Î8 LES SOIRÉES
certaines propositions avant tout examen , souvent même sans avoir fait les études nécessaires pour être en état de les examiner avec une parfaite connaissance de cause.
LE SÉNATEUR
Je suis si fort de votre avis et si amoureux de cette doctrine , que je l'ai peut-être exagérée en la portant dans les sciences naturelles; cependant je puis , au moins jusqu'à un certain point , invoquer l'expérience à cet égard. Plus d'une fois il in est arrivé , en matière de physique ou d'histoire naturelle , d'être choqué , sans trop savoir dire pourquoi , par de certaines opinions accréditées , que j'ai eu le plaisir ensuite (car c'en est en) devoir attaquées , et même tournées en ridicule par des hommes profondément versés dans ces mêmes sciences, dont je me pique peu, comme vous savez. Croyez»vous qu'il faille être l'égal de Descartes pour avoir droit de se rtoquer de ses tourbillons ? Si l'on vient me raconter que cette planète que nous habitons n'est qu'une éclaboussure du soleil , enlevée , il y a quelques millions d'années , par une comète extravagante courant dans l'espace ; ou que >es animaux se font comme des maisons, en
DB SA1HT- HO. f9
ttanl C6ci à coté do cela; ou que tontes le DOtre globe ne sont que le résultat fortuit d'une précipitation chimique , et
1 autres belles choses de ce genre qu'on a
débitées dans notre siècle, faut-il donc avoir
!u , beaucoup réfléchi ; faut -il être de
quatre ou cinq académies pour sentir Textra-
vagance de ces théories ?.Ie vais plus loin; je
ÎS que dans les questions mêmes qui tiennent aux sciences exactes, ou qui paraissent reposer entièrement sur l'expérience , cette règle de la conscience intellectuelle n'est pas à beaucoup près nulle pour ceux qui ne sont point initiés à c-s sortes de connaissances; ce qui m'a conduit à douter, je vous l'avoue eu Laissant la voix , de plusieurs choses qui passent généralement pour certaines. L'explication des marées par l'attraction luni-solaire , la décomposition et la recomposition de l'eau , d'autres théories encore que je pourrais vous citer et qui passent aujourd'hui pour des dogmes , refusent absolument d'entrer dans mon esprit, et je me sens invinciblement porté à croire qu'un savant de bonne Foi viendra quelque jour nous apprendre que nous étions dans l'erreur sur ces grands ob-
, ou qu'on ne s'entendait pas. Vous me
direz peut-être (l'amitié en a le droit) : Oest pure ignorance de votre part. Je me le suis dit mille fois à moi-même. Mais dites-moi à votre tour pourquoi je ne serais pas également indocile à d'autres vérités ? Je les crois sur la parole des maîtres , et jamais il ne s'élève dans mon esprit une seule idée contre la foi.
D'où vient donc ce sentiment intérieur qui se révolte contre certaines théories ? On les appuie sur des arguments que je ne saurais pas renverser , et cependant cette conscience dont nous parlons n'en dit pas moins : Quodcunque ostendis rnihi sicy incredulus odi.
LE COMTE
Vous parlez latin , monsieur le sénateur , quoique nous ne vivions poiiu ici dans un pays latin. C'est très bien fait à vous de faire des excursions sur des terres étrangères ; mais vous auriez dû ajouter dans les règles de la politesse , avec la permission de wonsieur le chevalier.
LE CHEVALIER
vous me plaisantez, monsieur le comte:
a chez , s'il vous plaît, que je ne suis point
DE SAINT-IVÊTERSBOURG. 2 \
du (oui aussi brouillé que vous pourriez l<: croire avec la langue de l'ancienne Rome. Il est vrai que j'ai passé la fin de mon bel âge dans les camps , oïi Ton cite peu Cicéron ; mais je l'ai commencé dans un pays où l'éducation elle-même commence presque toujours par le latin. J'ai fort bien compris le passage que je viens d'entendre, sans savoir cependant à qui il appartient. Au reste, je n'ai pas la prétention d'être sur ce point , ni sur tant d'autres , l'égal de monsieur le sénateur dont j'honore infiniment les grandes et solides connaissances. Il a bien le droit de me dire , même avec une certaine emphase :
Va dire à ta patrie
Qu'il est quelque savoir aux bords de la Scytliie.
Mais permettez, je vous prie, messieurs, au plus jeune de vous de vous ramener dans le chemin dont nous nous sommes étrangement écartés. Je ne sais comment nous sommes tombés de la Providence au latin.
LE COMTE
Quelque sujet qu'on traite , mon aimable ami, on parle toujours d'elle. D'ailleurs une conversation ifest point un livre; peut-être même vaut-elle mieux qu'un livre , précisé-
ment parce qu'elle permet de divaguer un peu. Mais pour rentrer dans notre sujet par où nous en sommes sortis , je n'examinerai pas dans ce moment jusqu'à quel point on peut se fier à ce sentiment intérieur que M. le sénateur appelle , avec une si grande justesse , conscience intellectuelle.
Je me permettrai encore moins de discuter les exemples particuliers auxquels il Ta appliquée ; ces détails nous conduiraient trop loin de notre sujet. Je dirai seulement que la droiture du cœur et la pureté habituelle d'intention peuvent avoir des influences secrètes et des résultats qui s'étendent bien plus loin qu'on ne l'imagine communément. Je suis donc très disposé a croire que chez des hommes tels que ceux qui m'entendent, l'instinct secret dont nous parlions tout à l'heure devinera juste assez souvent, même dans les sciences naturelles; mais je suis porté à le croire à peu près infaillible lorsqu'il s'agit de philosophie rationnelle, de morale, de métaphysique et de théologie naturelle. Il est infiniment digne de la suprême sagesse , qui a tout créé et tout réglé , d'avoir dispensé l'homme de la science dans tout ce qui l'intéresse véritablement. J'ai donc eu raison
LIHT-PÉTBR3B01
d'affirmer que la question qui nous occup<étant une fois posée exactement, la détei
nation intérieure de tout esprit bien fait devait nécessairement précéder la discussion.
LE CHEVALIER
11 me semble que M. le sénateur approuve , puisqu'il n'objecte rien. Quant à moi, j'ai toujours eu pour maxime de ne jamais contester sur les opinions utiles. Qu'il y ait une conscience pour l'esprit comme il y en a une pour le cœur, qu'un sentiment intérieur conduise Thomme de bien, et le mette en garde contre Terreur dans les choses mêmes qui semblent exiger un appareil préliminaire d'études et de réflexions, c'est une opinion très digne de la sagesse divine et très honorable pour Thomme : ne jamais nier ce qui est utile , ne jamais soutenir ce qui pourrait nuire , c'est , à mon sens , une règle sacrée qui devrait • tout conduire les hommes que leur profes sion écarte comme moi des études approfondies. N'attendez donc aucune objection de nia part : cependant, sans nier que le sentiment chez moi ait déjà pris parti , je c'en prierai pas moins M. le comte de vouloir bien encore s'adresser à ma raison.
LE COMTE
Je vous le répète ; je n'ai jamais compris cet argument éternel contre la Providence , tiré du malheur des justes et de la prospérité des méchants. Si l'homme de bien souffrait parce qu'il est homme de bien , et si le méchant prospérait de même parce qu'il esï méchant, l'argument serait insoluble; ii tombe à terre si Ton suppose seulement que le bien et le mal sont distribués indifféremment à tous les hommes. Mais les fausses opinions ressemblent à la fausse monnaie qui est frappée d'abord par de grands coupables , et dépensée ensuite par d'honnête* gens qui perpétuent Je crime sans savoir ce qu'ils font. C'est l'impiété qui a d'abord fait grand bruit de cette objection ; la légèreté ef la bonhomie font répétée : mais en vérilé ce n'est rien. Je reviens à ma première comparaison : un homme de bien est tué à la Guerre. est-ce une injustice ? Non , c'est un malheur. S'il a la goutte ou la gravelle; si son ami i« trahit; s'il est écrasé parla chute d'un édifice , etc. , c'est encore un malheur; mais rien de plus , puisque tous les hommes sans distinction sont sujets à ces sortes de disgrâces. Bfe
DB SAIMT-PÉTEHSBOUEG. 2 S
perdez jamais de vue celte grande vérité : Qu'une loi générale, si elle n'est injuste pour
tous, ne saurait t être pour V individu. Vous n'aviez pas une telle maladie, mais vous pouviez Pavoir; vous l'avez, mais vous pouviez en être exempt. Celui qui a péri dans une bataille pouvait échapper; celui qui en revient pouvait y rester. Tous ne sont pas morts ; mais tous étaient là pour mourir. Dès lors plus d'injustice : la loi juste n'est point celle quia son effet sur tous, mais celle qui est faite pour tous ; l'effet sur tel ou tel individu n'est plus qu'un accident. Pour trouver des difficultés dans cet ordre de choses , il faut les aimer; malheureusement on les aime et on les cherche : le cce nr humain , continuellement révolté contre l'autorité qui le gêne, fait des contes à l'esprit qui les croit; nous accusonsla Providence, pourêtre dispensés de nous accuser nous-mêmes; nous élevons contre elle des difficultés que nous rougirions d'élevercontreun souverain ou contre unsimpleadministrateur dont nous estimerions la sagesse. Chose étrange ! il nous est plus aisé d'être j ustes envers les hommes qu'envers Dieu(1).
'1) Multos invcniœquos ad versus hominc s; ad versus Deos, neminc ; .Son. »îp, xcvO
Il me semble , messieurs , que j'abuserais de votre patience si je m'étendais davantage pour vous prouver que la question est ordinairement mal posée, et que réellement on ne sait ce qu'on dit lorsqu'on se plaint que le vice est heureux, et la vertu malheureuse dans ce monde ; tandis que , en faisant même la supposition la plus favorable aux murmurateurs, il est manifestement prouvé que les maux de toute espèce pleuvent sur tout le genre humain comme les balles sur une armée, sans aucune distinction de personnes. Or, si l'homme de bien ne souffre pas parce qu'il est homme de bien , et si le méchant ne prospère pas parce qu'il est méchant. , l'objection disparaît , et le bon sens a vaincu.
LE CHEVALIER
J'avoue que si l'on s'en tient à la distribution des maux physiques et extérieurs , il y a évidemment inattention ou mauvaise foi dam. l'objection qu'on en tire contre la Providence ; mais il me semble qu'on insiste bien plus sur l'impunité des crimes : c'est là le grand scandale, et c'est l'article sur lequel je suis le plus curieux de vous entendre.
DE ftJffiT-PÉTSHâBOURâ.
LE CONTE
Il n'est pus temps encore, M. le chevalier. Vous m'avez donné gain de cause un peu trop vile sur ces maux que vous appelez extérieurs. Si j'ai toujours supposé , comme vous lavez vu, que ces maux étaient distribués également à tous les hommes, je l'ai fait uniquement pour me donner ensuite plus beau jeu; car, dans le vrai, il n'en est rien. Riais , avant d'aller plus loin , prenons garde , s'il vous plaît, de ne pas sortir de la route; il y a des questions qui se touchent , pour ainsi dire , de manière qu'il est aisé de glisser de Tune à l'autre sans s'en, apercevoir : de celle-ci , par exemple : Pourquoi le juste souffre-t-il? on se trouve insensiblement à une autre : Pourquoi ? homme souffre-t-il ?La dernière cependant est toute différente; c'est celle de l'origine du mal. Commençons donc par écarter toute équivoque. Le mal est sur la terre ; hélas ! c'est une vérité qui n'a pas besoin d'être prouvée ; mais de plus : Il y est trèsjustement , et Dieu ne saurait en être V auteur : c'est une autre vérité dont nous ne doutons , j'espère, ni vous ni moi, et que je puis me dispenser de prouver, car je sais à qui je parle.
LE SÉNATEUR
Je professe de tout mon cœur la même vérité , et sans aucune restriction ; mais cette profession de foi , précisément à cause de sa latitude, exige une explication. Votre saint Thomas a dit avec ce laconisme logique qui le distingue : Dieu est Vendeur du mal qui punit , mais non de celui qui souille (1). Il a certainement raison dans un sens ; mais il faut s'entendre : Dieu est Fauteur du mal quipunit, c'est-à-dire du mal physique ou de la douleur , comme un souverain est l'auteur des supplices qui sont infligés sous ses lois. Dans un sens reculé et indirect, c'est bien lui qui pend et qui roue , puisque toute autorité et toute exécution légale part de lui ; mais , dans le sens direct et immédiat, c'est le voleur, c'est le faussaire, c'est l'assassin, etc., qui sont les véritables auteurs de ce mal qui les punit; ce sont eux qui bâtissent les prisons, qui élèvent les gibets et les échafauds. En tout cela le souverain agit, comme la Junon d'Homère , de son plein gré , mais fort
(l)Deuseslauctormaliquaàcslpœna,nonaulcmmaliquodcstCUlpQ- {S. Thom. S. Thcol. p. 1. Quacsi, 49, art. 11. )
DE ftAINT-PÊTBRSBOURG. 29
a contre-cœur (1). Il en est de m è me de Dieu (en excluant toujours toute comparaison rigoureuse qui serait insolente). Nonseulement il ne saurait être , dans aucun sens, l'auteur du mal moral, ou du péché; mais Ton ne comprend pas même qu'il puisse être originairement l'auteur du mal physique , qui n'existerait pas si la créature intelligente ne Pavait rendu nécessaire en abusant de sa liberté. Platon Ta dit, et rien n'est plus évident de soi : L'être bon ne peut vouloir nuire à personne (2) . Mais comme on ne s'avisera jamais de soutenir que l'homme de bien cesse d'être tel parce qu'il châtie justement son fils , ou parce qu'il tue un ennemi sur le champ de bataille , ou parce qu'il envoie un scélérat au supplice, gardons-nous, comme vous le disiez tout à l'heure, M. le comte , d'être moins équitables envers Dieu qu'envers les hommes. Tout esprit droit est convaincu par intuition que le mal ne saurait venir d'un Etre tout-puissant. Ce fut ce sentiment infaillible qui enseigna jadis au bon sens romain de réunir, comme par un lien nécessaire ,
(1) Exwv v.Uov-1 '/s Su/^û. Iliad. IV , 43»
(2) rrolus invidtt nemini- In Tim.
les deux titres augustes de très-bon et de très-grakd. Cette magnifique expression, quoique née dans le sein du paganisme , a paru si juste , qu'elle a passé dans votre langue religieuse, si délicate et si exclusive. Je vous dirai même en passant qu'il m'est arrivé plus d'une fois de songer que l'inscription antique , 10 vi optimo maximo , pourrait se placer tout entière sur le fronton de vos temples latins; car qu'est-ce que iov-i , sinon iov-ah ?
le comte.
Vous sentez bien que je n'ai pas envie de disputer sur tout ce que vous venez de dire. Sans doute, le mal physique rîa pu entrer dans Vunivers que par la faute des créatures libres ; il ne peut y être que comme remède, ou expiation, et par conséquent il ne peut avoir Dieu pour auteur direct ; ce sont des dogmes incontestables pour nous. Maintenant je reviens à vous , M. le chevalier. Vous conveniez tout à l'heure qu'on chicanait mal à propos la Providence sur la distribution des biens et des maux , mais que le scandale roule surtout sur l'impunité des scélérats. Je doute cependant que vous puissiez renoncer à la première objection sans abandonner la
DB SAiNT-PÉTBRSBOOl
seconde; car s'il n'y a point rTinji la distribution dos maux, .sur quoi fonderez-vous les plaintes de In rerta? Le monde notant gouverné que par des lois générales ,
vous n'avez pas, je crois , la prétention que , si les fondements de la terrasse où nous parlons élaient mis subitement en l'air par quelque éboulement souterrain, Dieu fût obligé suspendre en notre faveur les lois de la gravité, parce que cette terrasse porte dans ce moment trois hommes qui n'ont jamais tué ni volé ; nous tomberions certainement , et nous serions écrasés. 11 en serait de même si nous avions été membres de la loge des illuminés de Bavière, ou du comité du salut public. Voudriez-vous lorsqu'il grêle que le champ du juste fut épargné ? voilà donc un miracle. Mais si, par hasard , ce juste venait à commettre un crime après la récoite , il faudrait encore qu'elle pourrit dans ses greniers : voilà un autre miracle. De sorte que chaque instant exigeant un miracle , le miracle deviendrait l'état ordinaire du monde ; c'est-à-dire qu'il ne pourrait plus y avoir de miracle; que l'exception serait la règle , et le désordre l'ordre. Exposer de pareilles idées , c'est les réfuter suffisamment.
Ce qui nous trompe encore assez souvent sur ce point, c'est que nous ne pouvons nous empêcher de prêter à Dieu , sans nous en apercevoir, les idées que nous avons sur la dignité et Timportance des personnes. Par rapport à nous , ces idées sont très-justes , puisque nous sommes tous soumis à Tordre établi dans la société ; mais lorsque nous les transportons dans Tordre général, nous ressemblons à cette reine qui disait : Quand il s'agit de damner les gens de notre espèce , croyez que Dieu y pense plus dî une fois. Elisabeth de France monte sur Téchafaud : Robespierre y monte un instant après. L'ange et le monstre s'étaient soumis en entrant dans le monde à toutes les lois générales qui le régissent. Aucune expression ne saurait caractériser le crime des scélérats qui firent couler le sang le plus pur comme le plus auguste de Tunivers : cependant , par rapport à Tordre général , il n'y a point d'injustice ; c'est toujours un malheur attaché à la condition de l'homme , et rien de plus. Tout homme, en qualité et homme , est sujet à tous les malheurs de V humanité : la loi est générale; donc elle n'est pas injuste. Prétendre que la dignité ou les dignités d'un homme
DB 8AIHT-PÉT1
Vivent [e soustraire à l'action d'an tribunal
inique ou trompé, c'est précisément vouloir qu'elles l'exemptent de l'apoplexie, parexem pie, ou même de la mort.
Observez cependant que, malgré ces lois générales et nécessaires, il s'en fauf de beaucoup que la prétendue égalité , sur laquelle j'ai insisté jusqu'à présent , ait lieu réellement. Je l'ai supposée , comme je vous l'ai dit, pour me donner plus beau jeu ; mai-: rien n'est plus faux, et vous allez le voir.
Commencez d'abord par ne jamais considérer l'individu : la loi générale , la loi visible et visiblement juste est que la plus grande masse de bonheur, même temporel, apparT tient , non pas à Ihomme vertueux , mais à la vertu. S il en était autrement, il n'y aurait plus ni vice ni vertu , ni mérite , ni démérite , et par conséquent plus d'ordre moral. Supposez que chaque action vertueuse soit payée , pour ainsi dire , par quelque avantage temporel , l'acte , n'ayant plus rien de surnaturel , ne pourrait plus mériter une récompense de ce genre. Supposez , d'un autre côté , qu'en vertu d'une loi divine , la main d'un voleur doive tomber au moment où il commet un vol , on s'abstiendra de voler comme l. 3
on s'abstiendrait de porter la main sous îa hache d'un boucher ; Tordre moral disparaîtrait entièrement. Pour accorder donc cet ordre (le seul possible pour des êtres intelligents , et qui est d'ailleurs prouvé par le fait) avec les lois de la justice , il fallait que la vertu fût récompensée et le vice puni , même temporellement , mais non toujours, ni surle-champ ; il fallait que le lot incomparablement plus grand de bonheur temporel fût attribué à la vertu , et le lot proportionnel de malheur , dévolu au vice ; mais que l'individu ne fût jamais sûr de rien : et c'est en effet ce qui est établi. Imaginez toute autre hypothèse ; elle vgus mènera directement à la destruction de Tordre moral , ou à la création d'un autre monde.
Pour en venir maintenant au détail , commençons , je vous prie , par la justice humaine. Dieu ayant voulu faire gouverner les hommes par des hommes , du moins extérieurement , il a remis aux souverains Téminente prérogative de la punition des crimes , et c'est en cela surtout qu'ils sont ses représentants, J'ai trouvé sur ce sujet un morceau admirable dans les lois de Menu ; permettezmoi de vous le lire dans le troisième volume
DB SÀirïT-PtfTERSBOUno. 3 S
des Œuvres du chevalier William Jones , qui est là sur ma table.
LE CHEVALIER
Lisez , s'il vous plaît ; mais avant , ayez la bonté de me diiv ce que c'est que le roi Mena , auquel je nii jamais eu l'honneur d'être présenté.
le com ?.
Menu, M. le chevalier, est le grand législateur des Indes. Les uns disant qu'il est fib du Soleil, d'autres veulent qu'il soit fils de Brahma , la première personne Je la Trinité indienne (1). Entre ces deux opiiJons , également probables, je demeure suspendu sans espoir de me décider. Malheureusement encore il m'est également impossible de vous dire à quelle époque l'un ou l'autre de ces deux pères engendra Menu. Le chevalier Jones, de docte mémoire , croit que le code de ce législateur est peut-être antérieur au Pentateuque, et certainement au moins antérieur à tous les législateurs de la Grèce (2). Mais M. Pinkerton , qui a
(1) IVIaurice's history of Indostan. London , in-i, tom. I , pag. 53 ^-54; et tom. Il , pag. 57.
(2) Sir William's Joro's works, ton. il!, pag...
36 LES SOIRÉHS
bien aussi quelque droit à notre confiance , a pris la liberté de se moquer des Brahmes , et s'est cru en état de leur prouver que Menu pourrait fort bien n'être qu'un honnête légiste du xme siècle (1). Ma coutume n'est pas de disputer pour d'aussi légères différences ; ainsi , messieurs , je vais vous lire le morceau en question , dont nous laisserons la date en blanc : écoutez bien.
« Brahma, au commencement des temps, c< créa pour l'usage des rois le génie des peicc nés , il lui donna un corps de pure lucc mière : ce génie est son fils; il est la justice ce même et le protecteur de toutes les choses ce créées. Par la crainte de ce génie tous les c< êtres sensibles , mobiles ou immobiles (2), ce sont retenus dans l'usage de leurs jouisce sances naturelles , et ne s'écartent point de « leur devoir. Que le roi donc , lorsqu'il aura ce bien et dûment considéré le lieu, le temps, ce ses propres forces et la loi divine , inflige ce les peines justement à tous ceux qui agisse sent injustement : le châtiment est un goûte verneur actif; il est le véritable adminis-
(1) Géogr. , tom. VI de la traduction française, pag. 260 — 2G1. {%) Fixed or locomotives. Ibid. , pag. 223.
DK SAINT-' RG. 37
n irateur tics affaires publiques , il est le dis- « pensateur des Jois , el les hommes sages «. Tappellent le répondant tles quatre ordres te de Tétat, pour l'exact accomplissement de ce leurs devoirs. Le châtiaient gouverne Thutt inanité entière ; le châtiment la préserve ; le et châtiment veille pendant que les gardes huc< maines dorment. Le sage considère le châticc ment comme la perfection de la justice. << Qu'un monarque indolent cesse de punir, « et le plus fort finira par faire rôtir le plus ce faible. La race entière des hommes est rece tenue dans Tordre par le châtiment ; car ce Tinnocence ne se trouve guère , et c'est i< la crainte des peines qui permet à Punice vers de jouir du bonheur qui lui est desk tiné. Toutes les classes seraient corromcc pues , toutes les barrières seraient brisées : ce il n'y aurait que confusion parmi les homcc mes si la peine cessait d'être infligée on ce Tétait injustement : mais lorsque la Peine , c< au teint noir, à Tœil enflammé, s'avance ce pour détruire le crime , le peuple est sauce vé si le juge a Tœil juste (I). w
(1) Smt William'» Joncs *ork» , tom. 111 r voy 223—2
LE SÉNATEUR
Admirable! magnifique! vous êtes un excellent homme de nous avoir déterré ce morceau de philosophie indienne : en vérité la date n'y fait rien.
LE COMTE
11 a fait la même impression sur moi. J'y trouve la raison européenne avec une juste mesure de cette emphase orientale qui plaît à tout le monde quand elle n'est pas exagérée : je ne crois pas qu'il soit possible d'exprimer avec plus de noblesse et d'énergie cette divine et terrible prérogative des souverains : La punition des coupables.
Mais permettez qu'averti par ces tristes expressions , j'arrête un instant vos regards sur un objet qui choque la pensée sans doute , mais qui est cependant très digne de l'occuper.
De cette prérogative redoutable dont je vous parlais tout à l'heure résulte l'existence nécessaire d'un homme destiné à infliger aux crimes les châtiments décernés parla justice humaine; et cet homme, en effet, se trouve partout , sms qu'il .y ait aucun moyen d'ex-
I)ïï SAINT- PKTERSHOURG. 39
pliquer comment; caria raison ne découvre dans la nature de l'homme aucun motif capable de déterminer le choix de cette profession. Je vous crois trop accoutumés à réfléchir, messieurs, pour qu'il ne vous soit pas arrivé souvent de méditer sur le bourreau. Qu'est-ce donc que cet être inexplicable qui a préféré à tous les métiers agréables, lucratifs, honnêtes et même honorables qui se présentent en foule à la force ou à la dextérité humaine , celui de tourmenter et de mettre à mort ses semblables? Cette tête, ce cœur sont-ils faits comme les nôtres? ne contiennent-ils rien de particulier et d'étranger à notre nature? Pour moi, je n'en sais pas douter. Il est fait comme nous extérieurement; il naît comme nous; mais c'est un être extraordinaire , et pour qu'il existe dans la famille humaine il faut un décret particulier, un Fiat de la puissance créatrice. Il est créé comme un monde. Voyez ce qu'il est dans l'opinion des hommes, et comprenez, si vous pouvez, comment il peut ignorer cette opinion ou l'affronter ! A peine l'autorité a-t-elle désigné sa demeure , à peine a-t-il pris possession , que les autres habitations reculent jusqu a ce qu'elles ne voient plus la sienne.
C'est au milieu de cette solitude et de cette espèce de vide formé autour de lui qu'il vit seul avec sa femelle et ses petits, qui lui font connaître la voix de l'homme : sans eux il n'en connaîtrait que les gémissements . . . Un signal lugubre est donné ; un ministre abject de la justice vient frapper à sa porte et l'avertir qu'on a besoin de lui : il part ; il arrive sur une place publique couverte d'une foule pressée et palpitante. On lui jette un empoisonneur , un parricide , un sacrilège : il le saisit , il l'étend , il le lie sur une croix horizontale , il lève le bras : alors il se fait un silence horrible , et Ton n'entend plus que le cri des os qui éclatent sous la barre , et les hurlements de la victime. Il la détache ; il la porte sur une roue : les membres fracassés s'enlacent dans les rayons ; la tête pend ; les cheveux se hérissent , et la bouche , ouverte comme une fournaise , n'envoie plus par intervalle qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort. Il a fini : le cœur lui bat , mais c'est de joie ; il s'applaudit , il dit dans son cœur : Nul ne roue mieux que mol. Il descend : il tend sa main souillée de sang , et la justice y jette de loin quelques pièces d'or qu i!
DE SAllIT-P&rBBSBOUAG. 41
emporte à travers une double haie d'il* écartés par l'horreur. Il se met à table , et il mange; au lit ensuite, et il dort. Et le lendemain, en s'éveillant, il songe à tout autre chose qu'à ce qu'il a fait la veille. Est-ce un homme ? Oui : Dieu le reçoit dans ses temples et lui permet de prier. Il n'est pas criminel; cependant aucune langue ne consent à dire , par exemple , qu'il est vertueux , qu'il est honnête homme , qiCil est estimable , etc. Nul éloge moral ne peut lui convenir; car tous supposent des rapports avec les hommes, et il n'en a point.
Et cependant toute grandeur, toute puissance , toute subordination repose sur l'exécuteur : il est Thorreur et le lien de l'association humaine. Otez du monde cet agent incompréhensible ; dans l'instant même l'ordre fait place au chaos , les trônes s'abiment et la société disparait. Dieu qui est l'auteur de Ja souveraineté, Test donc aussi du châtiment : il a jeté notre terre sur ces deux pôles ; car Jéhovah est le maître des deux pâles , et sur eux il fait tourner le monde (1).
(1) Domini enim sunt eariinn tttr -it tvycr Mi
■■ Anna , I. Reg. II, ô }.
Il y a donc dans le cercle temporel une loi divine et visible pour la punition du crime ; et cette loi , aussi stable que la société qu elle fait subsister, est exécutée invariablement depuis l'origine des choses : le mal étant sur la terre, il agit constamment; et par une conséquence nécessaire il doit être constamment réprimé par le châtiment; et en effet, nous voyons sur toute la surface du globe une action constante de tous les gouvernements pour arrêter ou punir les attentats du crime : le glaive de la justice n'a point de fourreau; toujours il doit menacer ou frapper. Qu'est-ce donc qu'on veut dire lorsqu'on se plaint de Y impunité du crime? Pour qui sont le knout , les gibets , les roues et les bûchers ? Pour le crime apparemment. Les erreurs des tribunaux sont des exceptions qui n'ébranlent point la règle : j'ai d'ailleurs plusieurs réflexions à vous proposer sur ce point. En premier lieu , ces erreurs fatales sont bien moins fréquentes qu'on ne l'imagine : l'opinion étant, pour peu qu'il soit permis de douter, toujours contraire à l'autorité , l'oreille du public accueille avec avidité les moindres bruits qui supposent un meurtre judiciaire ; mille passions individuelles peuvent se joindre à cette inclination
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générale ; mais j'en atteste votre longue expérience, M. le sénateur; c'est une chose excessivement rare qu'un tribunal homicide par passion ou par erreur. Vous riez , M. le chevalier !
LE CHEVALIER
C'est que dans ce moment j'ai pensé aux Calas ; et les Calas m'ont fait penser au cheval et à toute récurie (1). Voilà comment les idées s'enchaînent , et comment l'imagination ne cesse d'interrompre la raison.
LE COMTE
Ne vous excusez pas , car vous me rendez service en me faisant penser à ce jugement fameux qui me fournit une preuve de ce que je vous disais tout à l'heure. Rien de moins prouvé , messieurs , je vous l'assure , que l'innocence de Calas. Il y a mille raisons d'en douter, et même de croire le contraire; mais rien ne m'a frappé comme une lettre origi-
(1) A l'époque où la mémoire de Calas fut réhabilitée , le duc d'A.... demandait à un habitant de Toulouse comment il était pnssible que le tribunal de cette ville se fût trompé aussi cruellement ; à quoi ce dernier répondit par le proverbe trivial : Il n'y a pas de bon cheval qui n$ bronche. A la bonne heure, répliqua le duc, mais toute une Ccurie !
nale de Voltaire a a célèbre Tronchin de Genève , que j'ai lue tout à mon aise , il y a quelques années. Au milieu de la discussion publique la plus animée, où Voltaire se montrait et s'intitulait le tuteur de l'innocence et le vengeur de l'humanité , il bouffonnait dans cette lettre comme s'il avait parlé de l'opéracomique. Je me rappelle surtout cette phrase qui me frappa : Vous avez trouvé mon mémoire trop chaud , mais je vous en prépare un autre au bain-marie. C'est dans ce style grave et sentimental que le digne homme parlait à l'oreille d'un homme qui avait sa confiance , tandis que l'Europe retentissait de ses Trénodies fanatiques.
. Mais laissons là Calas, Qu un innocent périsse , c'est un malheur comme un autre , c'est-à-dire commun à tous les hommes. Qu un coupable échappe , c'est une autre exception du même genre. Mais toujours il demeure vrai, généralement parlant, qiCil y a sur la terre un ordre universel et visible pour la punition temporelle des crimes; et je dois encore vous faire observer que les coupables ne trompent pas à beaucoup près l'œil de la justice aussi souvent qu'il serait permis de le croire si l'on n'écoutait que la simple théorie, vu les
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précautions infinies qu'ils prennent pour se cacher. Il y a souvent dans les circonstances
qui décrient les plus habiles scélérats, quelque chose de si inattendu, de si surprenant , de si imprcvoyablc, que les hommes, appelés par leur état ou par leurs réflexions à suivre ces sortes d'affaires , se sentent inclinés à croire que la justice humaine n'est pas toutà-fait dénuée , dans la recherche des coupables , d'une certaine assistance extraordinaire.
Permettez-moi d'ajouter encore une considération pour épuiser ce chapitre des peines. Comme il est très possible que nous soyons dans Terreur lorsque nous accusons la justice humaine d'épargner un coupable , parce que celui que nous regardons comme tel ne Test réellement pas ; il est , d'un autre côté , également possible qu'un homme envoyé au supplice pour un crime qu'il n'a pas commis , Tait réellement mérité par un autre crime absolument inconnu. Heureusement et malheu reusement il y a plusieurs exemples de ce genre prouvés par l'aveu des coupables ; et il y en a , je crois , un plus grand nombre que nous ignorons. Cette dernière supposition mérite surtout, grande attention; car quoique
les juges , dans ce cas , soient grandement coupables ou malheureux , la Providence , pour qui tout est moyen , même l'obstacle , ne s'est pas moins servi du crime ou de l'ignorance pour exécuter cette justice temporelle que nous demandons ; et il est sûr que les deux suppositions restreignent notablement le nombre des exceptions. Vous voyez donc combien cette prétendue égalité que j'avais d'abord supposée se trouve déjà dérangée par la seule considération de la justice humaine. De ces punitions corporelles qu'elle inflige, passons maintenant aux maladies. Déjà vous me prévenez. Si Ton ôtait de l'univers l'intempérance dans tous les genres, on en chasserait la plupart des maladies , et peut-être même il serait permis de dire toutes. C'est ce que tout le monde peut voir en général et d'une manière confuse; mais il est bon d'examiner la chose de près. S'il n'y avait point de mal moral sur la terre , il n'y aurait point de mal physique ; et puisqu'une infinité de maladies sont le produit immédiat de certains désordres, n'est -il pas vrai que l'analogie nous conduit à généraliser l'observation ? Avez- vous présente par hasard la tirade vigoureuse et quelquefois un peu dégoûtante
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rie Sénèque sur les maladies de son siècle? Il est intéressant de voir l'époque de Néron marquée par une afïïuence de maux in nus aux temps qui la précédèrent. Il s'écrie plaisamment : ce Seriez-vons par hasard étoncc né de cette innombrable quantité de macc ladies? comptez les cuisiniers (1). >3 II se fAche surtout contre les femmes : « Hippoce crate , dit-il , l'oracle de la médecine , avait ce dit que les femmes ne sont point sujettes ce à la goutte. Il avait raison sans doute de « son temps , aujourd'hui il aurait tort. Mais « puisqu'elles ont dépouillé leur sexe pour « revêtir l'autre , qu elles soient donc concc damnées à partager tous les maux de celui ce dont elles ont adopté tous les vices. Que ce le ciel les maudisse pour V infâme usurpace tion que ces misérables ont osé faire sur ce le notre (2) ! » Il y a sans doute des maladies qui ne sont, comme on ne l'aura jamais assez dit , que les résultats accidentels d'une loi générale : l'homme le plus moral doit
(1) Innumerabilcs ea:e morbos miraris? coquot numera. ( Sen. Ep. xcv).
(2) C'est en effet cela , à peu près du moins. Cependant on fera bien de lire le texte. L'épouvantable tableau que présente ici Sénèque mérita paiement l'attention du meMecin et celle du moraliste
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mourir ; et deux hommes qui font une course forcée, l'un pour sauver son semblable et l'autre pour l'assassiner, peuvent l'un et l'autre mourir de pleurésie ; mais quel nombre effrayant de maladies en général et d'accidents particuliers qui ne sont dus qu'à nos vices ! Je me rappelle que Bossuet , prêchant devant Louis XîV et toute sa cour, appelait la médecine en témoignage sur les suites funestes de la volupté (1 ). Il avait grandement raison de citer ce qu'il y avait de plus présent et de plus frappant; mais il aurait été en droit de généraliser l'observation; etpourmoijenepuis me refuser au sentiment d'un nouvel apologiste qui a soutenu que toutes les maladies ont leur source dans quelque vice proscrit par l'Evangile ; que cette loi sainte contient la véritable médecine du corps autant que celle de Pâme ; de ma •
(1) « Les tyrans ont-ils jamais inventé des tortures plus insupporta tables que celles que les plaisirs font souffrir à ceux qui s'y abandon- « nent? Ils ont amené dans le monde des maux inconnus au genre « humain ; et les médecins enseignent d'un commun accord qi « funestes complications de symptômes et de maladie» qui déconcertent « leur art, confondent leurs expériences, démentent si souvent les « anciens aphorisme», ont leur source dans loi plaisirs. » (Si contre l'amour des plaisirs , I. point. }
Cet homme dit ce qu'il veut ; riea : Jissous ai au-dessus de
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Diére que, dans une société de justes qui en feraient usage, la mort ne serait plus que l'inévitable terme d'une vieillesse saine et robuste ; opinion qui fut, je crois, celle d'Origène. Ce qui nous trompe sur ce point, c'est que lorsque l'effet n'est pas immédiat , nous ne l'apercevons plus ; mais il n'est pas moins réel. Les maladies, une fois établies, se propagent, se croisent, s'amalgament par une affinité funeste ; en sorte que nous pouvons porter aujourd'hui la peine physique d'un excès commis il y a plus d'un siècle. Cependant, malgré la confusion qui résulte de ces affreux mélanges, l'analogie entre les crimes et les maladies est visible pour tout observateur attentif. Il y a des maux comme il y a des crimes actuels et originels, accidentels, habituels, mortels et véniels. Il y a des maladies de paresse , de colère , de gourmandise , d'incontinence, etc. Observez de plus qu'ily a des crimes qui ont des caractères, et par conséquent des noms distinctifs dans toutes les langues , com me le meurtre, le sacrilège, l'inceste, etc.; et d'autres qu'on ne saurait désigner que par des termes généraux , tels que ceux de fraude , d'injustice, de violence, de malversation, etc. Il y a de même des maladies caractérisées ,