‹ Les soirées d'Aix-les-BainsChapitre 28 sur 131 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MADAME DE STAËL (seule).

Ah! qu'est-ce donc, ô mon Dieu, Que la vie ? Et comment gagne-t-on à ce jeu ? Ainsi, me voilà, moi, trahie, abandonnée ! Moi, d'éclats, de rayons, de gloire environnée ! Rien ne manque à mon- sort, pas même le malheur, Cette rouille attachée à la seule grandeur ; Cette marque divine aux splendides aigrettes, Qu'imprime en les frappant la foudre aux hautes têtes... Blessé par mon esprit énergique et viril, Un pouvoir souverain, me condamne à l'exil, Couronne douloureuse aux sanglantes épines,

MADAME DE STAËL

SoU , mais couronne enfin, et tout tombe en ruines, Tout croule autour de moi. Pays que j'ai choisi, Monts qui brillez au feu du couchqnl cra Lac qui fais à mes pieds chanter ton doux murmure, Hymne qu'adresse à L)ieu la sereine nature, i liez-moi ! Donnez à mon cœur éperdu Le courage qui manque à mon bonheur perdu. Réchauffez ma vigueur aux fécondes pensées Qui montent de la terre à ces cimes pressées. Terre de liberté, dis-moi le grand serment Que firent au Grutly, devant le Tout-Puissant, Les trois libérateurs du pays helvétique ; Redis-moi la légende étrange et poétique De l'archer au cœur fort, du hardi batelier Qui donna le signal et frappa le premier. Lac aux tranquilles eaux, répète à mon oreille Le mot consolateur qui calme et qui conseillé : Parle-moi de celui dont tu fus le berceau, De celui que j'ai pris pour maître, de Rousseau ! Il aimait, il savait aimer, le philosophe ; Son. cœur ému chantait une éternelle strophe A tous ces sentiments sincères et vaillants, Qui ne meurent jamais au fond des cœurs aimants. Ame brûlante, voix éloquente et profonde, Rousseau, dis-moi sur quoi la passion se fonde ; Parle, ô maître, réponds? Dis-moi comment le cœur De ces tristes combats peut revenir vainqueur. 1 >is-moi comment l'amour plaît à l'âme charmée : Dis-moi ce qu'il faut être enfin pour être aimée "...

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