LE ZOUAVE EDMOND
N'importe, Sergent, dites toujours. Pour moi, j'ai confiance en vous; et puis, je suis de l'avis du proverbe anglais : — " Half a loaf is better Vian no loafP Eh bien, donnez nous la moitié aujourd'hui ; la seconde moitié sera pour la prochaine réunion.
LE SERGENT
Seigneur! que ditps-vous là! vons croyez donc qu'on peut faire connaître le Syllabus en deux temps, comme à la parade ! Allez donc de Montréal à St. Boniface en deux marches ! l'un est aussi facile que l'autre.
LE ZOUAVE GEORGE
Tonnerre ! c'< st donc bien long cet écrit-là» Après tout, est-ce que ce n'est pas une lettre du Pape aux Evoques ? Eh bien ! une lettre n'est qu'une lettre,que diable !
Ce n'est pas gros comme le dictionnaire que j'avais au collège, et auquel j'ai fait jadis mes adieux si volontiers. Et puis, le Syllabus, est-ce que ce n'est pas comme qui dirait un post-scriptum à la lettre? Or, un post-scriptum n'est jamais aussi long qu'une lettre ; pas vrai ? Quand j'avais le bonheur de monter la garde au Vatican, j'ai écrit bien des lettres au pays, et j'y mettais toujours un post-scriptum, parce que j'oubliais toujours quelque chose. Eh bien, ça ne faisait pas un petit quart de la lettre. J'imagine donc que le Pape a fait de même. Après avoir écrit une longue lettre, il aura oublié quelque chose, et voilà pourquoi il a ajouté un post-scriptum qu'il a appelé Syllabus. Pas vrai, Sergent ?
LE SERGENT
Brave George, je vous estimais déjà beaucoup, mais je vous estime encore plu» en ce moment. C'est cette naïve franchise qui vous faisait tant aimer à Rome par vos chefs, et par tous vos camarades.
Combien qui ignorent autant que vous ce que c'est que le Syllabus, mais qui n'ont pas votre belle franchise pour en faire l'aveu, et qui se permettent au contraire de se donner des airs de savants en critiquant et en blâmant ce qu'ils connaissent si peu !
Et ici, je ne parle pas des hérétiques et des libres- penseurs dont la malice est aussi grande que l'ignorance, mais uniquement des catholiques qui n'ont jamais lu, ou du moins qui n'ont jamais étudié sérieusement le Syl-
PREMIERE SOIRÉE
labus. Combien y en a-t-il qui savent ce que c'est, en quoi et comment il lie et oblige les consciences !
Cependant, que d'impertinences, que d'erreurs ne débitent-ils pas, avec assurance, sur ce grave sujet! Combien qui croient être bons catholiques, et faire acte de courtoisie, en disant : — " Oh ! le Syllabus ; c'est un idéal très beau, à la vérité, mais irréalisable dans notre siècle, au moins dans notre pays." Et tout est dit !
C'est donc une heureuse idée que l'on a eue de nous réunir ici, de temps en temps, pour étudier ce solennel enseignement qui a causé et causera toujours une pro fonde sensation dans le monde entier.
Dans cette grande lutte de la Vérité contre l'Erreur, il serait indigne des Zouaves de rester simples spectateurs. Il faut donc nous mettre en état de combattre avec hon neur quand l'occasion s'en présentera.
LE ZOUAVE HENRI
A la bonne heure ! Voilà comme j'aime à entendre parler. Eh bien, Sergent, par où faut-il commencer?
LE SERGENT
Par le commencement, mon brave. Mais, vous devez d'abord
LE PRÉSIDENT
Il se fait tard, et je pense qu'il faut en rester là pour aujourd'hui. La séance est donc levée.