TES
Roubaud, cité dans un discours préliminaire du nouveau dictionnaire des synonymes français , voit dans sortir hors et ire. Il n'a pai compris ce mot parce au'il avait négligé les consonnes , auxquelles le véritable étymologiste doit faire une attention presque exclusive. Les voyelles représentent les tuyaux d'un orgue : c'est la puissanco animale qui ne peut que crier ; mais les consonnes sont les touche» , c'est-à-dire le signe de l'intelligence qui articule le cri.
( Page 112. Courage , fofmé de cor et de rage , c'est-à-dire rage du cœur. )
Je disois en mon courage : Si le roi s'en alloit , etc. ( Joinville , dans la collect. des mémoires , etc. , tom. I. Cette phrase est tout-àfait grecque : 'Eyw SI lv tw 0TMÛ jxov ïXtyov , etc.
Au milieu du XVIe siècle , ce mot de courage retenait encore sa signification primitive. Le vouloir de Dieu tout-puissant lui changea le courage. ( Voy. Le sauf-conduit donné par le souldan au sujet du roi très chrétien , à la fin du livre intitulé : Promptuaire des Con' ciles , etc. Lyon , de Tournes , 1546 , in-lô , pag. 208. ) Cor , au reste , a fait cœur , en vertu de la même analogie qui de bos a fait bœuf, de flosy fleur, de cos , queux , de votum , vœu , de ovum , œuf, de nodus , nœud , ele.
( Page 113. Faites l'anatomie du mot incontestable , vous y trouverez sa négation in ; le signe du moyen et de la simultanéité cum ; la racine «ntique test , commune , si je ne me trompe , aux Latins et aux Celtes. )
De là le mot testis en latin • celui de TÉmoin ( anciennement •îEsmoing ) dans notre langue , test en anglais , serment du Test , etc.
( Page 113. Et le signe delà capacité abi.e , du latin rabilis, si l'un et l'autre ne viennent yoînt encore d'une racine commune et antérieure. )
du deuxième EirramBit. ir,o
dvat BABILS, CAPABXJ : ttUc puissante qui possède une grande eujiurità. La première racino s'étant effacée, nous avons attribua à ce mot capable le sen-, unique du second , habile. Les AfglaifOnl conservé celle-ci puro et simple; an ABU rnan ( un homme capable ).
( Page 1 13. Admirez la métaphysique subtile qui du qcarr latin , parce delorlo , a fait notre car. )
Quare a fait car , comme quasi a fait cati ; quartus , cart ; querela , kc relie ; quicunque , kiconque ; quamquam , cancan ( celui-ci est célèbre) , et tant d'autres qui ont conservé ou rejeté l'orthographe latine. Car l'a conservée assez longtemps: car on lit dans une ordonnance do l'hilippe-le-Long, du 28 octobre 1318: quarm nous souffrions , etc. ; Mémoires du sire de Joiuville , dans la Collecl. générale des mém. , in-8», préf. pag. 88; et dans le commencement du XVI" siècle , ua poèlo disait encore :
QuAB mon mari est , je vos di Bon mire , je le vos affi.
(Vers cités dans l'averliss. de Lebret , sur le Médecin malgré lui , de Molière. )
( Page 113. Et qui a su tirer de utltfi cette particule on qui joue un .si grand rôle dans notre langue. )
L'expression numérique un , convertie en pronom indéfini pour exprimer l'unité vague d'un genre quelconque , est si nécessaire , ou si naturelle , que les Latins l'employèrent quelquefois presque sans s'en apercevoir contre le génie et les règles les plus certaines de leur langue. On a cité souvent le passage de Térence , forte unam vidi adolescentulam. On pourrait en citer d'autres. Corn. I\rep. in Ânnib. , XII ) Cic. de Nal. deorum , II , 7 ; Ad Fam. XV, 10. Phil. Il , 3 ; Tac. A un. II , 30 , etc. Ce pronom indéfini étant ira dos éléments primordiaux <i.; la langue française , nos pères , employant une ellipse très na- H relie et très commode, le séparèrent du substantif ftOBMM
Dour répété tontes les fois qu'il s'agissait d'exprimer ce que l'homme abstrait avait dit ou fait ; et ils dirent un a dit , c'est on qui passe comme on le dit de nos jours dans quelques dialectes voisins de « France. La Fontaine a dit encore :
Vous rappelez en moi la souvenance D'un qui s'est vu mon unique souci.
Mais bientôt un se changea en on par l'analogie générale qnia change l'u initial latin en o français, onde, ombre, once, onction, onguent, etc., au lieu de unda , umbra , etc. Celte analogie est si forte , qu'elle nous fait souvent prononcer l'o dans les mots même où l'orthographe a retenu l'u; comme dans nuncupatif, fungus , duumvir , triumvir, nundinal , etc. , que nous prononçons noncupatif , fongus , etc. Delà vient encore la prononciation latine des Français qui amuse si fort les Italiens, bonom, malnm , Dominus vnbiscom , etc. Je me range donc volontiers à l'avis de l'interlocuteur sur l'origine de nos particules car et on. Les gens de Portr-Royal ont protendu cependant que notre car vient du grec gar ( Tàp ) , et que on vient de homme ; mais il me paraît certain que, dans ces deux cas, la grâce de l'étymologie avait manqué à ces messieurs : Dieu est le maître. ( Voy. la Gramm. gén. , chap. XIX. )
( Page 116. Souproug ( époux) , qui signifie exactement celui qui est attaché avec un autre sous le mime joug. )
Qui ne serait frappé de l'analogie parfaite de ce mot souproug avec le conjux des Latins ; analogie purement intellectuelle , puisqu'elle n'a rien de commun avec les sons ? Ce mot de conjux, au reste , est une syncope de coNJUGai'u* , le g et l's étant cachés dans l'x.
La fraternité du latin et de l'esclavon , laquelle suppose absolument une origine commune , est une chose connue. On connaît moins celle de l'esclavon arec le samscrit, dont je m'aperçus pour la première fois en lisant la dissertation du P. Paulin de Sainl-Barlhélcmi. Dt lalini sermonis origine et cum orientalibus linguis connexione. Roma;, 1802 , in-4©.
Je recommando surtout à l'attention des philologues les noms de nombre qui sont capitaux dans ces sortes de recherches»