SCENE IL
THÈRÉSA (seule).
Il s'en va, il s'en va pour tout de bon!... Pauvre Beppo, j'ai été bien dure avec lui; mais c'était nécessaire, nous étions trop pauvres pour nous marier; attendre! c'eût été une folie : il se consolera, lui; moi je ne l'oublierai pas. Ah! s'il savait combien je l'aime encore , il ne serait pas parti, mais je n'ai pas voulu le lui laisser deviner... C'est peut-être mon bonheur qui vient de s'envoler par cette porte... Bah! chassons ces idées tristes, ne songeons plus qu'à la belle hôtellerie dont me voici propriétaire. Matante devait être une femme de goût, la maison est fort belle, et l'intérieur me semble plein de luxe et de confortable , si j'en juge par cette salle; c'est d'un bon augure pour le reste... Mais quels peuvent être les dangers dont m'a parlé Beppo? Ma tante est morte à soixante ans; toute sa vie s'est passée dans cette auberge, et je ne sache pas qu'elle ait jamais couru de grands risques; il est vrai que je n'ai pas vingt ans , moi ! Mais pourquoi me tourmenter à l'avance et pour des chimères? Ce no sont sans doute que des propos do jaloux et d'amant repoussé, je suis folle do m'y arrêter un instant... Voyons ! ma position nouvelle me
réclame, il va falloir payer de sa personne et prouver à tous que la petite fleuriste du Corso saura maintenir sur un bon pied la locanda de la Madone. Oui, mais en attendant je suis seule ici comme Kobinson dans son île. Personne à mon arrivée, personne dans cette salle; serais- je entrée par hasard dans le château de la Belle au Bois dormant, ou bien la maison serait-elle mal tenue? J'y veillerai. On devait m'attendre, et Ninetta, la petite cousine déshéritée, a dû entendre au moins le corricolo qui m'a jetée à la porte... Je vais appeler... Ah! une sonnette.
• [Elle sonne.)