‹ Les soirées d'Aix-les-BainsChapitre 42 sur 131 · LE PRINCE. — OSWALD · texte numérisé non relu

LE PRINCE. — OSWALD

le prince [allant ouvrir lui-même la porte secrète). Entrez, milord !

OSWALD

Vous, prince !

LE PRINCE

Ah ! cela vous étonne !

Vous ne me cherchiez pas, mais... une autre personne.

OSWALD

Mais, monsieur !...

LE PRINCE

Nous vivons dans un pays, milord, Où l'indulgence entière est acquise, d'abord,

144 CORINNE

A tout péché mignon qui se cache ou s'exprime, Pourvu qu'un grand amour le motive et l'anime. Mais transportez plus loin la scène : croyez-vous Que par l'opinion vous puissiez être ahsous?

Monsieur

Comment.

OSWALD

LE PRINCE

Cette démarche est presque officielle..

OSWALD

LE PRINCE

Corinne veut... Je viens vous parler d'elle; Votre présence ici m'embarrasse beaucoup : Lady îselvil...

OSWALD

Lady Nelvil ignore tout.

Mais parlons de... Corinne ; elle est, dit-on, souffrante?

LE PRINCE

Je n'ai rien que de triste à dire : elle est mourante!

OSWALD

0 ciel !

LE PEINCE.

Oui, sa santé s'affaiblit tous les jours. Elle ne voit personne. Interrompant le cours De ses travaux, elle a, par rares intervalles, Des éclairs de bon temps dans ses crises t'ai al es. Elle allait mieux ! — Un soir, le journal mais apprend Votre débarquement. — Le délire la prend, Et. de toute une nuil , il ne l'a point quitl [e.

CORINNE 145

— Ah ! si j'avais connu votre idée arrêtée De venir à Florence et de descendre ici ! ... Yous la tuez.

ÔSWALD.

Je pars.

LE PRINCE

Le mal est fait ; ainsi Vous pouvez bien rester.

OSWALD

M'aimerait-elle encore ?

Prince, le savez-vous ? . . . Dites-moi...

LE PRINCE

Je l'ignore.

OSWALD

Dans mes sombres douleurs me laissant éperdu, A mes lettres pourquoi n'avoir pas répondu ? Ali ! libre, je pourrais...

LE PRINCE

Au fait, pourcpioi me taire? ..

N'accusez point! Elle est allée en Angleterre...

OSWALD

Corinne ! . . .

LE PRINCE

Elle a cherché l'homme trop regretté ; Mais il était auprès d'une autre, et sa fierté Dédaigna d'entamer une lutte inégale.

C'était sa soeur...

OSWALD

C'est bien là son âmelovale !...

146 CORINNE

Elle était près de moi] Si j'avais su ?... Malheur!...

LE PBINCE.

Vos lettres n'avaient plu* d'élan ni de chaleur. Ce n'était plus l'Oswald qui vivait dans son âm«. Elle n'y croyait plus, hélas ! la pauvre femme ; Elle partit...

OSWALD

Pendant qu'elle était là, si près, Comme elle au fond du cœur je me désespérais! Je me crus dédaigné : son étrange silence Semblait me rendre libre et m'absoudre d'avance ; Puis...

LE PBINCE.

On ne doute pas de Corinne.

OSWALD

C'est vrai.

LE PBINCE.

Milord, que faudra-t-il lui dire ?

OSWALD

Je ne sai !

Quelle douleur! mon Dieu, j'ai méconnu cette âme Que votre main forma d'une céleste flamme ! Et la fatalité veut qu'en ma. lâcheté, Subissant les devoirs d'un lien respecté, Je ne puisse en secret, ni tout haut le maudire! Ah! prince... plaignez-moi !

LE 1K1M r.

Que faudra-t-il lui dire \

OSWALD

Je ne sais pasl

CORINNE 147

LE PRINCE

Je vais vous l'envoyer ici.

OSWALD

Oui, oui... Pourtant...

LE PRINCE

Milord, écoutez bien ceci:

Je ne suis pas Anglais, moi; — pourtant, aimé d'elle, Je me serais cent fois fait sauter la cervelle Plutôt que de songer, même au prix d'un remord, A la trahir jamais. Vous causerez sa mort.

{Il sort par le fond.)

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