VIERGE NOIRE
A madame Victor Hu=,o
Quand on va à Chartres^ ou plutôt quand on passe par cette ville, après avoir traversé les vastes et monotones plaines de la Beauce, il vous arrive, pour vous récréer l'esprit, d'avoir à attendre pendant trois heures la voiture qui doit succéder à celle qui vous a amené de Paris. Si, au milieu de la mauvaise humeur que vous donne nécessairement cette annonce, que vous fait froidement le directeur des messageries, il vous advient d'apercevoir par-dessus les arbres de la promenade les deux clochers de l'église, je vous en félicite.
Je ne vous ferai pas la description de l'édilîce. Si^ malgré la belle architecture de la cathédrale de Chartres, malgré l'étendue de sa nef, il est de plus belles églises, je n'en ai pas vu qui soit aussi pleine de recueillement et de mysticisme. Le bâtiment, presque coupé à jour comme une dentelle, est remarquable par le nombre, la beauté et l'éclat de
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ses ^itraux^ par les sculptures qui entourent la nef, par son puAé (le mosaïque, dont les sinuosités, suivies souvent par la piélc des fidèles, leur permettent de faire, sans sortir de réglisej'^un pèlerinage de plusieurs lieues, auquel sont attachées de précieuses indulgences. Mais ce dont j'ai à vous . parler aujourd'imi, c'est d'un coin de l'église où brùlo perpétuellement des cierges bénits devant une madone noire, richement vêtue et élincelante de pierreries. On la nomme Notre-Dame-des-Miracles, et chacun des ornements qui la parent est un gage de la reconnaissance de ceux qui ont eu recours à sa puissante intercession.
Il y a plusieurs siècles, il y avait à Chartres une veuve jeune encore et très-belle, qui, repoussant toutes les offres d'un second engagement, avait consacré le reste de ses belles années à un fils sur lequel elle avait rejeté toute l'atfeclion qu'elle avait portée à son mari. La nature et ses soins avaient fait de ce fils l'objet de l'envie de toutes les mères et de l'orgueil de la sienne; en effet, il était beau et bien fait, d'une physionomie noble et douce à la fois, et tout montrait en lui le présage du plus heureux naturel.
Entre autres faveurs^ il avait été doué de la voix la plus pure et la plus angélique que l'on eût jamais entendue; et comme sa mère ne lui faisait chanter que de la musique sacrée, dont les paroles ne respiraient que l'amour filial le plus pur et le plus saint, et ne dépassaient pas la portée de sa jeune intelligence, il mettait à son chant une expression vraie et naturelle qui arrachait quelquefois des larmes aux quelques amis qu'avait conservés la jeune veuve.
Arriva le mois d'août, et l'évêque de Chartres lui-même vint prier la veuve de permettre que son fils chantât le jour