G LES SOIRÉES
dre produise tel ou tel ravage , c'en est une aussi que la prière , répandue à temps sur le feu du ciel, V éteigne ou le détourne. Et soyez persuadés , messieurs , qu'on ne me fera aucune objection dans la même supposition , que je ne rétorque avec avantage : il n'y a point de milieu entre le fatalisme rigide , absolu , universel , et la foi commune des hommes sur l'efficacité de la prière.
Vous rappelez- vous , M. le chevalier , ce joli bipède qui se moquait devant nous , il y a peu de temps , de ces deux vers de Boileau :
Pour moi qu'en santé même un autre monde étonne , Oui crois lame immortelle et que c'est Dieu qui tonne.
« Du temps de Boileau , disait-il devant ce des caillettes et des jouvenceaux ébahis de « tant de science, on ne savait pas encore ce qu'un coup de foudre n'est que l'étincelle ce électrique renforcée; et l'on se serait fait » une affaire grave si l'on n'avait pas regardé * le tonnerre comme l'arme divine destinée ce à châtier les crimes. Cependant il faut ce que vous sachiez que déjà , dans les temps ce anciens , certains raisonneurs embarrasce saient un peu les croyants de leur époque , re en leur demandant pourquoi Jupiter s'a-
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« musait à foudroyer les rochers du Caucc case ou les forets inhabitées de la Gerce manie. »
J'embarrassai moi-même un peu ce profond raisonneur en lui disant : » Mais vous ce ne faites pas attention, monsieur, que ce vous fournissez vous-même un excellent 01 argument aux dévots de nos jours ( car il ce y en a toujours, malgré les efforts des ce sages ) pour continuer à penser comme ce le bonhomme Boileau; en effet, ils vous ce diront tout simplement : Le tonnerre , ce quoiqiCil tue , n'est cependant point établi ce pour tuer ; et nous demandons précisé- » ment à Dieu qiCil daigne , dans sa bonté , ce envoyer ses foudres sur les rochers et sur ce les déserts , ce qui suffit sans doute à ce T accomplissement des lois physiques. » Je ne voulais pas , comme vous pensez bien, soutenir thèse devant un tel auditoire; mais voyez , je vous prie , où nous a conduit la science mal entendue , et ce que nous devons attendre d'une jeunesse imbue de tels principes. Quelle ignorance profonde, et même quelle horreur de la vérité! Observez surtout ce sophisme fondamental de l'orgueil moderne qui confond toujours la découverte ou