PAYSAN ET L'AVOCAT
Les villes ont leur individualité cotnme les hommes. Industrielles ou maritimes, savantes ou frivoles, elles révêlent toujours par leur physionomie la nature de leurs habitants. Traversées Rouen, Lyon, Brest, Strasbourg, et regardez autour de vous : tout ce qui frappera Vos yènx sera une révélation de goûts et d*habitudes ; rhistoire de chaque population se trouvera, pnur ainsi dire, écrite dans ses rues.
On est surtout frappé de cette vérité lorsqu'on visite Rennes. A voir ses grands édifices h Tair magistral, ses places magnifiques où Therbe perce les pavés, ses solitaires promenades que traversent à peine de loin en loin quelques lecteurs pensifs, on reconnaît sur-lechamp la capitale du vieux duché breton, Fancienne résidence des parlements, la ville d'études où vient se former toute la jeunesse sérieuse de la province. Car ce qui domine dans l'aspect de Rennes, c'est la gravité: la ville entière est calme et sévère comme un tribunal ; et, en effet, c'est là que demeure la loi ! Là se trouvent son temple, ses grands-prêtres et ses plus fervents adorateurs. On y arrive des extrémités de la Bretagne pour s'éclairer et demander conseil. Venir à Rennes sans consulter paraît aussi impossible à un Breton qu'il eût été à un Grec de passer près du temple de Delphes sans interroger la pythonisse.
Cela était vrai vers la fin du dernier siècle comme aujourd'hui, et surtout pour les paysans, race timide par expérience et habituée à prendre ses précautions.