COLLIN
Que les dieux et les saints exaucent mes prières ! Je cherche un éditeur pour mes rimes dernières. Oui, bien-aimé Cottin, voici mes derniers vers: Je jure par ton nom, le ciel et l'univers Que je n'écrirai plus, non. jamais, et pour cause ; Je hais la poésie et je maudis la prose.
Ami découragé, tu juges de travers :
Pour ne pas te goûter, fautai être pervers ? Qu'un éditeur dédaigne imprimer ton poème. C'est juste et raisonnable, et c'est te servir, même Car les vers, après tout, tu le sais comme moi, Ne mettent pas les gens au comble de l'émoi.
Quoi ! j'aurai travaillé pendant des nuits entières A ne faire des vers que pour les cimetières ! Je pensais bien, pourtant, la réputation Promise à mes écrits
L'imagination N'est pas fort en honneur chez un homme d'affaire Le poète, pour lui, n'eut jamaiis rien à, faire Que de crever de faim dans la société ; Sa mort est un hommage H l'imbécillité.
Tu parles d'or, mon cher ! Je sais qu'une cervelle Est plus avide, ici, d'une fraîche nouvelle. D'un crime de viol, de lèse-majestés.
Que de vers où l'on voit sourire des beautés.
Et que veux-tu qu'on fasse à cet état de choses ? Pour un sou, les journaux nourrissent les névroses De scandales géants, illustrés de portraits. N'est-ce rien que d'apprendre a lire a peu de frais ! Puis un livre, ma foi, lorsqu'il est nécessaire, Ou n'a qu'à l'emprunter d'un bonasse confrère.
Celui qui fait des vers est un Sanclio-Pansa.