‹ Les Soirées du casinoChapitre 4 sur 21 · LE ZOUAVE CASIMIR · texte numérisé non relu

LE ZOUAVE CASIMIR

Je suis un de ceux qui ont demandé ces réunions spéciales, afin de m'instruire davantage sur un sujet d'une si haute importance. J'avoue que je n'ai guère là-dessus que la " foi du charbonnier;'' ce qui m'a suffi jusqu'à présent, et pourrait à la rigueur me suffire encore. Car, enfin, la foi m'enseigne que quand le Souverain Pontife parle à tou<e l'Eglise, sa parole est la parole même de Jésus-Christ dont il est le Vicaire infaillible.

Je crois donc, d'une foi ferme, tout ce qu'il enseigneT quoique je n'en aie pas une connaissance explicite, complète, ce qui, du reste, n'est pas nécessaire, et est même impossible, pour la grande majorité des fidèles enfants de l'Eglise.

Mais je pense que quand on a le temps et les moyens de s'instruire davantage, c'est un devoir de le faire.

PREMIERE SOIREE

D'ailleurs, n'est-ce pas humiliant pour nous, Zouaves du Pape, d'entendre tant d'ignorants pékins le critiquer à tort et à travers, et de ne pouvoir leur répondre, quoiqu'on sache très-bien qu'ils ne font que débiter un tas d'erreurs et de sottises ? Ne fût-ce que pour cette raison, je veux savoir ce que c'est que ce. fameux Syllabus, et je pense que tous mes camarades le désirent autant que moi, pas vrai ? Je propose donc que notre Président invite le Sergent Charles à nous débrouiller tout cela. A la caserne, c'était notre théologien. Sans lui, plus d'une fois, j'aurais négligé mes devoirs religieux pour courir la prétentaine.

LE SERGENT CHARLES

Ah! mes amis, combien je regrette que le Sergent F

ne soit pas ici en ce moment 1 c'est lui qui connaissait tout ça comme son Pater! et dire qu'il est aujourd'hui missionnaire chez les Sauvages au bout du monde ! Enfin, suffit. C'était lui qui était notre théologien au camp. Moi je n'étais que son trompette, et encore je n'étais guère fort sur cet air-là ; j'entendais mieux l'air du rata. Enfin, suffit. — Vous voulez donc que je vous parle du Sy lia bus ?

UN ZOUAVH.

Oui, oui, dites-nous ce que c'est.

LE SERGENT

Ce que c'est ? Un fameux ordre du jour, allez, celui-là I comme qui dirait une proclamation du général en chef. Gare à la consigne 1

LE ZOUAVE JOSÉ

Tout cela est bel et bon, mais c'est du militaire ; on. connait ça, Sergent. Parlez nous donc du Syllabus.

LE SERGENT

Patiencp, camarade, on y vient. C'est comme à la parade ; demi-tour à droite, demi-tour à gauche, en ligne, marche, pas gymnastique; on est militaire, quoi ! et un soldat ne parle pas comme un curé.

Voyons ; est-ce que le Pape n'est pas le général en chef de la grande armée de l'Eglise ? Est-ce qu'il n'a pas dit ? " Attention, mes enfants ! Voici l'ennemi !" Est-ce que la consigne divine n'est pas : u qui vous écoute, m'écoute ; qui vous méprise, me méprise ? "

Maintenant, si vous voulez connaître la chose en détail, savez vous que c'est une grosse besogne ! — croyezmoi, j'aimerais mieux être encore à la porte St. Jean, à échanger de bons coups de fusil avec les carabins du gualantuomo. Là, du moins, j'étais sûr de la victoire. Après en avoir abattu quelques douzaines, une balle ou une bayonnette, pendant l'assaut, m'aurait procuré ce que je désirais par dessus-tout, comme tous nos brave» camarades. Or, une fin si digne d'envie, n'eût-elle pas été la victoire finale? L'Eglise, dans son chant de triomphe, en l'honneur de celui qui meurt pour la foi, ne

dit-elle pas: " Invicie martyr victor fruens cœlesti-

bus " ? Hélas! je n'en étais pas digne.

Ici, je ne suis pas en présence de l'ennemi, mais en face du Syllabus qu'il n'est pas facile d'enlever d'assaut.

PREMIÈRE SOIRÉE

Savez-vous ce que je redoute ? ce n'est pas la confusion: que mon incapacité peut m'attirer, mais c'est de compromettre peut-être la cause de la vérité. Néanmoins, j'accepte la charge honorable que vous imposez à mon dévouement; car, je compte beaucoup sur votre indulgence, et encore plus sur l'assistance de celui au nom duquel nous sommes réunis.

Oui, je le répète, c'est une grosse besogne que nous allons entreprendre. On a déjà écrit des volumes sur le Syllabus, et ce n'est pas encore fini, tant s'en faut. J'en ai lu plusieurs, et j'avoue que j'ai besoin de lire encore et d'étudier sérieusement pour y voir plus clair.

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