‹ Les soirées de la Rue Saint-LazareChapitre 9 sur 23 · L'ÉC0^0M1STE · texte numérisé non relu

L'ÉC0^0M1STE

Sans doute, il aurait ce droit et il serait tenu de remplir ce devoir, si son intervention , dans cette partie du domaine de la production , n'était pas toujours et nécessairement nuisible aussi bien que dans l'autre ?

S'agit-il des beaux-arts? Le gouvernement pensionne quelques hommes de lettres et subventionne certains théâtres. Je ci'ois vous avoir prouvé que les gens de lettres se passeraient aisément de la misérable subvention qu'on leur alloue, si leurs droits de propriété étaient pleinement reconnus et respectés.

Les subventions accordées aux théâtres sont un des abus les plus criants et les plus scandaleux de notre époque.

HUniÈMK SOIUÉE. 223

LE CONSERVATEUR

Il a été prouvé maintes fois que le Théâtre-Français et rOpéra ne sauraient subsister sans subventions. \ oudriezvous , par hasard , qu'on supprimât le Théâtre-Français et l'Opéra ?

l'économiste.

Remarquez d'abord quelle profonde iniquité se cache sous ce régime des subventions. L'État dépense chaque année plus de deux millions pour soutenir deux ou trois tliéâtres de Paris. Ces théâtres sont précisément ceux que fréquente la portion la plus aisée de la bourgeoisie parisienne. Qui paye ces deux millions? Tous les contribuables, le pauvre paysan ])as-breton, qui de sa vie n'est entré et n'entrera dans une salle de spectacle , comme le riche habitué de l'orchestre de l'Opéra. Kst-ce de la justice ? est-il juste d'obliger un pauvre laboureur, qui passe sa vie courbé sur le manche de sa charrue, à contribuer aux menus plaisirs des riches bourgeois de Paris?

LE SOCIALISTE

C'est de l'exploitation !

LE CONSERVATEUR

Mais, encore une fois, aimeriez-vous mieux qu'il n'y eût ni Opéra , ni Théâtre-Français ? Et les intérêts de notre gloire nationale !

l'économiste.

Quand Louis XIV écrasait les peuples d'impôts pour bâtir son froid et lamentable château de Versailles; quand il réduisait les misérables habitants des campagnes à vivre d'herbes , pour subvenir aux fastueuses dépenses de sa cour, n'invoquait-il pas aussi la gloire de la France? La gloire î en quoi donc la faites- vous consister?

LE CONSERVATEUR

Dans les grandes choses qu'un peuple sait accomplif. l'économiste.

Rien n'est plus grand , rien n'est plus splendide que la justice. Le siècle où l'on cessera de spolier le grand nombre au bénéfice du petit, où la justice deviendra la loi souveraine des sociétés, sera le plus grand des siècles.

Mais je ne crois pas que les subventions soient nécessaires aux théâtres; je suis convaincu, au contraire, qu'elles leur sont nuisibles. Les théâtres subventionnés sont ceux qui font le plus mal leurs affaires. Pourquoi? Je vais vous le dire.

Remarquez d'abord qu'une partie de leurs subventions leur est ravie sous différentes formes. Un théâtre sub- \entionné est tenu d'accorder des entrées gratuites aux ministres, aux représentants influents, aune foule de membres de l'administration haute ou basse. La subvention sert donc , en premier lieu , à procurer gratuitement le plaisir du spectacle à une foule de gens...

LE SOCIALISTE

Qui sont fort en état de payer leur place.

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