LA VIERGE NOIRE
dans leurs corbeilles, et il se trouva couvert d un nuage parfumé. Mais quand le nuage fut dissipé, il n'y avait plus rien sous les fleurs, et Jean était disparu. Quelques efforts qu'on fîtj il fut impossible de le retrouver. 8a mère et ses amis coururent toute la ville, les magistrats le firent chercher partout, mais tant de soins restèrent infructueux. La pauvre veuve alors refusa de voir personne; elle passait les journées à prier sur la dalle où elle avait vu son fils pour la dernière fois, et les nuits à pleurer et à songer, quand la fatigue appesantissait ses yeux et la forçait à dormir, qu'elle voyait son petit Jean au ciel, chantant sur des nuages roses au milieu des concerts des anges.
Mais les malheurs viennent fondre sur les malheureux avec la môme constance que les sources descendent dans les fleuves; La famille de son mari, qui n'avait jamais consenti à son lîiarjage, lui réclama par voie judiciaire tout le bien de son mari, qu'elle n'avait conservé qu'en qualité de^ tutrice de son fils, et, après un long porcès, elle fut complètement ruinée. La pauvre femme y fît peu d'attention : son mari et son enfant avaient emporté son cœur et son âme, et n'avaient rien laissé en elle qui pût sentir sur la terre. Elle vécut misérablement de la vente de quelques bijoux que l'on n'avait pu lui enlever, et ne manqua pas un seul jour de venir prier dans l'église devant l'autel de la Vierge.
,^ Il arriva que tous ses bijoux furent vendus, et qu'il ne resta plus rien au monde dont elle pût vivre. Elle eut recours aux parents de son mari, mais pas un d'eux ne daigna seulement l'entendre.
Il ne lui restait plus que le portrait de son mari et celui