‹ Les Soirées du casinoChapitre 17 sur 21 · LE ZOUAVE MICHEL · texte numérisé non relu

LE ZOUAVE MICHEL

Est-ce que Voltaire ne disait pas : c- Les Jésuites sont les grenadiers du Pape ; commençons par les détruire, et nous aurons bon marché du reste ?" En expirant sous la main de Clément XIV, l'Ordre a dit : ctïamsi occident vie, in ipso sperabo, (1) et il n'a pas été trompé dans son espérance. Pie VII lui a redonné la vie, et l'Ordre s'est remis en marche, portant avec lui le flambeau des doctrines romaines. La Civila Cattolica et les Etudes religieuses répandent partout des flots de lumière sur toutes les questions du jour. Heureux ceux qui savent en profiter !

LE PRÉSIDENT

C'est ce qu'a su faire le Sergent Charles, et je l'en félicite. Mais il est temps de lever la séance.

(1) Job. 13.

fiM

KCITITIEME SOIREE.

LE PRESIDENT

ESIRÀNT interrompre le moins possible le fil |des idées au point intéressant où notre étude est J rendue, je m'abstiendrai de faire aucune remar- J^quc en ouvrant cette séance. Je ne puis m'empêcher, cependant, mes cbers camarades, de vous féliciter sur votre assiduité à suivre cette longue étude, et sur le bon esprit dont vous êtes tous animés pendant cette discussion. Il est vrai qu'on pouvait s'y attendre, en songeant que vous êtes des frères d'armes toujours fidèles à la belle devise de notre cher drapeau ; mais, il n'en est pas moins consolant de pouvoir le constater, comme je le fais en ce moment avec bonheur. Ce ne sera pas le moins agréable de nos souvenirs par la suite. — Meminisse juvabit.

LE CAPORAL THÉODORE

Eh bien, Sergent, avouez donc, au moins, que le Syllabus a bien peu d'importance pour la masse des simples fidèles qui n'en ont jamais entendu parler.

LE SERGENT CHARLES

Qu'en savez-vous, Caporal ? Qui sait si un grand nombre de fidèles ne sont pas scandalisés d'apprendre que des " messieurs bien éduqués " se font tirer l'oreille pour croire ce qu'enseigne Notre Saint-Père le Pape ?

78 LES soin les du casino.

Pensez- vous que les Mandements dos Evêques sur l'Encyclique et le Syllabus n'ont produit aucun effet sur la masse dés simples fidèles, comme vous dites? Détrompezvous, je vous prie. Tous ces pieux fidèles en ont une certaine connaissance qui leur suffit pour faire un acte de foi très-agréable au Dieu des petits et des humbles de ctour.

Oui, ces bons fidèles — et leur nombre est de beaucoup le plus considérable — croient tout simplement ce que oi1 et enseigne la sainte Eglise."' sans craindre le moins du monde que le Pape puisse se tromper ou les tromper. Aussi, ce sont ces petits qui profitent le plus de ce pain substantiel de la vérité. Ils laissent aux savants à examiner et à discuter, et ils disent avec l'humble Cananéenne : Catuli edunt de micis qux cadunt de menset. (h

C'est ce qui faisait dire à Augustin, peu de temps avant sa conversion : — " Que faisons-nous, mes amis, avec touto notre science ? voyez ces bonnes gens qui vont écouter Ambroise, ils connaissent mieux que nous la science du salut, leur foi simple les conduit tout droit au Royaume des Cieux, et nous ! où allons-nous ?"

Or, cette foi simple dos " humbles de cœur " repose sur un fondement solide, à savoir, la promesse de Jésus- Christ. Ces pieux fidèles savent fort bien que le Sauveur a dit à son Eglise enseignante : qui vous écoute, m'écoute : qui vous méprise, me méprise. Ils croient donc comme le Pape, parce qu'ils savent que le Tape est le Vicaire de Jésus-Chris'.

(t) Math; 15.

Mais les catholiques libéraux méprisent cette simplicité de la foi. N'est-ce pas l'esprit d'orgueil qui préside à leurs amères critiques des actes du Père commun des fidèles ? N'est ce pas le démon de l'orgueil qui les porte à chercher la doctrine du salut dans la presse profane, dans des Revues hostiles aux enseignements du Saint- Siège, dans les écrits et les discours de ceux qui veulen t faire plier l'Eglise à leurs vues politico-religieuses ?

N'est-elle pas aussi ridicule que criminelle la suffisance de ces adorateurs de 1' " esprit moderne" qui semblent dire à Dieu, avec la satisfaction superbe du Pharisien : — " Je vous remercie de n'être pas comme les autres

hommes, elc " Pauvres aveugles qui ne veulent pas

croire à cet enseignement du Sauveur : " Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra vas le royaume des d'eux comme un enfant, rCy entrera point" !

LE CAPORAL

Encore une question, et j'ai fini de vous importuner. N'y a-t-il pas plusieurs propositions, condamnées par le Syllabus, qui regardent exclusivement certains pays, certaines doctrines politiques, et qui s'appliquent d'autant moins à nous Canadiens que nous sommes dans des conditions différentes, et que, d'ailleurs, l'Eglise n'a point de jugement à prononcer sur la politique ?

LE ZOUAVE AUHUSTE.

C'est bien le cas de dire: in cavda venenum. George n'avait pas tort de recommander au Sergent de se défier de la conversion de l'avocat du diable.

J.E ZOUAVE GEORGE

Ah ! vous voyez, bien que je ne me trompais pas. NolUe fîerij c'est-à-dire, pour ceux çnii n*v savent pas le latin

comme moi : ne vous y liez pas.

LE ZOUAVE ALBERT

Bravo! George; on voit bien que Lu as dû être Tort on élément.

LE ZOUAVE GEORGE

Dam, on sait son latin, allez. Ça sert dans l'occasion : aussi ça m'a bien servi en Italie.

LE ZOUAVE VICTOR

Le brave innocent ! Est-il heureux !

LE SERGENT CHARLES

Il se peut l'aire que plusieurs propositions regardent plus spécialement certains pays, mais qu'est-ce que cela prouve contre le Syllabus :J En est-il moins vrai que le Syllabus est un enseignement doctrinal qui s'adresse au monde entier? Pourquoi? parce que chaque proposition condamnée est une erreur de doctrine. Or, toute erreur de doctrine doit être regardée comme telle par tout pays, et rejetée comme contraire à la vérité qui est, et sera toujours la vérité, en Canada comme en tout autre pays.

Un catholique ne peut jamais s'arroger le droit de dire que telle ou telle proposition condamnée regarde uniquement les intérêts politiques, quand le Pape déclare qu'elle est dangereuse parce qu'elle compromet le bien spirituel

HUITIÈME SOIRÉE. 8t

des âmes et leurs intérêts éternels. Chaque fois que le Vicaire de Jésus-Christ condamne une doctrine, qu'elle soit politique ou non, personne n'a le droit d'aller à l'encontre de ce jugement porté par le Docteur infaillible de l'Eglise sous prétexte que la politique s'y trouve intéressée. Dire que l'Eglise n'a point de jugement à prononcer sur la politique, c'est une de ces niaiseries qui fait lever les épaules. Qu'il me suffise de dire, ex abundantia juris, que tout législateur chrétien, prince ou peuple, sénat ou chambre, est le sujet spirituel du Pape, et que chaque fois que sa politique devient dangereuse ou nuisible aux intérêts religieux, au bien des aines, le Pape, ce gardien fidèle des âmes, aie droit divin de dire: cette législation ou cette politique contient tel ou tel principe faux : c'est une erreur contre laquelle le devoir de ma charge m'oblige de me prononcer et de dire non licet. Or, Pie IX n'a rien fait de plus, rien de moins, en condamnant les quatre-vingts propositions comme autant d'erreurs. Son unique politique est de sauver les âmes dont il a la garde — pasce oves — et par là il lui arrive, par surcroit, de sauver les peuples qui l'écoutent. N'est-.il pas écrit : verilas liberabit vos ? En condamnant les doctrines politiques anti-religieuses, le Pape travaille par là même à procurer le salut même temporel des peuples qui écoutent sa parole infaillible.

La Papauté n'eut jamais d'autre politique, quoiqu'on en dise.

Mais, pour comprendre cette vérité, il faut avoir la foi, une foi complète, absolue, et non une foi faible, vacii-

fente, telle que celle des libéraux soi-disant catholiques.

Avec une telle foi qui hésite ici, et s'arrête là, pour examiner si le Pape ne se trompe pas par hazarJ, on ne peut aucunement comprendre les actes du Pape qui ont la foi absolue pour mobile. Combien qui s'épuisent à deviner comment il se peut faire que le Pape, environné de périls et d'innombrables difficultés, ait osé lancer son Syllabus ! Le motif de sa courageuse assurance est impénétrable à leurs yeux. Ils ne savent pas combien le Pape puise de force dans cette parole divine : confirma fratres tuos. Pour eux rien n'est plus incompréhensible.

Pourtant, ce sont souvent des hommes intelligents, d'une grande capacité dans les affaires de ce monde. Seulement ils oublient la principale, la suprême affaire du salut, cœsi sunt, et duces cœsorum ! (1)

Or, quoiqu'ils disent, quoiqu'ils fassent, quoiqu'ils écrivent contre l'enseignement du Syllabus, cet enseignement les dominera bon gré mal gré. Il vaincra leurs journaux, leurs livres, leurs tribunes, leurs clubs, leurs lois, leurs persécutions, leurs confiscations, leurs prisons ; il suscitera de nobles défenseurs, il aura ses apôtres et ses mar tyrs, et finalement il triomphera î Aveugles et insensés qui croient pouvoir donner le démenti au non prœvalebiuit ! (2)

Il y a encore une autre explication plus relevée à donner de cette secrète opposition au Syllabus, mais j'hésite à en parler. C'est une philosophie chrétienne qui déplait à plusieurs, parce qu elle n'est pas suffisamment comprise.

(1) Math. 15.

(2) Math. 1G.

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