LE ZOUAVE AUGUSTE
N'ayez peur, Sergent ; votre philosophie ne nous fera pas reculer. Oubliez-vous donc la devise de notre drapeau : Aime Dieu et va ton chemin ? Parlez donc avec confiance.
LE ZOUAVE HENRI
Bravo, Auguste ; en avant ! Sergent.
Au fait, vous avez raison, Auguste, et vous me faites rougir de mon hésitation. J'ai eu tort de douter, un moment, de l'esprit de foi des Zouaves du Pape. Voici donc ma pensée à ce sujet. St. Paul dit quelque part que Y homme-animal ne comprend rien aux choses de Dieu. Pourquoi ? C'est un effet du mystère du péché originel par lequel l'homme est si fortement enclin à l'erreur et au mal. Par une pente naturelle, il est porté à la désobéis* sance. Il s'en fait même un motif d'orgueil. Il décore ce mauvais penchant du beau nom d'indépendance. Selon lui, l'obéissance est l'indice d'un esprit faible et étroit, qui ne sait pas user de la liberté et des droits de la raison humaine.
Par contre, la résistance à l'autorité est l'indice d'un esprit fort. Or, le Syllabus contrarie, de plusieurs manières, cette tendance naturelle de l'esprit humain, en condamnant des erreurs qui lui sont chères, et en exigeant la soumission aux doctrines contraires à ces erreurs. De là, résistance et refus d'obéir à cette loi gênante. Comment
84 LES SOIRÉliS DU CASINO.
vaincre cet esprit du vieil homme, comme dit St. Paul? — Par L'obéissance. — Mais, cette obéissance, comment l'obtenir?— Par la prière, par les Sacrements, formant en nous Vhomme nouveau qui obéit avec allégresse, à l'exemple de Jésus-Christ " obéissant jusqu'à la mort." — C'est ainsi que les bons catlioliques obéissent au Pape. C'est la voie du salut, et toute antre conduit à la mort éternelle.
LE ZOUAVE .VICTOR
Ce langage mystique est fort beau, sans doute ; mais, bien des gens diront que c'est une folie d'agir de la sorte.
LE SERGENT
Oui; mais c'est la folie de lu Croix. — C'est la folie de quinze millions de martyrs ; — c'est la folie des plus beaux génies ; — c'est la folie d'illustres guerriers, d'un St. Sébastien, d'un St. Maurice, commandant les dix mille braves de la Légion Thébaine passés au fil de l'épée pour avoir préféré obéir à Dieu plutôt qu'à César ; — c'est la folie d'un Cliarlemagne, d'un St. Louis, de Jeanne d'Arc, d'un St. Bernard, d'un St. François de Sales, d'un St. Vincent de Paul, etc. ; — c'est la folie de nos valeureux pères qui oui colonisé cette Province catholique, des Pères Brébœuf, l'Allemant et de centaines d'béroïques Missionnaires ; — c'est la folie de nos Evèques et de nos Prêtres si dévoués au Saint-Siège ; — enfin, c'est notre folie, à nous Zouates du Pape, qui nous a fait voler au secours de Pie IX, pour la cause duquel nous étions prêts à verser notre sang et ,i mourir au ebamp d'honneur. Qui peut rougir de cette folie ?
LE ZOUAVE GEORGE
Vive l'obéissance !
LE SERGENT
Et notez, mes amis, que cette obéissance n'exclue pas l'examen approfondi des motifs. C'est précisément ce que nous faisons dans cette étude sur le Syllabus. Nous n'étudions pas pour savoir si nous devons obéir, mais pour mieux connaître les raisons de notre obéissance. C'est ce que l'Apôtre appelle rationabile obsequium. (1)
Remarquez encore, eliers camarades, que je n'ai examiné, et encore bien imparfaitement, qu'un côté de la question. Si. le temps le permettait, que n'aurais-je pas à dire sur les fruits si différents de l'obéissance et de la désobéissance !
N'est-ce pas l'obéissance qui a enfanté la civilisation chrétienne ? N'est-ce pas la désobéissance qui a rempli le monde de calamités sans nombre ? Est-ce parmi les -obéissants ou parmi les désobéissants que se trouvent les vrais amis du pauvre peuple, des veuves, des orphelins, «des infirmes, des malades, et de tous ceux qui souffrent ?
D'où sont venus les épouvantables désastres de notre ancienne mère-patrie ? N'est-ce pas l'œuvre des contempteurs de la grande loi de l'obéissance, sans laquelle ni l'individu ni la société ne peut se sauver? Et cependant, ces prétendus indépendants se trompent grossièrement. Ils ne savent pas que, de toute nécessité, ils doivent obéir, et qu'ils obéissent en effet. Malheureuse-
(I) Rom. 12.
ment, ce n'est pas à Dieu, mais à Satan. Car, toute leur liberté consiste à choisir entre Dieu et Satan, aucune créature ne pouvant s'affranchir de la grande loi de l'obéissance. Les Sociétés comme les individus doivent obéir bon gré mal gré, par amour ou par crainte, toute loi humaine n'étant qu'une conséquence de la loi divine de l'obéissance imposée à l'homme par le Créateur. Tout cela est élémentaire, et n'a pas besoin de démonstration. Donc, la prétendue indépendance des libres-penseurs et des libéraux, n'est que mensonge et illusion. Hélas ! un jour viendra — dics irœ et amara valdc — où, reconnaissant trop tard leur erreur, ils s'écrieront avec désespoir : Nos insensati! Ergo crravimus, etc (1)
LE ZOUAVE JOSÉ
Nul doute que cette doctrine ne soit fort édifiante ; mais ne vous semble-t-il pas, camarades, que le Sergent Charles empiète beaucoup sur les fonctions de notre Aumônier? Encore un peu, et j'allais m'endormir, preuve que le Sergent était tombé dans le genre sermonaire. N'empêche que je ne suis pas peu satisfait do moi-même, car c'est bien le premier sermon auquel j'assiste sans m'endormir.
LE ZOUAVE VICTOR
Basta! Dasta ! quel toupet !
LE ZOUAVE HENRI
Allons ! il ne faut pas trop en vouloir à notre brave (t) Sap. v.
José. Je sais, moi, qu'il ne dormait pas sur les remparts de Rome quand les boulets piémontais pleuvaient sur nous comme la grêle. Il y faisait le coup de fusil avec le même sang-froid et le môme laisser-aller avec lesquels il se plait a taquiner notre savant Sergent. Et puis, après tout, j'estime qu'il ne doit pas y avoir grand mal à sommeiller un peu pendant le sermon. Autrement, on n'en verrait pas tant faire l'oraison de Saint Pierre, non seulement dans les bancs de la nef, mais môme dans les stalles du sanctuaire, soit dit salva reverenlia.
LE ZOUAVE GEORGE
Il me semble que les camarades dansent sur une mauvaise corde.
LE PRÉSIDENT
Rassurez-vous, George ; je vais rompre la corde en levant la séance.
LE SERGENT
Si le temps le permettait, je pourrais administrer immédiatement un excellent remède à notre brave José, et calmer en môme temps les scrupules de notre ami George. Mais, notre digne Président ayant témoigné le désir de clore cette séance, il leur faudra attendre à notre prochaine réunion.
LE PRÉSIDENT
Je lève donc la séance, bien convaincu que nous ne perdrons rien pour attendre.
2m:e3TJVx:eï:»/i:e3 soiusk.
LE PRÉSIDENT
î^â) H Men, Sergent, êtes-vons en mesure de tenir la ^s$j? promesse que vous nous avez faite à la dernière 'réunion ?
LE SERGENT
Vous allez en juger, mon Président : et je serais bien trompé si vous n'étiez pas satisfait. Seulement, comme ce que j'ai à dire est extrêmement sérieux et fort instructif, je demande à n'être pas interrompu pendant mon discours.
On a reproché au Pape de s'immiscer dans la politique- ; eh bien, vous allez voir en quoi consiste la politique du Saint-Siège. Ce que j'ai à dire sur ce sujet, jettera en môme temps un jour nouveau sur l'importance du Syllabus. Chacun sait que la Bulle d'Indiction du Concile Œcuménique n'appelle pas les Souverains à siéger dans cette assemblée législative. L'omission est remarquée ; elle est en effet remarquable. Elle constate implicitement qu'il n'y a plus de couronnes catholiques, c'est-à-dire que l'ordre sur lequel la société a vécu durant plus de dix siècles a cessé d'exister. Ce que l'on appelle le " moyen âge " est terminé. Le 29 Juin 1868, promulgation de la Bulle Merni Patris, est la date de son extrême fin, de son dernier soupir. Une autre[ère commence.
L'Eglise et l'Etat sont séparés de fait. L'Etat est laïque,
suivant l'expression de Guizot ; libre ^ suivant l'expression de Gavour ; deux hypocrisies de langage enveloppant l'aveu que l'Etat, la tête de la Société, n'a plus de culte et ne veut plus en avoir. Et cela même est encore une hypocrisie, employée à couvrir une chose x>lus formidable et plus anti-humaine, la négation de Dieu.
C'est fait, et ce n'est pas un bien. L'Etat l'a voulu, non l'Eglise. L'âme et le corps ne sont plus unis. Quant à la condition civile, l'Eglise est présentement une âme sans corps, et l'Etat quant à la condition religieuse, un corps sans âme. Du côté de l'Etat, plusieurs assurément s'en félicitent; mais dans l'Eglise, plusieurs en éprouvent une joie qui n'est pas selon la sagesse. Que les uns et les autres se hâtent, ils auront peu de temps. D'étranges fatigues vont suivre. Il s'agit de déblayer et de réédifier, et les ouvriers ne s'entendront pas. Heureux ceux qui choisiront le bon labeur !
Le moyen-âge finit comme il a commencé, dans le chaos. Voici que la matière sociale est redevenue ce qu'elle était à l'aurore de Gharlemagne, et rien n'annonce qu'un nouveau Gharlemagne soit proche, ni qu'un nouveau peuple de Gharlemagne soit formé. Car Charlemagne, dans sa grandeur, n'a été, comme d'autres dans leur infirmité, qu'une expression de la chose générale.
Liants et vacua, la poussière, la boue, le caput mortawn d'un monde écroulé, c'est ce qu'avait laissé l'Empire romain. C'est l'Etat dans lequel une saison de batailles, et moins encore, quelques vils forfaits peuvent précipiter l'Europe. Un tour de clef à donner par quelques mer-
cen aires, et la lumière toute matérielle de ce temps est éteinte partout; Alors les monstres pullulent, la terreur et les superstitions envahissent la terre, la force appartient absolument à la colère ignorante, à l'orgueil, à la volupté. Des cloaques sur lesquels sont bâtis nos académies, un nouvel islamisme peut instantanément surgir et engouffrer les derniers restes de la civilisation.
Qui sonde le temps et n'y trouve pas ces épouvantes ?
Nous cependant, sans espérance aucune aux choses d'aujourd'hui, nous ne craignons pas pour l'avenir. Le fiât lux a retenti, une création va lentement sortir de cette mort.
Le même rameau qui fut planté à Nicée et qui donna tant de fruits magnifiques, va être planté au Vatican par les mêmes mains ; l'arbre deviendra plus grand et plus fécond encore, il ombragera la terre.
L'œuvre du moyen-âge fut l'ébauche d'une pensée de Dieu que Dieu n'abandonnera pas, et le résultat d'une attente du genre humain à laquelle le genre humain ne renoncera pas : l'unité, la liberté dans l'unité, l'unité et la liberté par la justice, la justice possible et douce parla charité, et tous ces biens découlant de la vérité.
Une aspiration à l'unité se trouve au fond de toutes les entreprises de domination universelle, et c'est l'élément qui en a fait le passager succès. Par là, le cœur des peuples se trouve secrètement d'accord avec l'ambition des conquérants. Un seul troupeau, un seul pasteur ! Cette parole de Dieu révèle le secret le plus profond des peuples, le seul secret politique du genre humain.
Mais il n'y a de domination et de monarchie universelle possible que celle de Dieu. Cet autre secret, volontairement ignoré de l'ambition humaine, fait avorter les desseins les mieux conçus et les plus favorisés.
L'ambition humaine ne veut travailler que pour ellemême, elle succombe, et ses chutes marquent un pas de plus que fait le dessein éternel.
La constitution du monde, telle que l'avait conçue l'Eglise, institutrice de Ghaiiemagne, c'était l'empire de la vérité ; un empire de lumière et de justice, parce qu'il devait être un empire d'amour, l'empire de Dieu, le Saint Empire.
Ghaiiemagne, clôturant l'assemblée nationale de 802, à Aix-la-Chapelle, dit aux députés : " Ecoutez, bien-aimés frères : nous avons été envoyés ici pour votre salut, afin de vous exhorter à vivre selon Dieu, et de vous conduire en ce monde selon la justice et la miser icor de."
La Justice et la Miséricorde ! l'amour de Dieu était donc au sommet de l'édifice, tenant le glaive qui affranchit, disposant du glaive qui déchire ; car on ne peut affranchir la vérité qu'en déchirant le voile d'erreur, et il n'y a point de victoire sans combat. Il s'agissait de donner à Jésus- Christ, c'est à-dire à la justice, à la liberté, à l'amour, tout le monde connu et tout le monde à découvrir, d'affermir la paix dans cet empire de la paix, de maintenir l'unité dans cet empire de l'unité. L'esprit dirigeait la force, la jugeait, la reprenait, l'astreignait à faire l'unité sans léser la justice, sans opprimer la faiblesse, sans offenser l'amour.
La force, toutefois, n'était pas humiliée. Elle est une chose de Dieu ; une chose, dans son ordre, grande et sainte. Elle était environnée de droits et d'honneurs, sacrée pour accomplir sa fonction légitime, libre quoique subordonnée, suivant les conditions qui régissent l'union de l'âme et du corps. L'âme doit faire obéir le corps ; elle n'a pas le droit de le détruire. Le prince n'était ni un tyran déifié ni un employé misérable. Ministre de Dieu pour le bien, il pouvait beaucoup faire, beaucoup exiger, mais il devait garder la loi de Dieu, la justice, la charité, l'amour, et obéir à l'esprit.
Tel est le sens général des lois carlovingiennes, toutes rédigées dans les Conciles, où la puissance temporelle était appelée et consultée.
Ce glorieux idéal ne fut pas atteint. La félonie de la puissance séculière en détourna le monde. Il ne fut pas non plus toujours violé. La première ferveur passée* il y eut encore de beaux élans, de nobles efforts, d'admirables retours.
Jusqu'au dernier siècle, le pouvoir se prétendit chrétien, voulut quelquefois l'être, et, contraint par la foi persévérante des peuples, resta officiellement dans l'Eglise.
A travers les déchirements, en dépit des apostasies, l'édifice de la civilisation européenne se maintint, multiplia ses tiïomxmes et ses merveilles.
On vit, disaient eux-mêmes les philosophes du dernier siècle, un ensemble de justice, d'humanité, de douceur, de liberté, de lumière, dont le monde n'avait jamais joui. L'Europe se délivra du paganisme, enferma l'islamisme
9i li:s suiruÎEs du casino.
dans la prison de volupté où il achève de se dissoudre, borna le protestantisme qui allait l'envahir, traça au moins les chemins de l'unité. Plus fidèle à l'Eglise, moins ingrate envers les bienfaits du Christ, clic eût pu facilement faire rayonner la croix sur le monde entier, et toute terre serait aujourd'hui chrétienne, c'est à dire libre, affranchie des ténèbres, des idoles et des tyrans.
La loi de salut pour les peuples qui ont reçu la lumière du Christ n'est pas seulement de la conserver, mais de la propager.
Leur force, leur splendeur, leur vie, leur décadence, sont en raison de l'obéissance qu'ils rendent à cette loi ou du mépris qu'ils usent en faire. Toute prospérité qui vient d'une autre cause n'est que la vengeance divine ; cette vengeance se retournera contre les instruments qui l'ont servie, et les brisera par d'autres instruments qui seront brisés à leur tour. L'Europe est sur le bord des abîmes pour n'avoir pas étendu au monde le bienfait de l'unité, et pour n'avoir pas su le conserver elle-même.
Ce que l'Eglise lui avait procuré par son indéfectible foi et par son invincible patience, elle le perd, elle le rejette, elle demande au sabre de lui en fournir une abominable parodie. Ce qu'elle ne veut plus recevoir du Christ, elle l'attend de César. Vaine attente ! César ne porte pas la lumière, César n'a pas l'amour. La force ne fera pas ce que la lumière et l'amour auraient fait. Elle unifie, elle n'unit pas. Sous les étreintes de la force, on verra mourir les patries, on ne verra pas naître l'unité.
Mais l'Eglise est là, toujours indéfectible dans sa foi,
toujours invincible dans sa patience. Va ncue, elle demeure entière. Bannie, enfouie pour ainsi dire, elle travaillera sous le sol, elle tracera un plan agrandi ; elle est à l'œuvre. Ce qui s'est séparé d'elle a croulé. Ce qui aura été élevé sans elle croulera, et le mène tremblement de terre emportera ces œuvres éphémères et mettra au jour les assises déjà posées du nouvel édifice.
Oui, l'ancien édifice a croulé ; oui, il a croulé par l'infidélité des hommes aux desseins de Dieu, qui était de lui donner les dimensious du monde et de l'humanité. Et l'humanttô a été à ce point infidèle à son instinct même, ou plutôt elle Ta laissé pervertir, car elle cherche encore ce qu'elle abandonne. Mais l'Eglise, en q îi les desseins de Dieu ne sont jamais méconnus et en qui les ii stincts de l'humanité régénérée ne sont jamais pervertis, l'Eglise demeure vigilante, douce et indomptable. Lorsque tout croule, sa main patiente s'avance déjà pour mieux rebâtir.
Relisons les paroles du Saint-Père, traçant le programme du Concile ; mais pour en savourer la sérénité vraiment divine, considérons les circonstances où elles sont prononcées.
La tempête est partout. Jamais l'Eglise ne fut plus destituée de la puissance humaine. Auy nre^i^rs temps elle avait affaire à l'ignorance, non pas à la perversité de l'ingratitude ; elle était une folie que l'on voulaii empêcher de grandir, non pas une puissance que l'on voulût achever d'abattre ; ses ennemis n'étaient pas comme aujourd'hui parricides, ils n'avaient pas à se venger de dixhuit siècles de bienfaits.
Pour lutter contre cette fureur triomphante, plus de royaume catholique, plus de peuple chrétien, plus de force intelligente de son devoir ! Ce que les uns ont voulu oublier, les autres ont à l'apprendre, et une conjuration toute-puissante veut qu'ils l'ignorent de plus en plus. Aux yeux de ces foules qui obstinément honorent et aiment encore Jésus Christ, l'Eglise est une chose vieille et diffamée, une institution des hommes qui a fait son temps et dont le monde peut et doit être affranchi.
C'est en présence de ces haines, de ces préventions, de ces aveuglements et de ces attiédissements que Pie IX élève la voix.
Humble et docile comme Pierre au commandement du Maître, tranquille et souverain en présence de la tempête comme le Maître lui-même, il entre dans sa dictature, iL commande : —
Ce Concile œcuménique aura donc a examiner avec le plus qrand soin cl à déterminer ce qu'il convient le mieux de faire, en ces temps si difficiles et si durs, pour la plus grande gloire de Dieu, pow l'intégrité de la foi, pour la beauté du culte divin, pour le salut éternel des hommes, pour la discipline du clergé régulier et séculier et son instruction salutaire et solide, pour rabservanec des lois ecclésiastiques, pour la réformation des mœurs, pour T éducation chrétienne de la jeunesse, pour la paix commwie et la concorde universelle. Il faudra aussi travailler de toutes nos forces, avec l'aide de Dieu, à éloigner tout mal de l'Eglise et de la société civile ; à ramener dans le droit sentier de la vérité, de Injustice et du salut, les malheureux qui se sont égarés ; à réprimer les vices cl à repous-
ser les erreurs, afin que notre auguste religion et sa doctrine salutaire acquièrent une vigueur nouvelle dans le monde entier, qu'elle se propage chaque jour de plus en plus, quelle reprenne l'empire, et qu'ainsi la piété, ï honnêteté, la justice, la charité et toutes les vertus chrétiennes se fortifient et fleurissent pour le plus grand bien de l'humanité.
A ce langage, ceux qui ont compté voir la fin de l'Eglise doivent se résigner à ajourner leur espérance.
On a pu depuis un siècle, l'on peut en ce moment même étudier les puissances qui meurent et suivre sur leur visage et dans leur voix le progrès de l'agonie : elles ne parlent pas de la sorte, elles n'ont ni cette affirmation de leur droit, ni cette souveraine application à leur devoir.
On comprend aussi pourquoi le Pape n'appelle pas au Concile, suivant l'usage observé à Trente, les dépositaires du pouvoir temporel.
Quelle place y tiendraient-ils, et quel rôle leur pourrait être assigné dans ce programme du gouvernement des esprits et des mœurs ? Qu'oseraient-ils faire pour l'objet du Concile, pour la plus grande gloire de Dieu, pour l'intégrité de la foi, pour l'éducation chrétienne de la jeunesse, enfin pour le salut éternel des hommes? Ils n'ont plus le droit de parler aux hommes de leur salut éternel ; ils ont délaissé cet intérêt, ils ne le comprennent plus ou lui sont contraires. Comme individus, s'ils veulent rester catholiques, ils sont dans la même condition que leurs frères, la condition de l'égalité parfaite ; ils ont à recevoir et à exécuter la même loi, avec les mêmes avantages, sous le» mêmes peines ; ils ont le choix de se sauver ou de se damner. 7
Comme représentants Je l'Etat, ils représentent une chose qui n'est plus dans l'Eglise et qui n'y veut plus être. Pourquoi, dès lors, l'Eglise les consulterait-elle sur sa législation, sur les lois qu'elle fait pour elle-même, pour le salut des fidèles dans la situation présente, pour le salut du monde dans l'avenir ? Il n'y a pas d'assimilation possible entre le roi d'Italie, par exemple, et Charlemagne ; et si pourtant ce prince demandait d'entrer au Concile, que pourrait lui répondre le Pape, sinon ce que notre Saint Louis captif répondait au Sarrasin qui voulait être armé chevalier: Fais-toi chrétien !
Rois par la grâce de Dieu, ils le disent, c'est vrai, et la croix est encore sur leurs couronnes ; ils rendent à l'humanité chrétienne ce dernier hommage, comme à une fille de roi qui n'était pas née pour passer aux bras des étrangers et gens d'aventure, et qui ne peut être épousée que par des hommes de son culte, c'est-à-dire de sa condition. Mais, enfin, ce n'est qu'une formule, un vain dé- •cor, dont l'Eglise ne se peut plus contenter. Rois par la grâce de Dieu pour dresser des théâtres, pour viser des blasphèmes et des obscénités, pour fonder des lieux de plaisir, pour décréter des guerres de brigandage, pour déchirer le corps du Christ et jeter le sort sur la robe sans couture! Rois par la permission de Dieu, à la bonne heure, et ce n'est une grâce ni pour les peuples, ni pour eux-mêmes !
L'Eglise ne les expulse pas, mais elle constate qu'ils sont dehors. Elle a suffisamment attendu, elle les a suffisamment pressés de rester, elle a assez prié, assez
pleuré, assez souffert, assez enduré de coups perfides, d'injures et de blessures qui eussent été mortels si elle pouvait mourir. La rupture est déclarée, elle s'y plie ; cette rupture lui donne le monde à reconstruire, elle s'y met.
Certes, la situation est humainement pleine d'engoisses et de péril. C'est l'entrée du désert où, durant quarante années, le peuple de Dieu dut errer pour se refaire luimême, échapper à la servitude des idoles, perdre les mœurs de l'Egypte et mériter de garder en dépôt la lumière du monde. A prendre pareille résolution, à se jeter dans ce refuge laborieux, il .fallait l'inspiration de Dieu et l'obéissance, la grandeur morale de Moïse. L'on peut prévoir des poursuites acharnées, des catastrophes qui n'épargneront rien. Mais nous avons à notre tête plus que Moïse, et devant nos pas mieux que la colonne do feu : Nous avons Jésus-Christ et la croix et le jour. Cette lumière dont le monde sera privé, ne cessera pas de luire pour nous.
A vrai dire, en fait d'avantages matériels, ceux d'entre nous qui n'ont pas pris avec eux-mêmes le conseil d'abjurer plus ou moins, ne feront qu'un léger sacrifice.
Comme l'Etat est hors de l'Eglise, nous n'avons plus guère de place dan* l'Etat. Que sommes-nous en France, nous autres catholiques ? Peuple conquis, purs et simples contribuables, rien autre chose. L'Etat n'a plus de postes supérieurs un peu actifs où il nous puisse appeler.
Se figure- 1- on un catholique, de ceux qu'on appelle .-cléricaux, devenant ministre ou seulement préfet, et res-
tant clérical t Quels cris, si l'Etat faisait cette offense à l'opinion, cette déchirure à l'unité ! L'opinion non plus ne veut pas de nous. Elle ne veut pas de nos pensées, de nos doctrines, de nos'lois, de notre art. Le signe de la Bête n'y est pas. On ne veut de nous que notre argent et notre sang. Nous les donnerons, nous acquitterons cette dette administrative, mais nous réserverons nos âmes. Et nous, au moins, nous aurons des âmes ; nous aurons cette ressource pour la liberté, pour la patrie, et pour le genre humain !
Ce qui va se passer n'est pas inouï. Noô l'a vu. Mais l'Arche de Noé était fermée, la harque de Pierre est ouverte. Pierre a entendu la voix qui lui dit de prendre le large : Duc in altum, coupe les amarres, quitte ces rivages devenus des écueils , va en haute mer ! Le pécheur d'hommes jettera son grand filet dans les grandes eaux battues de tous les vents, et les enfants de l'Eglise recueilleront les enfants de ce beau vaisseau de l'Etat, rôduit bientôt à précipiter ses engins de mort-impuissants contre le courroux du ciel, ses passagers formés de séditieux et d'esclaves.
Tous ne voudront pas périr, beaucoup élèveront les mains comme ceux qui furent sauvés au moment du déluge et par le déluge; car le déluge fut aussi une miséricorde de Dieu.
Quoiqu'il arrive, en dehors de l'Etat comme dans l' Etat, l'Eglise conservera ses lois, conservera ses vérités. Elle n'aura pas une vérité du Lendemain, elle ne déclarera pas caduque une vérité d'hier. Quelles que soient la fureur
et la durée de la tempête, rien de cet ensemble divin ne tombera dans le gouffre, rien ne sera altéré. C'est le pain de l'avenir, l'espoir de la future moisson : l'Eglise prendra soin que le grain reste pur.
Ici, les partisans des " libertés de perdition," disposés peut-être à se réjouir autrement qu'il ne faut des ruptures présentes, se verront détrompés. Les idées errantes seront sévèrement rappelées au giron. A bord des navires, il y a un ordre pour la tempête, comme il y a un ordre pour le combat, et la discipline est plus stricte et veut être plus obéie quand le péril est plus grand.
Ce n'est pas pour établir la division que les concordats seront détruits, mais pour rétablir l'unité ; il ne s'agira plus d'alliances, il s'agira de, conquêtes.
Et si l'on ose jeter plus loin les yeux dans l'avenir, pardelà les longues fumées du combat et de l'écroulement, on entrevoit une construction gigantesque et inouïe, œuvre de l'Eglise qui répondra par des créations plus belles et plus merveilleuses au génie infernal de la destruction. On entrevoit l'organisation chrétienne et catholique de la démocratie. Sur les débris des empires infidèles, on voit renaître plus nombreuse la multitude des nations, égales entre elles, libres, formant une confédération universelle dans l'unité de la foi, sous la présidence du Pontife romain également protégé et protecteur de tout le monde; un peuple saint comme il y eut un saint- Empire. Et cette démocratie baptisée et sacrée fera ce que les monarchies n'ont pas su et n'ont pas voulu faire : elle abolira partout les idoles, elle fera régner universellement le Christ; et fut unum ovile, et unus pastor.
L'homme infidèle a déchaîné la tempête et veut qu'elle dé racine l'arbre de vie. Dieu a fait à la tempête un autre commandement : il lui ordonne d'enlever les graines fécondes et de les répandre sur toute la terre. La tempête obéira. Contre l'attente de l'homme, elle ne sera qu'un semeur plus puissant de la vérité.
Joseph de Maistre disait : " Nous serons broyés, mais pour être mêlés. " Et pourquoi serons-nous mêlés ? pourquoi Dieu permettra-t-il ce broiement, ce sang, ces larmes ? Pour en faire simplement, comme les hommes, de la boue ? Dieu ne fait pas de la boue, il fait du ciment, un ciment divin et éternel, dont il construit son édifice.
Voilà ce que j'avais à dire sur la politique du Saint- Siège et sur le sort des gouvernements modernes qui décorent du nom de progrès leur résistance au Syllabus, et leur athéisme politique. J'ai remarqué avec plaisir que notre ami José n'a point fermé l'œil et paraissait m'écouter avec une extrême attention.
LE ZOUAVE JOSÉ
C'est vrai, Sergent : mais savez- vous que j'ai mes doutes sur cette belle tirade ? Malgré la bonne opinion que j'ai de vous, n'empêche qu'il me semble que vous n'en êtes point l'auteur. Qui donc pourrait sommeiller en entendant l'écho de cette voix vibrante comme le clairon pendant la bataille ? Seul, si je ne me trompe, Veuillot peut penser et écrire de la sorte.
LE SERGENT
Vous no vous trompez pas, camarade : c'est bien l'illus-
tre auteur de Rome pendant le Concile que vous venez d'entendre- C'est une agréable surprise que je vous ménageais, et je suis heureux de voir que mon remède a produit l'effet que j'en attendais.
LE ZOUAVE JOSÉ
Merci du remède ; j'en garderai la recette.
LE ZOUAVE GEORGE
Vive Veuillot !
LE ZOUAVE HENRI
A la bonne heure ! voilà nos deux malades guéris. Ce n'est pas la première cure opérée par Veuillot, et ce ne sera pas la dernière, j'imagine.
LE PRÉSIDENT
Le Sergent vient de nous donner un vaste sujet de réflexions dont nous ferons tous notre profit, je l'espère. La séance est levée.
X>Z2S1X3^3VZ:£3 SOIREE.
LE PRESIDENT
N ouvrant cette séance je ne puis m'empêcher de 3§P remercier le Sergent Charles pour l'admirable ex- Jïftrait qu'il nous a donné à notre dernière soirée, jjjrjul avait bien raison de dire que cet écrit incomparable jetait un nouveau jour sur le Syllabus ; car le Concile du Vatican n'est que le Syllabus en action. Un jour viendra où ce Concile sera complété, et alors on verra combien sont justes et profondes ces appréciations sur ce grand acte de Pie IX.
LE SERGENT
Il est mort dernièrement en France, un grand serviteur de Dieu dont la conversion fit du bruit en 1848. Il se nommait Raymond Brucker. C'était un écrivain et un orateur distingué. Il se dévoua à l'instruction des ou vriers si perfidement exploités par les charlatans politiques, il possédait à un haut degré le don de l'éloquence et de la persuasion. Il parlait partout, jusque dans les clubs, et il produisait de grands effets.
Dans un de ses discours, il représente le genre humain qui demande aux philosophes trois choses : un petit livre qui contienne toute la vérité ; un homme dont chacun puisse suivre l'exemple ; une institution qui garantisse et perpétue le Livre et l'Exemple. A cette demande, les philosophes s'éclipsent, et le genre humain reste seul, dé-
10G LES SOIRÉES nu CASINO.
sespéré: Alors, ajoute l'orateur, — comme il était ainsi perdu dans sa douleur, il aperçut soudain un espèce d'homme, velu (Fane espèce de blouse, qui portait sur ses épaules une espèce de poutre, un gros morceau de bois tout sanglant. Cette poutre était traversée d'un autre gros morceau de bois, comme qui dirait une croix.
Et l'Homme avait ses beaux cheveux blonds tout couverts de sang. Le sang lui tombait sur les yeux. Le sang coulait à grosses gouttes sur tout son corps.
Et il regardait le Genre humain si doucement, si douce' ment ! Puis, il s'avança : avec quelle lenteur, avec quelle majesté.
Il marchait, portant le bois énorme. Et il dit d'une voix si tendre, si tendre : " Tu veux la vérité ? Je te rapporte.
" Tu veux un petit livre qui contienne toute la Vérité et qui soit compris de tous. Tiens : prends ce petit livre."
Et à la première page, le Genre humain lut : Catéchisme.
V Homme continua: " Tu m'as demandé une leçon et un exemple vivant. Regarde-moi. Je suis ton Dieu qui s'est fait homme pour l'offrir un type éternel et te conduire à la béatitude.
El enfin, tu m'as demandé une institution : voici l'Eglise"
Et le Genre humain tomba à genoux et adora Jésus-Christ. (1)
Voilà la source et la raison de l'obéissance.
Que fait l'Eglise à l'heure qu'il est ? Trahie et persécutée par les nations chrétiennes qui lui doivent leur existence et leur civilisation, elle leur montre son chef
(1) Revue du Monde Catholique, Mars, 1875.
prisonnier et abreuvé d'outrages comme Celui dont il est le Vicaire, et leur dit : voulez-vous connaître la source de tous vos maux, et le remède indispensable sans lequel vous périrez ? Prenez ce petit Livre, et suivez ces enseignements.
Et à la première page, on lit : Syllabus.
Et en cela, quel est le but que se propose l'Eglise ? C'est de tout restaurer en Jésus-Christ, principe et fin de toute chose, — instaurare omnia in Christo. (1) C'est sa devise et l'idéal vers lequel elle tend sans cesse afin de préparer et de recueillir les élus de Dieu. C'est pour faciliter cette divine mission que son chef a frappé les erreurs modernes qui corrompent les intelligences et perdent les peuples comme les individus. Puissent-ils comprendre cette vérité ! Là est leur salut.
LE CAPORAL
Mais, cette doctrine n'est-elle pas un idéal auquel il est impossible d'atteindre ?
LE SERGENT
Il est vrai qu'on ne peut atteindre cet idéal en ce monde, mais il ne s'en suit pas qu"on ne doive pas y tendre et s'en rapprocher autant que possible. C'est dans ce sens que le Sauveur a dit : Soyez parfails comme votre Père céleste est parfait. L'histoire ne prouve-t-elle pas que les nations ont été grandes, prospères, glorieuses, tant qu'elles se sont distinguées par leur moralité générale, par leur
(l) Ephes. 1.
législation calquée sur le Décalogue, et qu'elles sont déchues de leur gloire, de leur prospérité, de leur véritable grandeur à mesure qu'elles se sont éloignées de l'idéal que leur offrait le catholicisme ?
Les vrais bienfaiteurs de l'humanité n'ont-ils pas été les Saints ? et comment le sont-ils devenus ? n'est-ce pas en s'efforçant de pratiquer les enseignements du Sauveur ? Or, remarquez qu'il faut distinguer entre les préceptes et les conseils. Ceux-ci sont l'idéal vers lequel tout chrétien peut et doit tendre ; ceux-là sont indispensables au salut, et le plus nécessaire c'est l'obéissance. La désobéissance a perdu l'homme corps et âme, l'obéissance est devenue la loi de son saint.
Mais, je m'arrête, car le développement de cette vérité nous conduirait beaucoup trop loin. J'en ai dit assez, j'espère, pour vous convaincre de la nécessité de l'obéissance au Syllabus, qui est, et sera toujours, un bienfait incalculable pour la société, comme pour l'individu. Oui, la seule véritable indépendance consiste à obéir au Sauveur et à Son Vicaire, qui lui-même se fait gloire d'être le " Serviteur des serviteurs de Dieu."
le caporal.
J'avais résolu de ne plus faire aucune objection, et de passer sous silence une dernière difficulté qui me préoccupe depuis le commencement de cette discussion.
Mais, réflexions faites, il me semble utile de revenir sur cette décision. Si vous pouvez résoudre cette dernière difficultô[d'une manière satisfaisante, j'en ferai mon
profit, et vraisemblablement mes camarades vous en sauront gré.
Voici donc cette objection que j'ai entendu faire par un grand nombre de gens bien intentionnés du reste.
Si le Pape ne s'est trompé ni pour le fond ni pour la forme en lançant son célèbre Syllabus, ne s'est-il pas trompé, au moins, sur l'opportunité d'un acte si important ? Quel temps pour venir ainsi braver les idées modernes! Quel fier défi dans un temps si critique pour l'Eglise ! Quelle imprudence d'affronter si carrément le déplaisir des pouvoirs issus des "immortels principes" de 89 ! Gomme bien d'autres, plus habiles que moi, j'ai souvent pensé que si Pie IX est infaillible quant à la doctrine, il ne l'est pas quant à l'opportunité.
LE SERGENT
Je pourrais, en quelques mots, renverser la force apparente de cette objection qui a fait et fait encore un si grand nombre de dupes.
La doctrine du salut n'est jamais, ni ne peut pas être inopportune, en quelque temps et de quelque manière qu'elle soit annoncée au monde. Dire qu'il y a inopportunité à préserver les âmes des erreurs qui les conduisent à leur perte éternelle, c'est dire que la Rédemption ellemême est inopportune.
Quand donc la vérité doctrinale se présente, en quelque temps et de quelque manière que ce soit, elle apparaît toujours en temps opportun. Pourquoi ? parce qu'elle est nécessaire et indispensable en tout temps, en tous
lieux, à toute heure, et à tout homme quel qu'il soit, prince ou paysan, riche ou pauvre, petit ou grand.
Cette réponse serait amplement suffisante, parce que le Syttabus est' un enseignement doctrinal nécessaire à la société comme à l'individu, au prince comme au sujet. Mais je veux bien vous donner une réponse'plus complète et plus satisfaisante.
S'il se fût agi d'une simple mesure disciplinaire, il y aurait une moindre inconvenance à parler comme vous venez de le faire, quoique la présomption doive toujours être en faveur de cette grande autorité, la plus auguste, la plus éclairée, et la plus sage qu'il y ait au monde. Qui mieux que le Pape est en mesure de bien juger s'il est opportun ou non d'agir de telle ou telle manière en telle ou telle circonstance ?
Mais, quand il s'agit de la doctrine du salut, le doute n'est plus permis et devient criminel. Pourquoi ? parce que c'est Jésus-Christ même qui parle par la bouche de Son Vicaire. Oser dire que cette parole est inopportune est tout simplement un blasphème. Prenez garde, caporal, et n'oubliez jamais qu'en vertu de son suprême Magistère, la science doctrinale du Pape est d'un ordre entièrement surnaturel, et qu'elle ne saurait être séparée de l'opportunité qui l'accompagne nécessairement.
En disant : le Pape a eu raison, nul doute, de publier le Syllabus ; mais il a mal choisi le moment, n'est-ce pas dire: l'Esprit-Saint qui guide et inspire le "Vicaire de Jésus-Christ, l'a privé de la connaissance du moment opportun de dénoncer l'erreur et de proclamer la vérité ?
N'est-ce pas dire, par là même, qu'il manque quelque chose à la promesse faite à Pierre par le Sauveur ? N'estil pas plus convenable et plus vrai de dire que notre salut étant toujours en péril, parce que notre ennemi rôde jour et nuit quœrcns quem devoret, (l)-le secours du Pape — protecteur infaillible de nos âmes — est toujours opportun ? Âdjutor in opportunitatibus, in tribulalione. (2)
Déjà, du temps de St. Paul, les prudents selon la chair parlaient de l'inopportunité de la prédication évangélique. Lisez ce qu'enseigne ce grand Apôtre sur ce sujet. (3) On dirait qu'il avait en vue nos catholiques libéraux qui veulent en remontrer au Pape.
Mais ce n'est pas son inopportunité que les libéraux devraient reprocher au Syllabus, mais bien son importunité. Oui, les remontrances du Pape sont importunes au monde, et elles l'ont toujours été. Mais, il faut qu'il en prenne son parti et qu'il les subisse bon gré mal gré. La mission du Pape est précisément d'importuner le monde et de le réprimander à temps et à contre-temps, importune, opportune, comme dit St. Paul. On peut lui appliquer, dans un sens moral, ces paroles prophétiques de Jérémie : Constitui te super gentcs et super régnant evcllas, et destruas, et disperdas. et dissipes, et œdifices, et plantes. (Gh. 1.)
Or, Cela ne se peut faire sans déplaire au monde, sans le troubler, le révolter. De là l'inquiétude des catholiques libéraux qui visent à concilier le monde ; de là la
(1) 1 Pet.
(2) Psal. 10.
(3) IITim. 4.
facilité avec laquelle ils croient à l'inopportunité du Syllabus qui trouble la paix du monde.
On doit dire de tous ces ennemis, plus ou moins déclarés, de la mission du Pape, meditatisunt inania — Deus irridebii cos. (Sps. 2.)
On fait sonner bien haut l'imprudence du Pape de parler si hardiment dans un moment où son pouvoir temporel dépendait principalement de deux gouvernements qui se regardaient comme plus directement frappés par le Syllabus. Et bien, supposons que le Pape eût gardé le silence à cette époque où il possédait encore une partie du patrimoine de Saint Pierre, x>ensez-vous que ceux qui lui reprochent si amèrement son imprudence inopportune, ne lui reprocheraient pas aussi d'avoir sacrifié les droits de la vérité pour conserver son pouvoir temporel, et d'avoir préféré sa couronne de Roi à sa tiare de Pontife ?
Ah ! qu'il est grand, glorieux, magnanime ce faible vieillard, abandonné de tous, qui choisit précisément le moment où le " monde moderne " le menace le plus pour l'admonester, et lui dire : Voici tes erreurs maudites ; voici la vérité: Si tu n'abjures celles-là, si tu n'embrasses celle-ci, tu périras! (1)
(l) A ce sujet, voici une petite anecdoLe que j'ai entendu raconter à Home par un des Camériers du Pape, C'était à l'époque où Napoléon III livrait Rome à son compère le Roi de Sardaignc, en feignant d'en obtenir des garanties. Un artiste distingué se disposait alors à faire un buste de Pie IX. Déjà le buste en plaire était terminé ; il devait servir de modèle au buste en marbre. L'artiste fit trans-
Heureuses les nations que Jésus-Christ, par la Louche de son Vicaire, importune de la sorte î
Voilà, cher Caporal, ma réponse à votre dernière objection. Elle me paraît suffisante. L'étendre davantage serait tomber dans une prolixité fatigante. Intelligenti pauca.
Vers la fin d'Avril de cette année, Mgr. l'Archevêque de Toulouse, à la tète des pèlerins de son Diocèse, présentait une adresse à Sa Sainteté. (I) J'en extrais le passage suivant : — cc Pontife du Syllabus, soyez remercié d'avoir restitué la vérité totale à une époque abusée par des vérités diminuées, et jeté, devant les débordements révolutionnaires du présent, une digue qui excitera l'admiration reconnaissante dos peuples et des Rois de l'avenir."
On peut dire que cette belle pensée est commune à tout l'admirable Episcopat de France.
LE CAPORAL
Je suis satisfait, et mes camarades aussi.
LE ZOUAVE GEORGE
Je le crois bien ; on le serait à, moins ; mais, vaut mieux tard que jamais.
porter au Vatican le buste en plâtre, pour le soumettre à l'examen du Saint-Père. Tout en causant avec l'artiste, le Pape prit un poinçon et écrivit ces mots sur l'épaule droite du buste : dabo ti fronlem duriorem frontibus eorum.
C'est ainsi que le Pape répondait à la conjuration qui se tramait par les diplomates franco-italiens. N'est-ce pas le cas de dire : si non e vero, e ben trovalo ?
(1) V Univers, 5 Mai 187G.
114 LES SOIRÉES nu CASINO.
Je suis heureux, Caporal, de savoir que vous êtes enfin satisfait, ainsi que nos camarades. C'est la preuve que nous n'avons pas perdu notre temps à discuter, ou plutôt à étudier cette importante question du Syllabus.
Mais il est temps de sortir des broussailles de ces objections où nous venons de faire patrouille pour en chasser nos ennemis. Jusqu'à présent nous n'avons guère examiné que l'extérieur de ce vaste et important monument élevé par l'auguste main de Pie IX. Il nous reste à pénétrer dans l'intérieur pour en contempler la majestueuse beauté.
LE PRÉSIDENT
Je lève la séance à regret; mais nous avons besoin de nous reposer et de nous recueillir avant d'entrer dans ce grand et saint monument.
Vive Pie IX ! Vive le Syllabus !
NOTE AYANT TRAIT A LA 2me SOIREE.
Nous croyons devoir faire remarquer au lecteur que le Syllabus réfère, à différentes reprises, aux mêmes Encycliques et Lettres Apostoliques, et qu'en conséquence le chiffre réel de ces documents n'est pas aussi considérable ç\ue celui mentionné d la page 14 de cet opuscule, quoiqriil ne s'en éloigne guère.
APPENDICE
Les Propositions condamnées par le Syllabus.
1ère
Il n'existe aucun Etre divin, suprême, souverainement sage, dont la providence s'étende à tout, et qui soit distinct de l'universalité des choses ; Dieu est identique à la nature des choses, et en conséquence assujetti à leurs transformations diverses : et effectivement, Dieu se fait dans l'homme et dans le monde, et leur substance est sa substance même.
Dieu est ainsi une seule et même chose avec le monde, et( par conséquent l'esprit confondu avec la matière, la nécessité avec la liberté, le vrai avec le faux, le bien avec le mal, et le juste avec l'injuste.
On doit nier toute action de Dieu sur les hommes et sur le monde.
La raison humaine, sans aucun rapport à Dieu, est l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal ; elle est à elle-même sa loi, et elle suffit par ses forces naturelles pour procurer, le bien des hommes et des peuples.
Les Contradictoires ou Propositions à opposer aux erreurs signalées dans le Syllabus.
lire
Il est vrai qu'il existe un Etre suprême, que nous appelons Dieu, être infiniment sage, étendant à toutes choses sa providence attentive, distinct de tout cet univers, tant il est loin d'être par sa nature une même chose avec lui. Mais il est immuable, et par conséquent il ne se fait, quoiqu'en disent certains philosophes, ni dans l'homme ni dans le monde. Il subsiste en dehors de la multiplicité des êtres, et sa substance est incommunicable. On ne saurait donc raisonnablement identifier "Dieu avec le monde, ce qui serait l'identifier tout à la fois avec l'esprit et avec la matière, avec la nécessité et avec la liberté, avec le vrai et avec le faux, avec le bien et avec le mal, avec ce qui est juste et avec ce qui est injuste.
Orne
On doit reconnaître une action de Dieu sur les hommes et sur le monde, quelle que soit d'ailleurs la nature de cette action.
La raison humaine n'est point l'unique arbitre du vrai et du faux, pas plus que du bien et du mal ; mais les jugements qu'elle porte doivent avoir pour règle la vérité divine. Elle n'est donc point à elle-même sa loi ; et, abandonnée à elle-même, elle serait incapable de satisfaire à tous les besoins intellectuels et moraux des hommes et des peuples.
4" ' Toutes los vérités de la religion découlent de la force native de la raison humaine ; d'où il suit que la raison est la règle souveraine d'après laquelle l'homme peut et doit se procurer la connaissance de toutes les vérités, de quelque genre qu'elles soient.
La révélation divine est imparfaite, et par conséquent sujette à un progrès continuel et indéfini qui réponde au développement de la raison humaine.
La foi du Christ est ennemie de
la raison humaine, et la révélation
divine non seulement ne sert de
rien, mais encore prejudicie à la
Fection de l'homme.
Les prophéties et les miracles exposés et racontés dans les Saintes Ecritures sont des lictions de poètes, tt les mystères de la foi chiétienne un résultat d'investigations philosophiques ; les livres des deux Testaments ne contiennent que des mythes, Jésus-Christ lui-môme est une liction mythique.
8 • Comme la raison humaine va de pair avec la religion elle-même, les sciences théologiques doivent être traitées sur le même pied que Jes sciences philosophiques.
Il est faux que la raison humaine, réduite à son état natif, puisse être la source de toutes les vérités de la religion, ou qu'elle soit pour Chacun de nous le principal instrument à l'aide duquel nous puissions nous procurer la connaissance certaine de toutes les vérités, de quelque nature qu'elles soient.
La révélation divine a d'ellemême toute la perfection qui lui convient : ella n'a donc point à suivre une loi de progrès continuel et indéfini, semblable à celle que prétend s'imposer à elle-même la raison humaine.
La foi du Christ n'est point inconciliable avec la raison humaine, et la révélation divin-1 ne nuit pointa la perfection de l'homme : il serait plus vrai de dire qu'elle y contribue.
Les prophéties et les miracles, exposés et racontés dans les Stes.
Ecritures, ne sont point des fictions de poètes, pas plus que les mystères de la foî chrétienne ne sont un résultat d'investigations philosophiques. Les livres de l'Ancien Testament ne sont point un recueil de récits fabuleux, et Jésus-Christ n'est pas un mythe ou un être fictif, mais un pi nage réel.
gme
Prétendre que la raison humaine et la religion sont deux sœurs, et qu'en conséquence la théologie doit être traitée sur le même pied que la philosophie, c'est-à-dire avec la môme liberté d'examen, c'est partir d'un principe faux pour aboutir à un clusion mauvais^.
APPENDICE
gme
Tous les dogmes de la religion chrétienne sont indistinctement l'objet de la science naturelle ou de la philosophie ; et la raison humaine, moyennant une instruction purement historique, peut, par ses forces naturelles et en vertu des principes qui lui sont propres, s'élever à une véritable science de tous ces dogmes, y compris même les plus profonds, pourvu qu'ils lui aient été proposés comme objet d'étude.
1 0me
.Comme autre chose est le philoet autre chose la philosophie, le philosophe a le droit et le devoir de se soumettre h. l'autorité dont il s'est démontré à luimême la légitimité' ; mais, quant à la philosophie, il n'est aucune autorité à laquelle elle doive se sou-
. ittre, ou puisse môme le faire.
Urne
Non seulement l'Eglise ne doit, .'ans aucun cas, sévir contre la philosophie, mais elle doit tolérer ses erreurs, et lui abandonner le soin de se corriger elle-même.
Les décrets du Siège Apostolique et des Congrégations romaines empêchent le libre progrès de la science.
La méthode et les principes au moyen desquels les anciens docteurs scolastiques ont cultivé la théologie, ne conviennent plus aux nécessités de notre temps ni au progrès de la science.
Il est faux que tous les dogmes de la religion chrétienne, sans distinction, puissent être l'objet de la science naturelle ou de la philosophie, et qu'il suffise que ces dogmes soient proposés comme objet d'étude à la raison humaine, éclairée par ie flambeau de l'histoire, pour qu'elle puisse les comprendre en eux-mêmes par ses propres forces, en les déduisant de principes naturellement connus, quelle que soit la profondeur des mystères que ces dogmes renferment.
Quoiqu'il en soit de la distinction à établir entre un philosophe et sa philosophie, ni le philosopha n'est en droit, ou ne peut considérer comme un devoir, de ne se soumettre à l'autorité de l'Eglise qu'après en avoir vérifié les titres par lui-mêoie ; ni la philosophie n'est exempte de l'obligation de s'y soumettre, soit après, soit même avant tout examen.
[[me
L'Eglise n'est point obligée de tolérer les erreurs de la philosophie, en lui abandonnant le soin de s'en corriger elle-même, et il est faux qu'elle ne doive jamais sévir contre elle.
Les décrets du Siège Apostolique et des Congrégations romaines ne sont point un obstacle à l'avancement des sciences.
La méthode et les principes adoptés par les anciens docteurs scolastiques pour l'enseignement de la théologie, peuvent encore aujourd'hui être de quelque usage pour les besoins de l'époque et le progrès des sciences.
On doit étudier la philosophie sans tenir aucun compte de la révélation surnaturelle.
Tout homme eet libiv d'embrasser et de professer la religion qu'il S'est persuadé à lui-même être vraie, en se laissant guider par la lumière île la raison.
Les hommes, quelle que soit la religion qu'ils pratiquent, peuvent y trouver la voie du salut et y acquérir la vie éternelle.
17rae
On doit, à tout le moins, bien augurer du salut éternel de tous ceux qui sont totalement étrangers à la véritable Eglise du Christ.
I8me Le protestantisme n'est autre chose qu'une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, et on peut s'y rendre agréable à Dieu tout aussi bien que dans l'Eglise catholique.
igme
L'Eglise n'est pas une vraie et parfaite société pleinement libre ; elle n'a point de droits propres et constants qui lui aient été conférés par son divin fondateur ; mais c'est à la puissance civile à définir quels sont les droits de l'Eglise, et dans quelles limites elle peut les exercer.
2fjme
La puissance Ecclésiastiqne ne doit pas exercer son autorite sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil.
On ne doit point, dans les recherches philosophiques, mettre absolument de côté les oracles de la réyélation surnaturelle.
Il n'est pas libre ù un homme d'embrasser ou de professer une religion par cela seul qu'il la croit vraie, si, pour s'assurer de sa vérité, il s'est borné à consulter les lumières de sa raison individuelle.
11 est faux que les hommes puissent trouver des moyens de salut, ou le salut même, dans la pratique de n'importe quelle religion. • 17me
Il est également faux qu'on doive présumer en général que tous ceux-là mêmes sont sauvés, qui n'ont jamais été incorporés à la vraie Eglise de Jésus-Christ.
Le protestantisme est tout autre chose qu'une forme particulière de la vraie religion du Christ, et il n'est pas possible qu'on s'y rende tout aussi bien agréable à Dieu que dans l'Eglise catholique.
19uie
L'Eglise est une société proprement dite, parfaite dans son genre, indépendante de toute autre dans l'exercice des droits qui lui sont propres, et qu'elle a reçus de son divin fondateur ; et ce n'est point à la puissance civile qu'il appartient de définir quels sont ces droits propres à l'Eglise, ou quelles sont les limites dans lesquelles elle peut les exercer.
L'Eglise n'a point besoin, pour exercer son autorité, de la permission ou de l'assentiment du gouvernement civil.
APPENDICE
L'Eglise n'a pas le pouvoir de définir dogmatiquement que la religion professée par l'Eglise Catholique est la seule vraie religion.
22me
L'obligation à laquelle sont astreints les professeurs et les écrivains catholiques se borne aux choses proposées à la croyance commune, à titre de dogmes de foi, par le jugement infaillible de l'Eglise.
23me
Les Pontifes romains et les Conciles Œcuméniques ont dépassé lés limites de leur pouvoir, ont usurpé les droits des princes, et ont erré dans leurs définitions même en matière de foi et de mœurs.
L'Eglise n'a pas le droit d'employer la force, et ne possède aucun pouvoir temporel, direct ou indirect.
• 23me
Outre le pouvoir inhérent à Fépiscopat, il lui en est attribué un autre qui est temporel, et qui, lui ayant été concédé, soit d'une manière expresse, soil.tacitement, par le gouvernement civil, est révocable, pour cette raison, à la volonté de ce même gouvernement.
2(Jme
L'Eglise n'a pas le droit naturel et légitime d'acquérir et de posséder.
27me
Les ministres de la Sainte Eglise et le Pontife romain doivent être absolument exclus de toute administration et de tout domaine, en ce qui regarde le temporel.
28me Les Evêques n'ont pas le droit
21me
L'Eglise catholique a le pouvoir de définir dogmatiquement que la religion qu'elle enseigne, est l'unique vraie religion.
L'obligation imposée aux professeurs et aux écrivains de s'attacher aux enseignements de l'Eglise, ne se borne pas aux dogmes qu'elle propose à la croyance de tous les fidèles en vertu de ses jugements infaillibles.
23me
Le Pontife romain et les Conciles Œcuméniques n'ont point outrepassé leurs pouvoirs, ni usurpé les droits des princes, ni erré dans leurs définitions en matière de foi ou de mœurs.
24me
L'Eglise peut en certains cas
avoir le droit d'employer la force,
ou exercer un pouvoir temporel,
soit direct, soit au moins indirect.
25mc
Les Evêques, outre le pouvoir inhérent à leur ordre, peuvent avoir en main un pouvoir temporel qui ne leur vienne d'aucune concession, expresse ou tacite, du gouvernement civil, et que celui-ci par conséquent ne puisse révoquer ù, son gré.
2Gme L'Eglise peut avoir un droit, sinon natif, au moins légitime, d'acquérir et de posséder.
En thèse générale, rien n'oblige d'exclure les ministres sacrés et les Pontifes romains de tout ck'oit d'administrer, ou de posséder, à titre de souveraineté, des bieus temporels.
28mo
Les Evêques n'ont pas besoin
de promulguer munie des Lettres Apostoliques sans la permission du gouvernement.
Les grâces concédées par le Pontife romain doivent être regardées comme nulles, si elles n'ont été demandées par l'entremise du gouvernement.
L'immunité de l'Eglise et des personnes ecclésiastiques tire son origine du droit civil.
!. for Ecclésiastique pour les causes temporelles, soit au civil, soit au criminel, doit complètement être supprimé, fut-ce même sans l'avis et contre les réclamations du Siège Apostolique.