lors, si l'on l'ensuit*, il descuevre ses cuisses et démonstre bien que il est escoillié. » Le chrétien, poursuivi par le démon, doit ainsi lui jeter à la face ce que l'esprit malin aime par-dessus tout, c'està-dire la fornication, l'adultère, l'ivrognerie, etc. Le démon, ayant obtenu ce qu'il désire, abandonne sa proie.
Nulles dents de rongeurs ne sont supérieures à celles des castors, et tous les détails donnés plus haut sur les ingénieuses constructions de ces animaux sont parfaitement exacts. Mais, au seul castor
* Chasseurs.
* Si l'on continue à le poursuivre.
d'Amérique est dévolu cet étrangle instinct, celui de l'ancien continent ne le possède point. Comment donc Barthélémy l'Angolais et Albert de BoUstadt ont-il pu, plus de deux cents ans avant la découverte de l'Amérique, décrire avec tant de précision le travail auquel se livrent les castors de cette région? Faut-il donc admettre qu'aux treizième et quatorzième siècles les castors européens étaient dotés d'un instinct analogue, et qu'ils l'ont perdu depuis?
Il est plus facile d'expliquer la ruse dont se sert le castor vis-à-vis des gens qui le poursuivent. Le castoreum est une huile, une sorte de pommade que renferment deux glandes placées sous la queue de l'animal. Quand ces glandes sont engorgées, elles le gênent, et il s'efforce de les vider en se frottant contre des pierres ou des troncs d'arbre. On en aura conclu qu'il abandonnait son castoreum en fuyant, et aussi qu'il se mutilait soi-même.
CATOBLÈPE.
Animal très abondant sur les bords du Nil.
Sa tête est si pesante qu'il a beaucoup de peine à la porter, aussi la tient-il toujours baissée. Et c'est bien heureux, car tout être qui aperçoit ses yeux tombe mort, « qui in oculos ejus offenderit statim moritur. »
Suivant Guvier, le catoblèpe représenterait notre gnou.