LE PAYSAN ET L'AVOCAT
d'un fameux, et elle m'a coûté trois francs; ça doit nous tirer d'embarras. Voyons , Thérèse, dis-nous ce qu'elle chante, toi qui lis toutes les écritures.
La fermière prit le papier, et lut, en hésitant, ces deux lignes :
Ne remettez jamais an lendemain ce que vous pouvez faire le jour même.
—Il y a cela! s'écria Bernard, frappé d'un trait de lumière ; alors, vite les charrettes, les filles, les garçons, et rentrons le foin !
Sa femme voulut essayer encore quelques objections; mais il déclara qu'on n'achetait pas une consulte trois francs pour n'en rien faire, et qu'il fallait suivre l'avis de l'avocat. Lui-même donna l'exemple en se mettant & la tête des travailleurs, et en ne rentrant qu'après avoir ramassé tous ses foins.
L'événement sembla se charger de prouver la sagesse de sa conduite; car le temps changea pendani la nuit, un orage inattendu éclata sur la vallée, et I( lendemain, quand le jour parut, on aperçut, dans les
S26 LES SOIRÉES DE MEqDON.
prairies, la rivière débordée qui entraînait les foins récemment coupés, La récolte de tous le3 fermiers voisins fut complètement anéantie; Bernard seul Q*avait rien perdu.
Cette première expérience lui donna une telle foi dans la consultation de l'avocat, qu'à partir de ce jour il Fadopta pour règle de conduite, et devint, grâce à son ordre et à sa diligence, un des plus riches fermiers du pays. Il n'oublia jamais, du reste, le service que lui avait rendu M. de la Germondaie, auquel il apportait tous les ans, par reconnaissance, une couple de ses . plus beaux poulets ; et il avait coutume de dire fc ses voisins, lorsqu'on parlait des hommes de loi, « qu'après les commandements de Dieu et de VÉglisa, ce qu'il y avait de plus profitable au monde était la consulte d'un bon avocat. >
lE
Vn voyageur ^tait arrêté m lM)r4 4e l» route qui conduit de RoUe à. (forgea, ^ur los rWes du I^éman i autour de lui. se tenait une troupe d'enfants auxquels il distribuait, avec quelques paroles amicales, des gobelets de fer blanchi, que ceuvci examinaient d'un air d'émerveillement joyeux. *
-^ Voyez I voyçz ! a'4cria tout ^ coup Fun d'eux, qui
examinait le don de Fétranger; le mien a une inscription.
— Le roien aussi ! répondirent toutes les voix.
Et le premier enfant, élevant le gobelet pour mieux voir, lui dit tout haut :