‹ Les soirées de Saint-PétersbourgChapitre 34 sur 40 · SIXIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SIXIEME ENTRETIEN

LE SÉNATEUR

Je vous ai cédé expressément la parole, mon cher ami : ainsi, c'est à vous de commencer.

LE COMTE

Je ne la saisis point, parce que vous me Ta bandonnez , car ce serait une raison pour moi de la refuser ; mais c'est uniquement pour ne pas laisser de lacune dans nos entretiens. Permettez-moi donc d'ajouter quelques réflexions à celles que je vous présentai hier sur un objet bien intéressant: c'est précisément à la guerre que je dois ces idées ; mais que notre cher sénateur ne s'effraie point , il peut être sûr que je n'ai nulle envie de m'avance r sur ses brisées.

Il n'y a rien de si commun ^ue ces discours:

Qu'on prie ou qiConneprie pas , les événements vont leur train : on prie, et ton est battu , etc. ; or , il me parait très essentiel d'observer qu'il est rigoureusement impossible de prouver cette proposition : On a prié pour une guerre juste , et la guerre a été malheureuse. Je passe sur la légitimité de la guerre , qui est déjà un point excessivement équivoque ; je m'en tiens à la prière : comment peut-on prouver qu'on a prié ? On dirait que pour cela il suffit qu'on ait sonné les cloches et ouvert les églises. Il n'en va pas ainsi , messieurs ; Nicole auteur correct de quelques bons écrits, a. dit quelque part que le fond de la prière est le désir (1); cela n'est pas vrai , mais ce qu'il y a de sûr. . .

LE SÉNATEUR

Avec votre permission , mon cher ami , cela n'est pas vrai est un peu fort ; et avec votre permission encore , la même proposition se lit mot à mot dans les Maximes des Sarnts de Fénélon, qui copiait ou consultait peu Nicole, si je ne me trompe.

(1) Jen'aipas déterré sans peine celte maxime de Nicole dans ses instructions sur le Ddcaloguc. Tom. II , sect. 11 , c. i , u , v , art. m.

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