‹ Les Soirées du Château de RamezayChapitre 18 sur 50 · TENTATION · texte numérisé non relu

TENTATION

(Au téléphone) — Hello !

— Hello ! Qui me parle ?

— C'est moi.

— Qui, toi ?

— Voyons, farceur, tu me r'connais pas ? C'est moi, c'est Ernest. Comment vas-tu, vieux loustic ?

— Ah ! tiens, r'garde moé lé don', lui ! Assez bien, merci. Et toi ?

— Moi ? ça n'va pas trop bien. J'ai un rhume du diable.

— En effet, j'm'aperçois qu't'as pris l'rhume, ta voix est enrouée.

— C'est-à-dire que c'est l'rhumG qui m"a pris.

— Farceur toi-même !

' — Quel temps, hein ?

106 SOIBÉES OU CHATEAU DE KAMEZAY

— Bien oui, dis-moi don', c'temps d'chien, tout à coup ?

— Où es-tu, don' ? es-tu au club, dans Tmoment ?

— Oui. Les amis viennent d'arriver ; on t'attend, justement, pour une p'tite partie. Tu descends pas ?

— Oh î j'crois bien qu'non, pas ce soir ; les enfants sont malades, la femme est seule pour en avoir soin, tout ça . . . J'ai envie de remettre à une autre fois.

— Fais don' pas l'fou, avance don'. Rien que 5, 10, 25, et jusqu'à minuit, seulement. Tu nous gagneras d'quoi payer ton docteur et puis tu t'en iras.

— Ah ! que vous êtes sarpents, vous autres ! . . . Arrête un peu, j'vais voir. (A sa femme) Dis don', vieille, on me demande d'aller au club ; qu'est-ce que j'vais faire ?

— Ah ! bien, en voilà une question ! Qu'est-ce qu'il va faire ! . . . Comme s'il avait l'habitude de me consulter pour aller gaspiller ses nuits à ce cher club ! . . . Va donc oii tu voudras ; ce ne sera pas la première fois que j'aurai été obligée de me passer de toi. Du reste, à l'heure et dans l'état que tu as coutume de revenir !. . .

— Comment, dans l'état ?. . .

— Oui, oui, c'est bien, dépêche-toi, va-t'en. Tu aurais bien mieux fait de te marier avec un paquet de cartes, toi.

(Au téléphone) — Hello !

—C'est toi, Ernest ?

— Oui, est-ce toi ?

WILFRID LABOSE 107

— Oui. Ne pleurez pas, j'vais vous r'Joindre, là.

— Ah ! bon, ça c'est gentil, au moins. Est-ce que tu descends tout d'suite ?

— Le temps d'passer la bougrine, et J'suis rendu.

— Bravo ! Arrive.

—Tel que j'te l'dis.

— Parfait, mon vieux. Au revoir.

— R'voir ! . . .

(Sa femme) — Oublie ta famille, oublie tout, si tu veux, mais au moins, pense à prendre ton portemonnaie, tu vas en avoir besoin.

(Lui)—

(La porte) — Bagne !

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