PARMI LES TOMBEAUX
Qu'est-ce que rhomme ? — Un peu de cendre agitée par la vie, immobilisée par la mort.
Qu'est-ce que la vie ? — Une mort lente. Chaque jour dont elle se compose nous incline fatalement vers la tombe.
Qu'est-ce que la mort ? — Le triste retour de rhomme à la terre d'où il a été tiré.
Oh ! qu'elle est terrible et vraie, cette parole de l'Ecriture : " Tu n'es que poussière, et en poussière tu retourneras ! " Que le monde semble petit et misérable, quand on l'examine à la lumière de cette épouvantable vérité ! Une fosse, un cercueil fait de quatre planches qu'il a fallu rogner pour les ajuster à leur taille, voilà, pourtant, l'exacte mesure des grandeurs humaines.
Les grandeurs ! Appliqué à l'humanité, ce mot est, pour le moins, étrange. N'ayant rien que nous tenions de nous-mêmes, rien que nous n'ayons reçu, de ([iioi pouvons-nous tirer gloire ? De la naissance ?
— Il y a identité absolue dans le principe et dans le fait de la naissance de tous. Chacun vient au monde de la même manière, et nul n'a jamais eu la liberté de naître, ni surtout, de chosir ses parents.
Les parents eux-mêmes, les parents qu'on appelle auteurs de nos jours, n'ont été, à cet égard, que des instruments aveugles, entre les mains d'une puissance supérieure.
Que penser des talents, de la fortune, des honneurs, de tout ce qui fait beau le présent et brillant l'avenir, de tout ce dont on aime à s'enfler ?
Eien de cela, non plus, ne vient de nous, et tout s'en retourne malgré nous. Vous croyiez posséder la terre !... la mort frappe, c'est la terre qui vous possède.
Oh ! pourquoi faut-il que notre ignorance, qui autorise, pendant la vie, tant de distinctions, tant de majestés ici et là, à propos de tout et de rien, aille ensuite au cimetière, pour se remettre de ses erreurs ! Pourquoi faut-il que là, parmi les tombeaux, les ileurs fanées, les feuilles mortes et le silence à peine troublé par le chant discret de l'oiseau solitaire ! que là. dans la cité des morts, elle se voie, pour la première fois, à l'école de la liberté, de l'égalité et de la fraternité si mal connues des vivants, que, pour ces-
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ser de s'opprimer, de se dépasser et de se faire la ^erre, ils attendent que la mort les ait paralysés, nivelés et réconciliés dans une paix forcément étemelle ! . . ,