OURS
L'ours est une bête étrange dont toute la force réside dans les jambes. Son haleine est fétide. Plus on bat un ours, plus il engraisse, et, à condition de lui|enleverlavue, on arrive très vite à le rendre docile. « Quand il est prins, on met devant luy un bassin ardant pour l'aveugler; on le lye de chaisnes, et on l'apprivoise à force de le battre. » On le dresse alors à certains services domestiques ; on lui apprend à tourner des roues, à tirer de l'eau du puits, à élever des pierres au moyen de poulies sur de hautes constructions. Gela se voit très fréquemment ^
Il a une passion pour le miel. S'il est malade, il se guérit au moyen d'une herbe appelé flonîus. S'il a mangé de la mandragore, nourriture pour lui mortelle, il revient à la
' M Gircumvoluont rotas, trahunt aquas de puteis, vel saxa super altos muros per trocheas. Et hoc sœpius est expertum. I*
santé en absorbant une grande quantité de fourmis.
La graisse d'ours a la propriété de faire repousser les cheveux : « Leur gresse est bonne contre le flux des cheveulx quand ilz cheent de la teste. »
La femelle est plus forte et plus hardie que le mâle. Elle porte trente jours seulement ; aussi les petits naissent-ils imparfaits. Ils n'ont ni poils, ni yeux et ne sont pas plus gros qu'une souris, « mais la mère les forme de sa langue en les leschant. » Phébus déclare même qu'ils naissent morts : « Et demeurent mors par l'espasse d'un jour, et leur mère alaine si fort sur eulx et les eschauffe et leiche de sa langue que elle les fait remuer. »
Il n'y a rien de vrai en tout ceci : « Nous avons vu, écrit Guvier, de petits oursons naîssans, et même des fétus déjà complètement formés. » Guvier nous apprend encore que « les ours sont très sujets, au moins dans les ménageries, à des ophtalmies et perdent facilement les yeux. »
Albert de Bollsladt est le premier qui ait présenté Tours blanc comme une espèce bien distincte des autres, par son aspect comme par ses mœurs.