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LE PAYSAN ET L'AVOCAT

Or donc il arriva qu'un jour un fermier nommé Bernard, étant venu à Rennes pour certain marché, s'avisa, une fois son affaire terminée, qu'il lui restait quelques heures de loisir et qu'il ferait bien de les employer à consulter un avocat. On lui avait souvent parlé de M. Potier de la Germondaie, dont la réputation était si grande que l'on croyait un procès gagné lorsqu'on pouvait s'appuyer de son opinion. Le paysan demanda son adresse, et se rendit chez lui,

rue Saint-Georges *.

Les clients étaient nombreux, et Bernard dut attendre longtemps ; enfin son tour arriva, et il fut introduit. M. Potier de la Germondaie lui fit signe de s'asseoir, posa ses lunettes sur le bureau, et lui demanda ce qui l'amenait.

— Par ma foi I monsieur l'avocat, dit le fermier en

* M. Potier de la Germondaie, quMl ne faut pas confondre avecle gfand jurisconsulte Pothier, était né à Dinan. 11 plaidait peu, mais était célèbre dans toute la Bretagne comme avocat consultant. L'anecdote que nous racontons ici fit beaucoup de bruit dans le temps.

tournant son chapeau, j*ai entendu dire tant de bien de vous , que comme je me trouyais tout porté à Rennes, j*ai voulu venir vous consulter afin de profiter de l'occasion.

— ? Je vous remercie de votre confiance, mon ami, dit M. de la Germondaie... Mais vous avez sans doute quelque procès ?

— Des procès ! par exemple ! je les ai en abomination, et jamais Pierre Bernard n*a eu un mot avec personne.

—Alors c'est une liquidation, un partage de famille?

— Faites e^tcuse, monsieur Tavocat, ma famille et moi nous n'avons jamais eu à faire de partage, vu que nous prenons à la même huche, comme on dit.

— n s'agit donc de quelque, contrat d'achat ou de vente?

— Ah bien oui ! je ne suis pas assez riche pour acheter, ni assez pauvre pour revendre.

— Mais enfin, que voulez-vous de moi? demanda le " jurisconsulte étonné.

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— Eh bien ! je vous Tai dit, monsieur r<^VQcat, reprit Bernard avec un gros rire embarrassé, je yeux

me consulte.., pour paon argent, bien entendu,., h tause que je suis tout porté ^l Reniées, et qull faut profiter des occasions.

M. de la Germondaie sourit, prit une plume, du pa*pier, et demanda au paysau sou^iom,

—Pierre Bernard, répondit celui-ci, lieureux enûq qu*on Teût compris.

— Votre âge?

r— Trente ans, ou approcbaut,

— Votre profession?

— Ma profession?... ah! oui, quoi est-ce que je

fais ?. . . Je suis fermier.

L*avocat écrit deux lignes, plie le papier, et le remet à son étrange client,

— Cest déjà fini I s'écrie Bernard ; eh bien I à la bonne heure ; on n*a pas le temps de moisir, comme dit cet autre. Combien donc est-ce que ça vaut, la consulte, liionsieur Favocat ?

— Trois francs.

Bernard paye sans réclamation, salue du pied, et sort enchanté d'avoir profité de V occasion.

Lorsqu'il arriva chGz lui, il était déjà quatre heures, La route Favait fatigué, et il entra à la maison bien décidé à se reposer.

Cependant ses foins étaient coupés depuis deux jours et complètement fanés ; un des garçons vint demander s'il fallait les rentrer.

— Ce soir ! interrompit la fermière qui venait de rejoindre son mari ; ce serait grand péché de se mettra à l'ouvrage si tard, tandis que demain on pourra les ramasser sans se gêner.

Le garçon objecta que le temps pouvait changer, que les attelages étaient prêts et les bras sans emploi; la fermière répondit que le vent était bien placé, et que la nuit viendrait tout interrompre. Bernard, qui écoutait les deux plaidoyers, ne savait à quoi se décider, lorsqu'il se rappela tout à coup le papier de l'avocat.

— Minute! s'écrie-t-il, j'ai là une consulte; c'est

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