‹ Les soirées de JonathanChapitre 7 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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ne peut le devenir; il n'est tout simplement qu'un intrus, qu'un parvenu , métis de la roture et de la noblesse. Mais ses fils seront gentilshommes; il leur donnera ce qu''il n'a pas; le gland produira un cèdre ; le fleuve se purifiera en s'eloignantde sa source. Tout cela n'est pas clair : aussi c''est presque universellement adopte. »

Un sage vieillard , nomme' , comme doyen d'âge , président de la commission du dictionnaire, se chargea d''en composer Fintroduction. Elle fut lue en séance ge'ne'rale. N''admettant point d'effets sans causes , il chercha à y dévoiler la source de tant de contradictions dans l'état actuel de la société.

— Notre civilisation, dit -il en terminant, est un vieux monument blanchi et réparé, dont les parties nouvellement reconstruites ont cessé d''étre en harmonie avec les anciennes. Sur de vastes fondations posées par nos bar-

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bares ancêtres, les Romains ont jeté' quelques portiques ëlegans, encore debout. Le monstre féodal y planta ses tourelles et ses donjons; les siècles se succédèrent en élevant à Tentour des masses plus uniformes et moins solides. On renversa pour reconslruire avec les mêmes matériaux. Au dehors, a force de plâtrage, on donna au monument un aspect de régularité; mais au dedans il n'en présente pas moins un labyrinthe inextricable, où Tobscurité succède à la lumière, des sentiers tortueux a de larges galeries. Nos lois sont un mélange bizarre de celles des Francs, des Romains et des peuples modernes ; notre code de morale un composé de rodomontades chevaleresques et de raisonnemens philosopliiques ; notre religion, un faisceau de dogmes divins et éternels et d'ordonnances ecclésiastiques , en rapport sans doute avec les temps où elles furent promulguées , mais souvent en opposition avec les nôtres. Uinlaillibilité étant la raison dominante de notre culte , les décrets temporaires du trci-

zième siècle nous atteignent encore aujourd'hui. Pour avoir défendu les mystères^ parades impies et licencieuses , on lance encore l'anatlième sur Athalie et sur Polyeucte ! Les décrétales, les rëglemens des e'vcques ont obscurci et mutilé TEvangile , comme nos lois provisoires ont parfois anéanti Fesprit de notre Charte. Jamais cheznous la pensée du législateur ne fut comprise. François!", pour mettre l'expression de la loi à la portée du peuple, bannit la langue latine des tribunaux , et nos légistes aujourd'hui conservent encore le jargon maroti- C|ue de ce siècle, presque aussi inintelligible pour bien des gens que le latin lui-même! C'est ainsi que les institutions et les usages sont toujours en arrière des idées et des besoins du moment. Telle est la cause de tant de contradictions , détestables sans doute ; mais comparons les temps qui nous ont précédés aux temps oii nous vivons , et , en attendant mieux , montrons-nous satisfaits de notre sort.

— Ainsi soit-il , dit Van-Break en interrom-

pant la lecture; comme je le disais à Philippe, mon filleul, a bord de V Amarante :— La science de la vie est de savoir diriger sa Larc^ue au milieu de tous ces courans contraires l

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