LE VIEUX TEMPLE
Il est là, avec son sourire moqueur à l'adresse du temps. Les grands arbres qu'il a vu naître lui font de leur ramure un abri contre les vents du nord. Ses murs lézardés, couverts de mousse, ses vitraux disjoint*, par où l'air s'efforce de venir éteindre les cierges de l'autel, ses degrés usés par les pèlerins qui, depuis longtemps, y viennent prier, la tour tronquée qui le surmonte et sert de nid aux colombes, parlent de son antiquité avec une attendrissante éloquence.
A travers les abat-son descend la voix de la vieille cloche, messagère des joies et des douleurs des fidèles qu'elle convie encore régulièrement à la prière.
Le vieux temple, oh ! il a vu naître et mourir bien des générations ; il fut témoin de bien des vœux, de bien des bonheurs et de bien des larmes ! Dans quel-
les circonstances diverses l'enfance, la jeunesse et la décrépitude humaines y ont passé ! Que de fois la main qui y avait bénit des berceaux n'est-elle pas venue y consacrer des tombes !
Vieux temple, asile de la paix, un jour, lorsqu'il fallut défendre la patrie en danger, tu devins une citadelle, la citadelle du village ; c'est dans tes murs que se retranchèrent les paysans transformés en soldats. Eelique du passé, relique deux fois chère, monument de la vaillance et de la piété vraie, puisses-tu triompher à jamais des injures du temps avec les souvenirs aimés qui se rattachent à chacune de tes pierres !