I/EMPEREUR
Avez-vous reconnu mes soldats, toiit à l'heure ? De quelque vain danger que votre esprit se leurre, Les épiques porteurs des étendards gaulois Ne peuvent se laisser ainsi dicter des lois. Ce matin, tous rangés en files, sous la brume. Tandis que. par les champs, quelque bivouac fume, Ce matin, m'acclamant longtemps avec fureur, Ils n'auraient pas songé qu'à, moi, leur empereur, On allait demander jusqu'à la déchéance Pour la sotte raison du bonheur de la France, Lorsqu'ils croyaient voir, quand sonnaient mes éperons. Passer toute leur vie au souffle des clairons. Maréchal ! au milieu de mes douleurs muettes, Vous et les autres qui devez ce que vous êtes Au clément empereur devenu votre ami, Vous voulez que le coup ne soit pas à demi
Porté. Vous, chefs, malgré nos cinquante mille hommes!... Ah! ne sommes-nous plus, pardieu, ce que nous sommes! A l'heure où, sur nos fronts, fondent les mauvais jours. Aigles que vous étiez, seriez-vous des vautours ? Vous pensez qu'un soldat, étrange escamotage, Aux durs événements, en changeant de visage, S'accommode sans peur, sans souci, sans remords. Vous croyez qu'il pourrait, sans souffrir mille morts. Connaître que le sol, le sillon, la chaumière. Jusqu'à l'air qu'on respire et jusqu'à la lumière, Sont souillés, viciés par un souffle ennemi, Que le peuple français s'affaissant à demi Sous l'empoisonnement subtil de son mécompte, En lisant son histoire, en devrait avoir honte ? Allons donc, maréchal ! connaissez votre sang ! Veillez, car c'est de haut, parfois, que l'on descend. Mais, serait-ce que, par la fatalité sombre, L'empire, le plus grand vaisseau des âges, sombre ? Ses flancs, comme des murs, sur la meute des flots. Glissaient, éperonnés de cris et de sanglots. Tandis que se riant des gouffres qu'on prépare, Le pilote géant se tenait à la barre.
LE MAEIX'HAL
Il est créé, l'ajbîme Insondable de maux Que ne peut plus voiler la souplesse des mots. Sire, voyez-vous bien ? il faut s'en rendre compte. Et je ne pense pas qu'ils doivent avoir honte, Les héros des combats dont j'ai le souvenir ; Ces hommes dont le sabre, aux yeux de l'avenir. Aura courbé la tête à la morgue allemande Et jeté tant d'éclairs au fond de la Légende,
Oui, VOUS les fîtes grands, comme vous disiez bien. Et pourtant, en ce jour, ils ne veulent plus rien, Rien qu'un peu de repos, rien qu'un peu moins de gloire, Car on se lasse, enfin, même de la victoire. Faire trembler le sol où se portent vos pas, Parcourir des pays que l'on ne connaît pas, Toujours l'épée au poing, et pendant tant d'années ; Passer les Alpes, le Rhin, franchir les pyrénées, Aspirer le vent froid oii l'âme du mistral. Monter d'un vol sublime, orgueilleux, sidéral, Monter, sans laisser voir de signes de faiblesse, ^Monter rigidement, sans relâche, sans cesse. Cela n'est pas possible à vos vieux vétérans. Leurs bras se sont mein-tris à faucher des tyrans. Fatigués et caducs, perclus dans tout leur être, Ils sont restés toujours fidèles à leur maître. Mais, pour avoir couché tant de nuits en plein vent Sous le dôme du ciel nébuleux et mouvant. Ils ne peuvent aller plus loin, quoi qu'il leur coûte, Car avec la victoire, ils ont gardé la goutte.
l'empereur
Ah ! vous avez la goutte, invincibles guerriers. Et pour vous endormir sur un lit de lauriers. Vous avez attendu cette heure solennelle Où l'aigle avait de la fatigue dans son aile, Où l'ennemi me tient dans un cercle de fer Dont je ne puis sortir qu'avec vous ou l'enfer ! Goutteux de votre cœur, goutteux de la mémoire. Vous avez plus de goutte encore que de gloire ! Maréchaux, généraux aux larges galons d'or. Paradant avi travers d'un fabuleux décor. Tant que pour vos désirs j'eus une riche proie. ^'o^s suivîtes avec des murmures de joie :
HECTOR DEMEB8 307
Mais qu'un revers s'en vienne au milieu des combats Mettre cette valeur falsifiée â, bas, Par ce coup du liasard votre ame est terrassée, Et vous avez la goutte â votre ardeur passée. Lâches, lâ.ches, cent fois lâclies que vous étiez ! J'ai pour vous du mépris, je n'ai pas de pitié. Donc, je vais abdiquer, à vos instances, mes 3,mes. Mais cette encre fora des taches sur vos lames, Qui, rongeant leur acier avili désormais, S'élargiront toujours, sans s'effacer jamais.