SCÈNE I
RAYMOND (se promenant avec un livre).
Du gracieux printemps que j'aime le retour ! C'est la saison des fleurs,... c'est celle de l'amour ! Quand Avril a chassé l'hiver, où tout sommeille, Comme un enfant joyeux la nature s'éveille. Le ruisseau babillard, qui du vallon descend
Pour bercer les roseaux, retrouve son ac L'arbre secoue au vent sa chevelure verte;
D'astres d'or et d'argent la prairie est couverte,
Et, sur le champ fertile où germent les moissons,
L'alouette qui plane entonne ses chansons.
Tout revit pour aimer: l'aigle du mont superbe,
Le pinson du bocage, et l'insecte de l'herbe.
L'abeille, butinant au loin ses rayons d'or,
Vigilante ouvrière, a repris son essor.
Je crois renaître aussi... Cette brise embaumée
Apporte la fraîcheur à mon âme calmée;
Je n'ai plus que vingt ans... Vingt ans !... ù souvenir !
Vingt ans!... Réveil du cœur!... Aube de l'avenir!
Comme j'en ai gardé la mémoire fidèle !
J'étais heureux alors, j'étais assis près d'elle ;
J'ai vu ses yeux baissés sous mon regard de feu;
J'écoutais son silence aussi doux qu'un aveu.
Ah ! charmante candeur qui fil place aux mensonges !
Mon bonheur a vécu ce que vivent les songes.
La perfide !... L'ingrate !... Oh ! comme j'ai pleuré !
Sous quels ongles de fer mon cœur s-'esl déchiré...
Quand de sa trahison mes yeux ont vu la preuve !
Et depuis cei instant, pauvre âme toujours veuve,
Ainsi qu'un exilé vers des foyers chéris
Dirige à tous moments ses dociles esprits,
Moi, j'aiiie' a retourner sur l'aile des pens
Vers ces heures d'amour des longtemps effacées.
[Entrent Julien et Laure, causant ensemble à voix !
rai mond les apercevant .
M are liez, jeunes amants... Aimej&-v6us... Autrefois C'est ainsi que tous deux nous errions dans les bois;
Nous écoutions ainsi l'harmonieuse gamme Des oiseaux sur leur nid, de l'amour dans notre âme... 'Ils dirigent leurs pas de ce côté... Je veux Réjouir mes regards de ce spectacle heureux...