VIST. VOCATION
Muoiic, e coiicila i'oiule , e per rimmenso Gremho del mar le naiii urta et disperge (23). Duc portaiisi timon (24) , de quai Tun scmpre Sopra stridente cardine si gira ; Giacesi F altro, e per allior si serba , Clic de l'estrenia poppa il primo suclîe Di gran tempesta d'onde borribil colpo.
Con gradi al fin dal suol (2 5) di tronc in guisa Eeal (2G) , s'alza la poppa, oiie s'asside Chi d'ostro , o d'or pomposamente adorno La trirème (27) ba in gouerno, e dei cui scnno.
Quinci in sublime, et elcuata parte
(23) La quatrième voile dont parle Baldi était le tref, trci'O ou trco, comme il rappelle lui-même, p. iâ, ayant soin de dire qu'elle est carrée. YoW ^rc/t. nm'., t. i"^, p. 17'] et 4;8.
(ajf) Timon ou gouvernail. La galère devait avoir un timon toujours sur ses gonds (ccircUniJ ^ et l'aulie de recliangc pour remplacer celui-là au besoin.
(25) La couverte.
(•26) Le tabernacle.
(27) Pour : la galca.
UNE VOCATION, qG^
Grande e dora la lampade (28; s'appciidc
Clie di cliiari cristalli inlcrno cinta,
Il trcmulo sp]cndor cLc accoglic in seno...
Rendonsi poi di graue sab])ia oniifitifQg) Perche giaccian librati , e pcrcîic forse Non sian mal atti i Icgni , c tioppo lieui ; Spalmansi i^3o) questi al fine, accliioclie l'uulo Cosi gli faccia soura il molle siiolo De l'onde sdrucciolar »
J'ai cité ci-desstis , p. 2.3 r, les vers i\v Dnnlc sm- i'Arsonal i!o Venise ; on sera probabiemenl bien aise de leur comparer ceux rpie Bernartlino Baldi a consacrés à l'établisseiTien'i d'un arsenal^ et qui contiennent un éloge de celui des Vénitiens (p, 4*^ ) •
« Yorreui al fin poco lontan da l' onde Di forte cîiiuso, e ciistodito giro
(28) Le fanal de poupe.
(29) La sao?'na , saurc , ou lest do pierre et de sable.
(30) Espalmer, frotter de suif et de goudron la cart-ne du navire.
Ben intenso Arsenale, oue sicura
Stanza hauesser leiiaui, alhorche il iicnio
Suole innasprir contr' Orione armato.
Lunglii hauer questo, spatiosi tetti
Dee , sotto cui dimoriil fabro, menlre
Contesse i noiii legni , e quei che apersc
11 tempestoso mar salda , c riceue.
E stanze altra in disparte, ou' altri attendu
A tcsser uele , altri a riuolger sarte,
Altri a far remi, altri a formar colfoco
Su le sonanti incudi ancore graui ;
Oue in ampio ricctto , c' n cliiusa parte
Pendan lucidi usberglii, elmi, loriclic
Ferrati scudi, frassini et abêti
Conuersi in lunglie lancie, e spade, elarchi
E dipinte faretre , e quegli ardenti
Foigori , che inuolo di mano a Gioue.
L'empio German soura Prometeo audace,
Tutti qui sian con ordine distinti
Questi bellici ordigni, i graui , i lieui ,
Quei , che fulminan piètre , e qnci che' 1 ferro
Con suon , che fa tremer la terr, e'I cieîo
UKE VOCATI0A-. 269
Da r affocatc faiici aiientanlungc.
Sia in somma tal questo Arsenal, clic chiuda,
E scrbi quanto oprare in pace , o' n guerra
Deuria gucrricro , e fabro , e non gli manche
Armeggio ( i ) alcun di quei , clie suol fra F onde
Bramar ncl legno suo saggio nocchiero.
Ne gik dei tu , se di si nobil parte
Vuoi l'essempio ueder , gli Arabi, e gli Indi
Cercar rcmoti , e trapassar don' arde
L'arena d' Etiopia, 6 doue il gielo
Stringe là sotto F orse il mar , ei fiumi ;
Poi che la gran citta clie regge il freno
B' Adria un n' ha insen uiè più famoso , e illustre
Di quel , c' ebhe Cartago , e quel che mille
Nani poteo capir , che fondo F empio
Tiranno , che sicilia oppresse, e strinse. »
— Ji'c'c la brise. (P. 211.) Vent accidentel, léger, de peu de durée , en général , qui apparaît à de certains moments ou à des lieures fixes, dans certaines localités. L'anglais a hreeze ^
( i) Tout objet : cordages^ voiles, rames, armes de guerre, etc., qui peut être nécessaire dans l'armement d'un navire.
et je ne suis si ce mot est une transformation de brise , ou si, au contraire, brise est une orthograplie auriculaire de breeze. Je pencherais cependant pour la dernière supposition.
— La houle aux larges plis. (P. 211.) Quand, après uu grand vent, la mer, avant de rentrer dans le repos du calme, est encore couverte d'ondulations plus ou moins profondes, qui se succèdent lune a l'autre sans déferler, on dit qu'elle est houleuse, qu'il y a de la honle. Houle est la prononciation française du mot hol ^ qui signifie creux en hollandais, comme hole en anglais, et hohl en allemand. L'origine de ces trois mot est Scandinave. Voir Arch. ?iav., t. i^*"^ p, l'iS.
— Le smogleur. (P. 211.) Contrebandier marin. Smogleur est la prononciation française du mot anglais smuggler.
— Sur deux huniers bordés. (P. 211 .) Les huniers sont les voiles carrées qui se hissent au-dessus des basses voiles, à des mâts, appelés mâts de hune, parce qu'ils sont supérieurs aux plates-formes nommées laines. Border une voile, c'est l'étendre au moyen de cordes appelées écoutes.
— Qu'une vaste misaine... (P. 211.) La misaine d'un navire carré ou à voiles carrées, comme sont les vaisseaux, frégates, corvettes et brigs, est la voile basse du mât de l'avant.
— Cent vingt canons béants. .. (P. 2 1 1 .) Cent vingt bouches à feu sont, en France, l'armement d'un vaisseau de i^«" rang. Ce vaisseau a de longueur 64'", 3 11 (194 pieds 1 1 pouces); à sa plus grande largeur, il a i6™,4o4 (5o pieds 5 pouces). Levaisseau de 120 a trois batteries couvertes et une batterie découverte, placée sur le pont supérieur, qu'on appelle les gaillards. Ce l)àtiment à trois batteries couvertes est souvent désigné par le nom de t'ai.y\eau à trois ponts , bien qu'eu effet il ait quatre
UNE YOCAïIOiV. Q^l
hatteries, mais on ne compte que les ponts avniés d'un boni à l'autre par des bouches à feu, placées à intervalles égaux. Slainlenant le vaisseau de i'-''" ranjj; a dans sa batterie basse ou première batterie 'celle qui est la jiJiis rapprociiée de la mer), 32 canons longs, du calibre de 36; dans sa deuxième batterie (placée au-dessus de la batterie basse), 3/| canons de i!\i dans sa troisième batterie, 34 canons de i8 ; enfin, sur ses gaillards, 20 caronades de 36. Le vaisseau de i'^'' rang doit avoir, en temps de guerre , Ç)94 hommes , sans compter les officiers. Sa coque , c'est-à-dire le vaisseau sans ses mâts, ses voiles, ses cordages, son artillerie, son équipage, ses munitions de guerre, ses vivres, etc., est estimée approximativement 1,280,000 fr. {Rapport sur le matériel de la marine, par M. le baron Tupinier, p. 4^ ' •)
— Rangés sur ses deux bords. (P. 211.) Sur ses deux côtés. Voir sur les différentes significations du mot bord, le i^r vol. des Scènes de la vie ^naritinie, p. 80.
— Tangage. (P. 21 1 .) Mouvement du navire de l'avant à l'arrière et de l'arrière à l'avant ; on disait autrefois tajiquage. Je n'ai pu parvenir encore à assigner une étymologie raisonnable à ce mot qui , malgré ses rapports avec tanqueurs , ne me parait point avoir la même racine que ce mot, désignant les gabariers ou crocheleurs qui déchargeaient et chargeaient les navires.
— Léger comme une gig. (P. 212.) La gig est une embarcation longue, étroite et fort légère. Le mot est anglais; on le prononce guig.
— A déjà sons le vent laissé... (P. 214.) Avoir le vent sur son ennemi est un avantage qu'on travaille à contjuérir quand le hasard ne l'a pas donné avant le combat. Lors(iu'on a le vent,
272 UJVE VOCATIOIV.
on est maître de donner l'abordage ou de l'éviter, ce qui est fort important j dans le moyen âge on recherchait, outre l'avantage du vent, celui du soleil.
— A Lucas échappé. (P. 2 1 6.) Ce vaisseau à trois ponts , ou ce trois-ponts, — comme disent les matelots, qui ne se doutent guère sans doute qu'en parlant ainsi ils font un trope — s'appelait Victory : c'était celui que montait lord Nelson au combat de Trafalgar. Lucas , le brave capitaine du vaisseau le Redoutable, malgré la disproportion des forces, car son vaisseau était seulement armé de 74 bouches à feu , quand le Victory en avait 110, aurait indubitablement capturé le trois-ponts de l'amiral anglais, si un autre vaisseau de iio canons n'était venu sauver la Victoire, et si , pour décider la défaite du Recloutahlc, un vaisseau de 80 anglais, le Toiniant, n'était venu se placer en arrière du groupe des trois vaisseaux accrochés, et n'avait cauonné le Redoutable par enfilade, ce qui lui fit un mal affreux. Le Redoutable coula , et Lucas alla plein de gloire en Angleterre, où il fut traité de la manière la plus honorable, quoique, ou plutôt peut-être parce qu'il avait tué Nelson, qui, déjà mutilé depuis long-temps et réduit à n'être plus qu'une moitié d'iiomme, semblait devoir être immortel. C'est une tradition généralement accréditée que Nelson eut pour cercueil le tronçon du mât d'artimon du vaisseau Victory, sur lequel, blessé à mort, il s'appuya avant de tomber sur le pont; l'historien anglais, James, l'a contredite avec autorité. Le vrai est que Nelson fut mis dans une bière qu'il portait toujours sur son vaisseau depuis le combat d'Aboukir. Cette bière était faite, dit-on, de planches tiréesdu tronçon d'un mât qui avait appartenu au vaisseau français l'Orient. Quant au tronçon mutilé du mât d'artimon de la Victoire, le duc de Clarence , qui régna depuis sous le nom de Guillaume IV, le conserva comme une précieuse relique. D'ai ord
UNE VOCATIOJV. 2'j3
il le pla^ja, monté sur un socle, dans une chapelle de Busy- House, puis il le fit transporter dans la salle à manger de cette royale demeure. Un buste du célèbre amiral couronnait ce petit monument. Le mat avait été traversé pendant le combat par un boulet d'un gros calibre: le duc de Clarence voulut que cette blessure fût respectée ; elle resta donc ouverte, et l'on raconte ([uc des rouges-gorges y firent leur nid et y élevèrent leur petite famille. (Jesse, Glcariings nf natiiral Histoiy.)
— Ler^cnt se fait. (P. 216.) Quand le vent, d'abord souffle léger, prend un certain degré de force et se fixe dans une direction, on dit qu'il se fait, qu'il s'arrondit.
— Bordez., hissez^ brassez, enfants ! (P, 2 iG.) Enfants ! est un mot amical et familier dont se servent les officiers et les maîtres quand ils parlent aux matelots pour les encourager à faire vite et bien une manœuvre de force. Celui des matelots qui , dans une opération quelconque où il faut un cnscm.ble d'action, de la persévérance et de l'entrain, remplit l'office du ccicuste antique, de \hortator ou du chante-bouline, excite ses camarades en leur disant: «Allons, enfants, haie dessus! Casse, enfants ! etc. 1- — Maintenant dans l'appareillage d'un navire de guerre, on borde les huniers avant de les hisser, ce qui se faisait au xvi*^ siècle, ainsi que je l'ai fait remarquer, Mémoire n<'9 de VArch. nav., à propos d'un passage de la Complainte d'Ecosse. Il y a trente ans on avait l'habitude d'appareiller, les huniers hissés d'abord et bordés ensuite, ce qui s'appelait : appareiller les huniers à tète de bois. Quand les huniers bordés ont été hissés à la tête de leurs mâts, on les brasse, c'est-à-dire qu'avec les bras , cordages attachés aux extrémités des vergues pour les mouvoir dans le sens horizon!al , on fait prendre aux vergues et aux voiles qu'<'!ies portent une certaine ])osition plus ou moins rapprochée du lit du vent, et qu'on appelle orienta-
lion des voiles. J'ai dit ailleurs [Scènes de lu vie maritime) qu'orienter^ dans le sens de tourner convenablement une voile au vent , vient du latin aaram lenere , tenir le vent. Quand aui'a passa en : ora dans l'italien, en: orc dans la langue romane, <7«/y///z teiicre ou auraintcr devint orcnter, et, par une dernière corruption , orienter, parce qu'on finit par confondre orenter, tourner au vent , avec orienter^ tourner vers l'Orient. Cette homonymie s'établit sans raison , comme il est arrivé à tant d'autres.
— L'ancre dérapée. (P, 216.) L'ancre dérape quand elle quitte le fond de la mer, quand l'effort du câble l'arrache à la terre pour la remonter à bord. Le vaisseau est dit déraper lorsque l'ancre dérape. Déraper est fort probablement une transformation fram^aise du latin : deripere, signifiant : ôler, enlever, arracher.
— Au bossoir. (P. 216.) Le bossoir est une forte pièce de bois faisant saillie de chaque côté du navire j à l'avant, à quelque distance de l'étrave du bâtiment. L'extrémité du bossoir est garnie de trois rouets de poulie sur lesquels tourne la corde d'un fort palan appelé capon (de l'italien capone , signifiant gros cap, gros cordage). Une grosse corde qui sert à suspendre l'ancre au bossoir par son anneau ou arganeau, et qu'on nomme la bossedebout , a l'une de ses extrémités fixée au bossoir. Ce point fixe de la bosse-debout est fait par un très gros nœud travaillé en cul-de-porc. Scion moi , le bossoir a été nommé par la bosse , nommée elle-même par le nœud : bozza ou bossa, enflure, bosse qui la termine à l'un de ses bouts.
— Doucement voire barre dessous. (P. 2 1 6.) M Itre la barre dessous, c'est pousser la barre du gouvernail sous le vent ou du côté opposé au vent. Dans l'appareillage on met la barre dessous, c'est à-dire du côté où l'on veut abattre, parce que le bà-
timent cillant , l'effet du gouvernail placé ainsi est de faciliter cette abattée. L'auteur n'a pu suivre bien complètement les temps divers de l'appareillage, parce qu'il serait tombé dans des longueurs infinies, et qu'il aurait peu gagné en intérêt en rimant les pages, fort claires assurément et fort bonnes, mais assez pe i poétiques, oii son ancien camarade du vaisseau le Touivi/le, M. P.-J. Dubreuil , lieutenant de vaisseau, a décrit l'Appareillage, debout au vent on au courant, dans son Manuel de rnatclotage et de inaiiœiu're , Paris i83j.
— La jrégnte abat. (P. 217.) C'est-à-dire que l'avant de la frégate tourne du côté où l'on voulait le forcer de venir par l'action du gouvernail , et que le vent commence à frapper le bâtiment du côté où les voiles vont être orientées.
— Redressez-vous. (P. 217.) Quand le navire a l'ait une abattée assez forte, et qu'il faut l'empccher d'abattre davantage, on commande au timonier de dresser la barre, c'est-à-dire de la ramener doucement dans le plan de la quille, ce «jui, peu à peu, lait revenir le bâtiment au vent.
— Un coup aux bras du vent. (P. 2 l'y.) C'est un commandement qui se fait quand les voiles ne sont pas orientées assez près du vent, c'est-à-dire quand l'angle que les vergues font avec le plan de la quille n'est pas tout-à-fait assez aigu. On haie alors les bras des vergues qui sont du côté du vent, ceux qu'on appelle , à cause de cette disposition du moment , les In-as du vent.
— Hâlez-moi ces boulines. (P. 2 i-j.) Les boulines sont des cordes attachées aux côtés verticaux des voiles, pour les ouvrir le plus possible au vent qu'elles doivent recevoir. Il y a une bouline à droite et une autre à gauche, qui sont, tour à tour, et selon que le vent est à gauche ou à droite, bouline sous lèvent ou bouline du vent. J'ai dit, p. 187, 1" vol. de \Arch. naw,
à 7 6 UNE VOCATION.
que le lerme français bouline , qu'au xiii" siècle on trouve, avec la forme bnclinc , dans le Roman de Bruts et avec celle de bo~ Une dans le Roman de Tristan, n'est autre chose que le terme anglais ^0H'-///?i?, composé des mots Une , corde, et ho(\', avant. La bouline est en effet une corde qui va à l'avant du navire pour tirer de ce côté la toile de la voile. ÏXolre jeune marin commande de haler les boulines , pour établir la voilnre de la frégate au plus près du vent. J'ai à peine besoin de dire que hâler veut dire : tirer, et que ce mot est une francisation du to haie anglais.
— Lofe! (P. 217. ) C'est-à-dire, viens du côté du vent, rapproche la proue du navire de la direction du vent, en poussant un peu la barre dessous. Les roches au vent desquelles la frégate /<^/ Galatée , dont Paul commande l'appareillage, doit passer ou qu'elle doit doubler, sont sous le vent de ce bâtiment, et il faut par conséquent que le limonier lofe ou vienne au lof. Zn/^ vient du vieux mot saxon Inft, signifiant air. Voir Arch. nay., t. 1", p. 179.
— Bien comme cal (P. 217.) Ce commandement se fait, quand la direction donnée par le gouvernail au navire, soit au lof, soit un peu sous le vent , est jugée bonne ; alors le timonier manœuvre le gouvernail pour empêcher que le mouvement (!Cau.loféc onà^arrii'ée ne se prolonge davantage.
— Faisons un peu de toile encor, (P. 2 1 7.) On dit : faire de la toile, pour dire : augmenter le nombre de voiles qu'on a au vent; c'est un double tropc fort expressif.
— Misaine et perroquets au vent. (P. 217.) J'ai dit plus haut ce que c'était que la misaine (voir ci-dessus, p. 2';;o) ; les perroquets sont des voiles carrées, plus petites que les huniers et hissées au-dessus d'eux. On les met dehors ou au vent pour
VISF. VOCATION. Q-jy
augmenter la voilure en hauteur, pour profiter des brises hautes. C'est, à mon avis, ce qui a valu à ces auxiliaires des voiles importantes leur nom de Perroquet, que je crois une corruption de deux mots grecs réunis : para-ochetos ( ochetos étant pris au figuré) pour ressource. Voir Jrclt. nar., t. 2, p. 191.
— Quele cor... (P. 217.) Cefiit long-temps un usage, conservé des temps antérieurs aux marines systématiques, de saluer la terre, quand on s'en approchait ou qu'on la quittait, avec des fanfares bruyantes d'instruments. On signalait ainsi la joie qn'on éprouvait d'entrer en campagne ,et celle qui faisait battre le cœur des marins qui revenaient à la famille après bien des peines et des dangers. Au ix« siècle , il y avait ù bord de chaque dromon un trompette {ùucci/iator), qui était en même temps musicien et porte- voix ou faiseur de signaux. Les sceaux maritimes des villes de Douvres et de Yarmouth (xiiie siècle) montrent des hommes debout sur les châteaux et jouant de la trompette. Les statuts de Gazarie des xiii^et xi\« siècles mentionnent aussi les trompettes. Au temps de l'empire, plusieurs capitaines de vaisseau avaient des musiques sur leurs bâtiments* aujourd'hui, les seuls amiraux et les bâtiments qui portent un officiergénéral peuvent avoir des musiques. Voici , d'après les derniers règlements , la composition de ces corps de musique :
Trois ophycléides, dont un en rct et deux en ^/;
Trois trombones;
Deux cors à 7 trous;
Deux cornets à 3 pistons;
Six clarinettes à g clefs en si ;
Une petite clarinette à i3 clefs en mi bémol ;
Une petite flûte;
Deux paires de cymbales ;
Une caisse roulante ;
Une grosse caisse ;
Deux bonnets chinois.
Outre ces vingt-quatre instruments, on embarque par chaque compagnie d'équipage de ligne un clairon et un bugle, instrument pins grave que l'ophycléide et qui fait une basse au clairon. Certains capitaines , qui n'ont pas le droit d'avoir la musique réglementaire , s'ingénient à stimuler la passion musicale de quelques ménélricrs de gaillard d'avant, capables de faire danser les hommes dans l'occasion- d'autres embarquent tout simplement une orgue de barbarie. Danser, chanter, conter, chasse l'ennui des longues navigations; il y avait autrefois à bord un conteur en titre d'office, des chanteurs qui divertissaient leurs camarades par des chansons grivoises, des ballades salées, des rondes bouffonnes; un maître de danse qui perpétuait la tradition des charmants petits pas des Trénitz de guinguettes. Tout cela s'en va peu à peu , et l'on est obligé , pour égayer les équipages, composés en partie d'hommes recrutés loin de la mer.^ on est obligé de recourir à la barbare vielle organisée, qui apporte à bord les ponts-neufs du vaudeville et les contredanses de M. Musard!
— Prions. (P. 217.) C'était autrefois une coutume des marins français de prier quand ils perdaient de vue i.i te reet s'élançaient au large pour entreprendre une longue campagne. Des prières se disaient à bord le matin et le soir j l'ordonnance du commandeur de La Porte (i634) disait, art. 3 : « En premier » lieu, il est ordonné à tous capitaines, ou en leur absence aux » lieutenants, de faire prier Dieu matin et soir, et tenir la main M que cependant qu'on prie nul de l'équipage ne soit diuerli et » qu'il prie avec attention et reuerence , sur peine aux contre- » uenans, pour la première fois, de 3 sols d'amende, et pour )/ la deuxième , de 8 jours au pain et à l'eau et d'estre callé trois
M fois, » — Les marins ont eu dès long-temps une dévotion parliculière à la Vierge; presque dans tous les ports une chapelle dédiée à Marie est ornée des pieux ex-votis consacrés par des matelots au retour de voyages périlleux , ou par les femmes et les mères de ces hommes de mer, pendant les navigations de leurs maris ou de leurs enfants. Je trouve à la fin du nouveau Tableau de la mer, dont j'ai parlé plus haut (P. 204 )j un Cantique à l'honneur de Notre-Dame de la Garde pour les mariniers ; il est — et ce détail fera connaître à peu près la date de cette naïve composition — il est sur l'air : Un jour le berger Tirets , etc.,.. Voici le cantique, dont les sixième et septième couplets sont boiteux. Il manque deux vers à chacun; je n'ai pas cru devoir en hasarder une restitution; il faut respecter les monuments mutiles, parce qu'on risque trop souvent d'y taire des restaurations maladioites :
« Vierge, sainte exaucez-nous , Notre espoir est tout en vous.
Chère Dame-de-la-Garde (i).
Très digne mère de Dieu ,
(i) La vierge IMarie avait à Toulon une chapelle très fréquentée par les matelots ; elle était sur la montagne de la Garde. Notre-Dame de la Garde, Notre-Dame de Recouvrance, Notre- Dame de Bon— Secours, sont les principaux noms sous lesquels est honorée par les marins français la Vierge, que les Espagnols invoquent sous le nom de Nossa-Seuora da Guadalupa.
Soyez notre sauvegarde ,
Pour nous défendre en tout lieu.
Si vous daignez nous garder , Nous pourrons nous hasarder , Quelque effort que Je Turc fasse , Nous nous moquerons de lui (1), Et abattrons son audace Par votre invincible appui.
Nous serons bors des dangers ,
Devant les vaisseaux légers (2) ;
En dépit de sa furie ,
Nous braverons son croissant ,
Et toute la Barbarie,
Sous votre bras très puissant.
Qu'aucun écumeur de mer
(i) Ce vers, d'nn naturel un peu hasardé, devait être d'un sinf;ulier effet sur l'air du Berger Tircis.
(2) Les galères, gnîioteà, polacres, frégalons et briganlins dos Barbarcsfjiics.
UIVE VOCA,TION. 28 1
Ne puisse nous alarmer ; Que nos vaisseaux , nos galères , , Et tout autre bâtiment , Puissent, malgré les corsaires, Naviguer heureusement!
Lorsqu'un bruyant tourbillon Est poussé par l'aquilon, Lorsque le tonnerre gronde Et que tout semble périr.
Hâtez-vous , reine du monde , De nous venir secourir.
Soutenez de votre bras Et nos vergues et nos mâts, Fortifiez le cordage , Les câbles et les haubans ,
Claire étoile de la mer , Montrez-vous dans le danger ; Dans la nuit la plus obscure,
28q tjbte vocation.
Servez de phare et de...
Conservez à tous moments Tous nos pauvres bâtiments ; Faites que pas un n'cclioue , Quand les écueils pt les flots Font trembler de poupe en proue Les chefs et les matelots ( i ).
Si l'ancre vient à chasser (q) , Gardez-vous de nous froisser ; Soyez notre ancre maîtresse (3) ,
(i) « Font trembler les officiers sur le gaillard d'arrière, et les matelots sur le gaillard d'avant. »
(2) L'ancre chasse quand, mal accrochée par son bec, elle drague le fond et n'offre plus un point d'appui solide au navire, qui cula alors, au gré du vent et du courant.
(3) L'ancre maîtresse était la plus grosse ancre, celle qu'on appelait l'ancre de salut ou de miséricorde, celle que les Latins avaient nommée ancora sacra ^ l'ancre sacrée. Il n'y a plus sur nos vaisseaux de guerre d'ancre de miséricorde. L'ancre de réserve est une des grosses ancres du bâtiment et n'a pas de dimensions particulières.
UNE VQCATIO?f. 283
Aidez notre faible effort
Et nous donnez quelque adresse
Pour nous guider dans le port.
Ouvrez les yeux aux nochers Pour voir de loin les rochers , Et quand les vagues chenues Font bondir les bâtiments , Des abîmes jusqu'aux nues , Assistez-nous promptement.
Conservez-nqus l'artimon, La boussole et le timon , Lorsque nous courons fortune , Au gré des vents et des flots , Tendez la main , belle Lune ( i ) , Aux besoins de vos dévots.
Ne nous permettez jamais
(i) Je crois que c'est la première fois que la Vierge a été comparée à la luue. Cette hardiesse du poëte provençal n'a pas été imitée, <}ue je sache.
284 UNE V0C\T10î?f.
De rompre entre nous la paix; Chassez loin , douce Marie, De tribord et de basbord , Le trouble et la crierie, En nous tenant bien d'accord.
Chacun de nous est fâché D'aToir si souvent péché.
0 Dame de Bonne garde!
Faites nous ressouvenir Que partout Dieu nous regarde Pour mieux vivre k l'avenir. »
— Ln brise a fraîchi, (P. 218.) La brise e3t cille fraîchir quand sa force augmente. Une brise fraîche est ce que les Italiens nommaient vcnto fresco^ vento gdillardo ; las Espagnols disent vcntar jresco^ comme les Italiens.
— Bon quart! (P. 218.) C'est comme si l'on disait: Bonne garde ! La garde du bâtiment est généralement partagée en quarts de quatre heures j il y a cependant le grand quart qui est de six heures. Quand une chaloupe de ronde passe près d'un bâtiment pendant la nuit, le factionnaire la bêle et lui demande si elle Yient à bord; quand elle n'y vient pas, le factionnaire lui crie de passer au large, et ensuite mutuellement les factionnaires se souhaitent: bon quart! comme ils se diraient: «Plaise
à Dieu qu'aucun accident ne vous arrive pendant votre quart, et pendant votre service de ronde! »
— Pas (le ris peureux .' (P. 218.) Celait un usage assez généralement adopté autrefois , qu'à la tombée de la nuit on serrait les perroquets et les voiles basses, et qu'on prenait les ris de précaution. Pour ne pas faire trop de route, surtout quand on était près d'un atterrissage, on prenait quelquefois jusqu'au troisième ris, c'est ce que l'auleur des vers que j'annote a voulu exprimer en disant que les marins d'alors réduisaient les huniers aux plus petits morceaux.
- — Et hourset. (P. 218.) .T'ai dit, p. 299, 2^ vol. de cet ouvrage, ce que c'était que la voile appelée hourset.
— AUncint peu la toile. (P. a 18.) Aimer la toile est une métonymie du genre de celle-ci : « Faire de la toile. » On dit d'un officier qui, par un temps forcé, met beaucoup de voiles dehors, qu'il aime la toile.
— Sans traverse. (P. 2 18.) Sans encontre, sans tempête. "Wo'w Arch. nav..^ i^"" vol., p. 192.
— La cloche impérieuse. (P. 21g.) La cloche donnait autrefois le signal de tous les actes de la vie d'ensemble, et de tous les exercices, à bord des bâtiments armés. Le son, tout à la fois grave et criard de cet instrument , le rendait très propre au service qu'il rendait. Le lever, le coucher, le diner, le souper, les prières, etc., étaient annoncés par la cloche, qui dénonçait l'heure par les soins du pilotin; celui-ci, avec le battant, frappait un nombre convenu de coups sur le métal sonore pour chaque division et subdivision du temps : c'était ce qu'on appelait piquer l'heure. Dans le combat, la cloche mêlait sa voix à celle du tambour, du fifre cl des inslrumenls de musique quand il
y en avait à bord ; cette discortiaiite mélodie avait une grande puissance d'excitation sur les combattants. P/Iaintenant, le rôle de la cloche est presque réduit à celui d'un timbre d'horloge.
— La dicinc joyeuse, (P. 219.) L'air de la diane est d'un rhjthme vif et pressant, qui rend son chant assez gai.
— Branlc-hdx ! (P. 219.) Voir ci-dessus , p. 5g.
— Noruit. (P. 219.) Orthographe figurée d'après la prononciation française, des mots réunis nord-ouest.
— De ce vaisseau jnntômc. ( P. 220. ) Le Voltigeur-Hollandais, ce vaisseau infernal que les vieux matelots de France appelaient le Grand-Chasse-F outre , et qu'un poëte anglais appela le Mcrry-Dunn. Depuis que, dans le a^ vol. des Scènes de la vie maritime^ j'ai rapporté la tradition du vaisseau hollandais (p. Iio), et que j'ai donné quelques suppositions sur l'origine de cette dénomination bizarre et grossière de C/uissc- Foutre , je n'ai rien trouvé sur l'origine de celte histoire poétique que chacun a racontée à sa manière , et à laquelle je crois pouvoir prêter une intention religieuse. Le Voltigeur-Hollandais, condamné à naviguer sans cesse , toujours dans les parages dangereux, toujours au milieu des tempêtes, est le Juif errant de la mer ; son patron blasphéma quand, dans un péril où il était, il aurait dû prier, et rien ne rachètera cette faute, qui plaça le navire sous l'empire du mauvais esprit. Le vaisseau fantôme a grandi depuis que la malédiction divine a frappé son capitaine, et il est si vaste maintenant, sa mâture est si grande, ses vergues si grosses, ses voiles si hautes et si larges, que la manœuvre y est horribleiDcnt pénible. Aussi son équipage ne se compose-t-il (pie des niatelots impies de toutes les nations, qui, après leur mort, embarquent sur le navire fatal pour y naviguer jusqu'à la consommation des siècles. Les mauvais matelots, ceux
UNE VOCATION. fïS']
qui sont paresseux et sans courage, y passent un cerlain temps comme dans un purgatoire. 11 est élotinant que les matelots n'aient pas imaginé un navire paradis, comme ils ont arrangé un navire enfer. Au reste, la trnililion du Voltigeur-Hollandais, qui est encore une des croyances des marins anglais, est presque oubliée maintenant en France, où la moitié des matelots sont des recrues de l'intérieur qui arrivent sur le gaillard d'avant avec les contes, les traditions et les chansons de leurs villages.
— N'arrivons pas ! (P. 220.) Arriver, c'est ouvrir l'angle que fait l'avant du navire avec la direction du vent. Pour faire arriver, on met la barre au vent, c'est-à-dire qu'on pousse cette barre plus ou moins du côté où le vent frappe le navire et enfle ses voiles. Pour faire exécuter un mouvement à^ arrivée, on commande : « Laisse arriver! » Pour empêcher que ce mouvement ne se fasse, et pour avertir le timonier de tenir le bâtiment au plus près , on commande : « N'arrivons pas ! » ou bien : « Comme çà, sans arriver! »
— Borde à plat Viirùinon. (P. 220). L'artimon n'est plus la voile de l'avant dont il a été parlé p. 38o du i'^"' vol. C'est une voile trapézoïde établie à l'arrière du bâtiment, et portée par le mât d'artimon dans la hauteur de ce mât et dans le plan de son axe. L'effet de la voile ci'arlimon est de faire venir ra\ant du navire au vent, de le pousser au lof. Border à plat une voile, c'est haler sur ses écoutes assez jîour faire toucher à la vergue sur laquelle elle borde, ses points quand elle est voile carrée, son point d'écoute quand elle est voile d'étai ou voile aurique. On borde une voile à plat pour (jue l'effet qu'elle doit produii e soit plus sensible.
— Haie bas les Jocs. (P. 'i io) Les tocs sont des \oiles trian-
288 UKE VOCATION.
gulaires hissées sur le beaupré ; leur effet est de tendre à faire arriver le navire. Quand donc on veut que le bâtiment vienne le plus près possible du vent, on amène les focs, on les haie en bas, en même temps qu'on borde l'artimon. La corde qui, frappée à la tête du foc, descend le long de sa draille par les anneaux, s'appelle un haie bas.
— Carguez, serrez les huniers , la misaine. (P. 220.) Carguer une voile, c'est la déborder et rapprocher à gros plis sa toile de la vergue. On fait cette opération à l'aide de cordes frappées à certains endroits des ralingues qui garnissent les ourlets de la voile; ces cordes s'appellent cargaes, Carguer vient de cargare, charger, peser sur. On pèse en effet sur les cargues pour retrousser la voile contre la vergue. Quand la voile est carguée , on la serre, c'est-à-dire qu'on la retrousse tout-à-fait sur la vergue par plis systématiquement faits, et qu'on l'y attache avec des cordelettes appelées rabans, de l'anglo-saxon ;y/band (la corde : band^ de la vergue : ra).
— Bourlinguant. (P. 220.) Bourlinguer, c'est faire effort pour gagner au vent contre une mer trop grosse. Bourlinguer est une corruption de bouliner. Voir Additamenta de l'Index de tArch. nav,, t. 2, p. 671.
— Copeïant (P. 220.) Tenir la cape, c'est capcïer. On est à la cape quand , avec très peu de toile dehors , on lutte toujours contre le vent dont on rapproche le plus qu'on peut le cap (cnputj du navire. Dans cette position, on ne fait plus de route, on dérive, on est poussé par le travers sous le vent de la route qu'on voudrait faire.
— Sau^ le seul artimon. (P. 220.) Les marins diront sans doute que l'auteur est loin d'avoir choisi la meilleure cape; l'observation sera très juste, mais l'auteur aura à répondre que ce
UNE VOCATION. ïSq
n'est point par une simple nécessité de rime qu'il a été porté à préférer la cape sur le seul artimon , parce qu'il ne croit pas que où la raison dit : Virgile , il faut que la rime dise : Quinault. Ce qui l'a décidé, c'est qu'ayant à faire manœuvrer la Galatce par un marin de seize ans, il fallait bien que l'inexpérience du manœuvrier se décelât quelquefois. Du reste, il suffirait que la cape sur l'artimon, sans le petit foc, le petit hunier ou d'autres voiles, ne fût pas impossible, pour que le vers fût à l'abri d'une critique rigoureuse.
— Notre guibre agitée. (P. 220). La guibre ou éperon du navire est la charpente qui est en saillie sur l'étrave , et qui a à peu près la forme d'un nez aquilin renversé. J'ai dit, p. 19^ , 2^ vol. de VArcli. nac, que : guibre est une corruption de l'an cien nom du serpent qu'en langage héraldique on nommait la ivivre. Le serpent ou çvivre fut une des figures que le xvi' siècle mit le plus souvent sur l'éperon, qu'il iioinmait aussi le bestion, parce que le lion , la chimère , le léopard et d'autres animaux s'y montraient quelquefois. Le bestion s'appela indifféremment éperon, poulainc , bestion et (vivre ou guibre. Je tiens cela pour très certain.
— Ne vas pas te lasser, la belle! (P. 220.) Le marin parle souvent à son navire ; il l'encourage, le flatte ou le gourmande, selon qu'il obéit bien ou mal à ses ordres, selon qu'il paraît avoir plus ou moins d'intelligence, plus ou moins d'ardeur et d'activité, Paul flatte sa frégate, qu'il accablera tout- à-l'heure d'injures, parce qu'elle ne prèle pas bien le flanc au vent furieux qui la fait toujours ar/ivcr pendant ce coup de cape.
— Tu vas, viens et reviens. (P. '220.) L'auteur a essayé dépeindre ici l'état d'un navire à la cape qui fait des auiofées et des arrivées succes.,ives, et ne peut résister aux chocs violents.
et iriégiilieis des lames qui l'altaquent presque en même temps par le travers , par l'avant et par l'arrière, le couchent et le redressent, le réduisent enfin à une sorte d'inertie, comparable à celle d'un liège flottant que le coui'ant de l'eau maîtrise.
— Qui dans ta molle étrcH>e. (P. 220.) ïJetrace est une pièce de bois ou un composé de pièces de bois élevé à l'extrémité antérieure de la quille et dans le plan de cette quille ; elle est le soutien de l'avant comme l'étambord est celui de l'arrière. Il semb e que le mot ctravc soit une corruption du trabes latin ; c'est en effet la pièce principale de la construction du navire à la proue. J'espère que les Saumaises à venir, qui ne manqueront pas de s'occuper des vers que j'annote, reconnaîtront que l'épithète molle attribuée à l'étrave n'est pas prise au propre» mais, pour ainsi dire, au moral. Paul accuse de mollesse l'étrave de hi Gnlatce, parce qu'elle cède à la lame et tend toujours à arriver, au lieu de lofer, de piquer au vent.
— Ficha le premier clou. (P. 220.) Sur les chantiers, c'était un usage ancien qu'une personne de distinction fichait dans l'étrave le premier clou ou la première cheville servant à lier cette pièce à la (]uille. Cette cérémonie ne différait point par l'intention de celle qui a pour but la pose de la première pierre d'un monument, d'un édifice utile, dune maison construite pour un propriétaire placé d'une certaine façon dans le monde. Je crois que c'est à Bordeaux que , pendant la dernière guerre, l'impératrice Joséphine ficha le premier clou dans l'étrave d'un navire qui devait porter son nom, et que devait commander Argnaudeau , le corsaire célèbre. Ce premier clou , si je ne me trompe, était d'argent. Je ne suppose pas que le navire prit la mer avec sa cheville dr.rgent; on la repoussa sans doute, on la rempla» a [lar une cheville do i&r, et elle fut donnée en pourboire aux ouvriers du rhaïuier de conslruction.
UNE VOCATIOJV. 291
— lu te plains ^ tu gcniis. (P. 221.) Quanti la mer bat un navire avec violence, les froissements des pièces désunies, les écarlements de celles qui tendent à se désunir et qui sont retenues par des liaisons solides, les frottements des membres sur leurs chevilles, font des bruits qui ressemblent assez à des plaintes aiguës, à de longs gémissemenis.
— Carcasse mcprisée. (P. 22 1 .) Le navire usé , cassé, désormais incapable d'un seivice actif, se démolit, et c'est dans cet état qu'il est appelé : une s\q\\\q carcasse. Ce terme, qui alors est méprisant, n'a rien que d'honorable quand le vaisseau, encore sur le chantier de construction, montre ses côtes neuves, son squelette de bois de chêne qui a toute l'apparence de la vigueur. Le navire qui n'est pas bordé, c'est-à-dire dont les membres, les côtes ou courbes ne sont pas recouverts d'une muraille de planches, n'est pas encore bâtiinent dans le sens où doit s'entendre ce mot, que j'ai défini t. 2 , p. 189 de 'vArch. nac.; il est encore à l'état de carcasse. L'italien ancien avait carcainc , l'italien moderne a carcasso.
— Misérable ponton. (P. 17.1.) Un vieux vaisseau qui ne peut plus naviguer, mais qui peut servir de caserne, d'hôpital flottant, de prison, est classé parmi les pontons. D'autres vaisseaux qui ont encore quelque force sont rasés jusqu'au premier pont; alors ils servent de pontons pour les abattages en carène. Des navires carrés , conformés comme de véritables caisses , servant , dans les ports militaires , à diverses opérations, reçoivent aussi le nom de : ponton. D'un navire mauvais marcheur, portant mal la voile, évoluant avec difficulté, on dit que c'est un méchant ponton. J'ai à peine besoin de dire que le mol ponton nous vient en droite ligne du latin ; en passant par le moyeu- ^E^iponto est devenu poiitoninni. \"oir Arcli. naw, t. 1°'", p. 160.
292 UNE VOCATIOJN'.
— CiXjiie inutile , usée. (P. 221.) La coque est le corps d'un navire, c'est le navire sans sa mâture, son gréenient, son armement. Les vieilles coques servent, dans les poris, de navires de servitude. Coque est une figure qui compare le navire à la coquille du Nautile , de la Moule et de quelques autres testacés dont la maison a quelque analogie avec la forme du vaisseau. Le navire appelé coque, au moyen-âge , avait reçu son nom de sa figure presque ronde , comme je crois l'avoir démontré p. 243 , t. 2« de V ArcJi. nav.
— Au fond d'un port obscur. (P, 221.) C'est dans le fond des ports militaires que l'on range les vieux vaisseaux qui attendent la hache du démolisseur.
— Pour les rats des chantiers. (P. l'i i .) Les vieilles coques îi'ont d'autres habitants que leurs gardiens, quand on leur en donne, et les rats qui y pullulent d'une manière effrayante. Ces animaux , qui font dans les ports des dégâts contre lesquels on ne peut se mettre en gai'de , vont chercher leur vie dans les ateliers , sur les chantiers , où le suif est d'un usage très fréquent, puis ils rentrent se caserner dans les navires où ils ont établi leurs ménages. Il y a des exemples de propagation de rats telle sur des vaisseaux vieux et même armés, qu'on est obligé de mener ces navires au large, dans une rade, et de les saborder pour noyer leurs hôtes incommodes.
— Sous de vieilles amarres. (P. 521 .] Les tronçons de câbles avec lesquels on amarre les vieilles carcasses sont vieux aussi ; on les garnit de paillets pour les faire durer le plus longtemps possible.
— De quelques vains esparres. (P. 221,) Quelques vieux vaisseaux reçoivent des mâtereaux qui n'ont pas l'honneur déporter des voiles, et que notre Paul a bien le droit d'ap-
IJi-VF. VOCATION'-. QC)^
peler de luiirn cspciiics. On écrit oiJinniremcnt espar, qui est l'orthographe la plus voisine du spar an^Wm , signifiant barre, poutre , chevron , et , par extension , tout bout de bois qu'on peut appliquer à des usages différents. Je ne pense pas cependant qu'on puisse me faire un crime d'avoir écrit espcnrcs, si l'on veut bien considérer que j'avais à choisir entre le spar anglais et le spatTcn allemand, (|ui viennent l'un et l'autre du saxon spera, lequel donna au bas latin sharra, spams, sparro, etc., et à l'italien ce spcra qu'on a vu ci-dessus, p. aSi , dans les vers de Francesco Barbeiino. V. Arcli. nav., t. 2 , p. 52.
— Bagne Jatal, (P. 221.) Quand le corps des galères fut supprimé^ comme je l'ai dit ci-dessus, p. i45, les galériens furent «nis sur de vieilles galères et d'autres vieux navires qui leur servirent de prison pendant que l'on construisait les bagnes à terre. Le nombre des forçats s'étant encore accru an point que les prisons à terre devinrent insuffisantes, on garda sur un certain nombre de bâtiments à flot, dans chaque arsenal, ceux des condamnés qui ne pouvaient trouver place dans les salles des bagnes. Ces bâtiments avaient le nom de bagnes Jiottants.
— Patachc rrfrognce. (P. 2'2 1 .) La patache dont il est question dans ce vers est un corps de garde établi sur une vieille corvette ou frégate ; elle est fort laide à voir, peu propre, recevant le jour latéral par des sabords grillés ; elle a enfin un de ces airs de mauvaise grâce qui peuvent fort bien lui valoir l'épitliète de : refrognée que lui donne notre jeune marin , appliqué à trouver des qualifications fâcheuses et des comparaisons outrageantes pour sa frégate, qu'il voudrait piquer d'honneur en l'invectivant j après l'avoir caressée d'une appellation flatteuse.
— Triste hôpital. (P. 2x1.) Il y a des hôpitaux flottants
établis sur de vieux navires. Les galeux , par exemple, ont un bâtiment à part , mouillé sur racle et non dans le port , et qu'on appelle la galeuse. Dans les escadres de galères, il y avait autrefois une ou plusieurs galères-hôpital; en Italie, au xvi« siècle, la galère-hôpital s'appelait du nom A& pulmonara, comme nous l'apprend l'auteur de Wlnnata navale , p. 18 de son Vocaholario naatico , où il dit : « Pulmonara è la galea , che serue per » infermaria, mentre si sta in porto, doue si mettono, et curano » gl' ammalati , et si chiania cosi , perche è già dismessa , et poco » atta alla navigatione , corne si chiamano pulmoni, gl' huomini » poco industriosi , et non disposti alla fatica, »
— Caserne d'nrgousins. (P. 221.] Il y avait des casernes flottantes à côté des bagnes à (lots, pour les argousins gardiens de la chiourme.
— Immonde pigouïère. (P. 221.) Certains gros bateaux à fond plat , portant des fourneaux en maçonnerie sur lesquels chauffent, dans des chaudières, le brai ou goudron dont on se sert pour le carénage ou le calfatage des navires, ont pris le nom Ae pigouïère ou pigoiilicre. Je n'ai pas besoin de dire que ce nom vient du latin y;»/./:, poix, goudron. Voir Scènes de la vie maritime, t. i*"", p. 5g. La pigouïère est incapable de propreté; aussi disait on d'un matelot sale sur lui : » Il est propre comme une pigouïère endimanchée, »
— Sotte baille à brai. (P. 221,) J'ai dit , p, 3oo , 2^ vol., ce que c'est qu'une baille ; les caUats ont de ces petits cuviers où ils mettent le brai. Ces bailles, rondes, chargées, lourdes, seraient impropres à toute espèce de navigation; aussi leur a-t-on comparé le bâtiment qui se comporte mal à la mer, qui se défend mal contre le vent et les lames.
— De mouiller votre gatte. (P. 221 ,} La gatte était une cloi-
UNE VOCATIO]V. ^295
son faite dans l'intérieur du navire, sur le premier pont, en arrière des écubiers et en avant du mât de misaine ; elle était assez haute pour servir comme de réservoir à l'eau qui entrait dans le bâtiment par les écubiers. Un dalot ouvert de chaque côté, en avant de la galte , facilitait l'écoulement de l'eau embarquée. L'auteur a voulu faire comprendre que la frégate venait peu au lof, position dans laquelle les vents, frappant sans cesse l'avant du navire, entrent beaucoup plus par les écubiers et mouillent davantage la gatte que dans la position du largue et du vent arrière 5 je ne sais s'il a réussi à exprimer cette idée.
— Ces triples mâts. (P. 221.) Ce n'est pas seulement aux trois mâts verticaux de la frégate que le vers fait allusion, mais à la triplicité de chacun d'eux , qui est composé du bas màt , du màt de hune et du màt de perroquet.
— De trente cations. (P. 221.) Il y a ici un petit anachronisme que ma conscience de critique me force de reprocher à l'auteur A' Vue vocation ; en 180G, il n'y avait pas de frégates à trente bouches à feu sous couverte; les plus grandes avaient 28 canons du calibre de 18. Les trente canons, ou, pour être plus correct, les 28 canons et les deux obusiers, appartiennent à la frégate de Go ou de premier rang, qui a i G7 p. 5 po. 6 lig. (54"", 400) de ]ongL:eur , tandis que l'ancienne (régate de 44 n'avait quc' i43 p. i po. (46"\ 5oo) de tête en tète. L'auteur pouvait, sans rompre la mesure de son vers, écrire :
Quand de vingt-huit canons , etc.
mais il a pensé qu'une telle exactitude n'était pas d'une si absolue nécessité qu'il dût lui sacrifier l'euphcinie ; il a adopté le chiffre trente en me priant de l'excuser auprès de MM. les offi-
296 ÏINE VOCATION.
tiers lie !a marine royale , qui ne plaisantent guère sur les énorniités de ce genre.
— Le vent tombe. (P. 222.) On dit du vent que : il tombe, lorsque sa force commence à diminuer sensiblement et parait devoir diminuer encore. On dit la même chose de la mer quand ses agitations commencent à être moins grandes. L'auteur du Roman de Tristan, dont j'ai cité quelques passages maritimes dans le Mémoire n° 3 de YArch. nm>., dit :
« Puis cliet li venz e Lelz tens fait. »
( Puis le vent tombe et il fait beau temps. )
Joinville dit quelque part ; « Le landemain de' la Penthacousie le vent fu clieu » (le lendemain de la Pentecôte, le vent tomba). V. t. 1^% p. 193 de \Arch. nav,
— Loui'oie. (P. 222.) Louvoyer, c'est, dit Romme, « courir » successivement sur l'une et l'autre ligne du plus près du vent, )) pour arriver à un lieu auquel le vent régnant ne peut porter » directement un vaisseau. « C'est aller autant que possible dans le vent. Louvoyer vient de lof. Le breton a lofji , le suédois lofwcra, le hollandais laveeren et le danois loverc ; on voit que notre : louvoyer a les plus grands rapports de conformation avec les verbes danois et suédois, rapports plus frappants encore dans les anciennes conformations lovoyer el lovier, qu'on trouve dans le Dictionnaire des termes propres de marine , par Desroches , officier des vaisseaux du Roi; Paris, 168'j. Le mot louvoyer csl passé de la langue maritime dans la langue vulgaire, avec quelques autres termes techniques dont les gens du monde ainjent l'emploi figuré. ^^
— Au juli petit Jrals, (P. 222.) Le pelit/////.s est \\\\ vci)t faible, une petite brise- le joli frais est un vent plus fort (jue le petit frais; le beau frais, le bon frais, le grand frais, sont les trois degrés de force supérieurs au joli frais.
— Jusqu'à nos papillons. (P. 2 '2 2.) J'ai parlé ci-dessus, p. 241 j des papillons à propos de la voile que le latin du xiii* siècle appelait parpaglo, et l'italien de cette époque parpag-//o//e; je dois dire ici ce que sont les voiles auxquelles on donne aujourd'hui en Fiance le nom de papillons. Ce sont de petits triangles qu'on place de chaque côté des flèches de catacois, audessus des voiles de catacois, pour recueillir autant que possible les souffles légers des brises hautes.
— A chaque, guijideressc, (P. 2 2'2.) Cordage qui sert a guinder ou élever à sa place un màt supérieur à un autre. Guinder vient du vieux suédois winda ; l'anglais a to (vind Le véritable sens de guinder est : tourner le guindeau , ou : élever avec le guindeau , le cabestan , ou à force de bras.
— Nous força de caler. (P. 222.) J'ai dit ci-dessus, p. 25o, de quel verbe grec le verbe caler est la traduction.
— Aiuv deux cabestans. (P. 222.) Les frégates ont un cabestan sur le gaillard d'avant et un cabestan sur le gaillard d'arrière. Tout le monde sait ce que c'est qu'un cabestan. Au surplus , voir sur ce nom, qui devrait être écrit capeslan, Arcli. na\'., t. 1'% p. 459; t. 2, p 520.
Garnissons et virons. (P. 222.) On garnit au cabestan, c'està-dire on tourne autour de l'arbre de ce treuil vertical le cordage sur lecjuel on veut faire effort eu viraiit. Est-il besoin de dire que virer, c'est tourner, et que virer vient du latin gyrare?
— Qu'ils parent les Itunicrs. (P. 222.) Parer, c'est pré-
parer; le latinet l'italien ont/j(77Y)r?Y. Pendant la tempête, on a mis à la cape sous l'artimon ; les huniers ont donc été serrés. Maintenant qu'on guindé les mâts de perroquet , parce que le calme est revenu, on va parer les huniers, et on les hissera aussitôt que ces mâts seront hauts et en clef.
— Et la voilure hante. (P. 222. } Les voiles de perroquet et de cacatois, les papillons, (ju'on déploiera quand la frégate fera déjà de la route sous sa voilure basse et intermédiaire.
— Manions-nous. (P. 222.) Dépèchons-nous. Se manier est une extension du verbe manier, que déjà, par catachrèse, on emploie dans ces phrases : « Voilà un bâtiment bien manié; cet officier manie bien un navire; le vent est maniable, » pour dire : voilà un bâtiment bien manœuvré ; le vent n'est pas si fort qu'on ne puisse bien !e maîtriser. « Manions-nous » est donc , pour ainsi dire , un catachrèse de catachrèse. L'expression est tout-à-fait matelote. On voit que l'auteur, par une pudeur classique, n'a reculé devant aucun des termes du gaillard d'avant qui pouvaient être de mise dans un petit poëme dont les seules locutions cyniques et grossières du vocabulaire de Royal-Goudron devaient être exclues.
— Le cap en route. (P. 223.) Le cap du navire, c'est sa tète [capo italien, caho espagnol et portugais, C(7/j»Y^ latin). Quand on a été forcé par un mauvais temps de dévier de son droit chemin, on remet le cap en route, aussitôt que le vent et la mer le permettent,
— Etre bien êlarqué. (P. 223.) On étarque une voile en la hissant le plus possible. Quand toutes les voiles sont bien établies, bien hissées, on dit :« Nous sommes bien étarqués.:> Etarqué est manifestement un dérivé corrompu cYétague, ancienne conformation du mot itaquc. l'itaque est le cordage qu*
supporte la vergue de hune et la hisse. On aura dit ('tas;uer, étacjiicr, puis étarqiicr; cela me paraît d'autant moins douteux qu'aucune des liir)gues maritimes n'a d'autre mot présentant quelque analogie avec élarguer, que cet ; ctaguc, qui se prononçait aussi ctciquc dans quel(iues localités françaises.
— 'Plus d'un log. (P. 2 2i3v) Le log , nu /or/.- comme on l'écrit improprement, est un instrument propre à faire connaître approximativement la vitesse progressive du navire. Il est composé d'une planche ayant la forme d'un triangle isocèle, dont la base, qui a six pouces de long, quand les deux côtés en ont sept , est garnie de plomb. Ce poids, surajouté à la base du triangle, appelé bateau du log, a pour effet d'assurer à l'instrument une position verticale lorsqu'on le jette à l'eau. Le bateau de log, aux sommets de ses trois angles, a trois morceaux de menu cordage appelé ligne ; un de ces morceaux, nonmié essentiellement ligne de log ^ est d'une assez grande longueur: c'est celui qui est fixé au sommet du triangle opposé à la basej les deux autres, longs seulement d'environ cpiatre pieds, se réunissent ensemble à une cheville qui entre dans un petit étui attaché à la ligne de log, de telle sorte que la cheville, étant mise dans l'étui, le log présente l'aspectd'une pyramide triangulairedont le bateau de log est la base. Quand on veut savoir quelle vitesse a le navire, on jette à la mer cette pyramide, et l'on file la ligne de log pendant qu'un sablier d'une demi-minute passe tout son sable. On tire alors très fort et par secousse le log, dont le bateau prend tout de suite la position horizontale à la surface de l'eau, quand la cheville a quitté l'étui où elle était retenue. Alors, on compte les subdivisions de la ligne de log qui ont fui derrière le navire pendant la demi-minute qu'a duré l'opération, et la somme de ces subdivisions, appelées nœuds, donne la vitesse approximative du navire; chacun des nœudsétant lacent-
3()0 UNE YOC/VTION.
vingtième partit- d'une lieue marine, dotme un tiers de lieue à l'heure. Je ne sais à qui est due l'ingétiieuse invention du /«oj mais je suis porté à croire qu'elle appartient à un navigateur anglais du xvii« siècle. L'orthographe log, qui est celle que les marins d'Angleterre ont gardée, quand nous avons adopté une corruption de l'orthographe h llandaise lock , est pour moi une demi-preuve. Log, qui en i83i me semblait devoir être le /og anglais, signifiant: bûche, — erreur dont je suis honteux aujouid'hui, — est certainement l'abréviation du grec logos ^ signifiant : calcul. L'instrument pour calculer la vitesse du navire ne pouvait avoir un nom plus significatif que log. Le mot log n'était pas encore adopté en France au xvii'^^ siècle j on appelait l'instrument : Le petit navire. Voir Dictionn. d'Aubin et Dictionn. de Desroches.
— Ja renard soient marqué. (P. 223.) Le renard dont se servent les timoniers pour marquer les routes faites pendant le quart , est une planchette de bois , ronde, sur laquelle sont peintes 32 divisions répondant aux 32 rumbs de vent. Sur chaque ligne de ces divisions sont percés huit trous, qui peuvent lecevoir des chevilles, à l'aide desquelles on pointe Icsdifférenlesdirectionsqu'asuivies le biUiment pendant les huit horloges ou les quatre heures d'un quart.
— Poussons donc en chantant. (P. 22 3.) « Poussons les barres horizontales du cabestan pour le faire tourner. » On chantait autrefois quand on virait au cabestan ; un air bien rhyllimé, une chanson bien plaisante, aidaient au mouvement et faisaient un peu oublier la fatigue d'une opération très pénible. On a supprimé les chansons et les charivaris ; le tambour bat la charge ou le pas redoublé, le fifre accompagne le tambour, et l'on pousse silencieusement, ce qui est beaucoup mieux quant à la discipline; sur les navires de commerce, on chante encore au
tlNE VOCATION.
3oi
cal)eslan ou en hàlant les boulines, on s'égaie par de joyeux charivaris,
— Hourvari. (P. 223.) C'est le nom qu'aux Antilles on donne à une bourasque de peu de durée , mais qui fait grand bruit. Par extension, on appelle du même nom tout grand tapage à bord.
— Charivari. ''P. 223.) Pour ce qui est de cet usage , aboli aujourd'hui sur nos vaisseaux de guerre, je renvoie lelecteurau le"" vol. des Scènes de la vie maritime, p. 349' L'auteur à" Une vocation a suivi très fidèlement la marche des charivaris, qui procédaient par une proposition analogue à celle du toast, à laquelle l'équipage répondait par la demande: Pour qui? puis venait le développement de la proposition , qui était accompagné d'exclamations diverses, des interjections: là! là! là ! et de l'impératif répété : vire! vire! qui exhortait chacun à pousser, et tous à faire effet ensemble.
— Le ship, (P. 223.) Le navire. Ce mot anglais est fréquemment employé par les marins français, parce qu'il est générique et bref.
— Vire à courir! (P. 223.) C'est une exhortation jetée par le maître qui faisait virer, quand se ralenlissaiirardeur des hommes appliqués aux barres du cabestan. Voici , sur le virement au cabestan, quelques vers au Nouveau Tableau de /^^ wc/-, dont j'ai parlé au commencement de ces notes, p. 254. lis sont des meil- Jeurs de celle pièce, et prouveront que je n'ai pas fait grand tort au lecteur, curieux de poésies techniques, en ne faisant pas à l'auteur de ce morceau le même honneur qu'à Charleval , à Barberino, à Dante et à Baldi.
« Qu'on vire au cabestan, soit le jour ou la nuit,
302 UNE VOCATrON.
On voit cet exercice accompagne de Lruit. Soldats et matelots, placés sur cliac|ue Larre, Font de confuses voix un rude tintamare ; L'officier là présent les oblige à pousser, Et la canne à la main les force à s'efforcer ; Un sergent fut un bruit, un quartier- maître crie : Virons , virons ensemble ! un moment de furie ! Tous poussent, se voyant incessamment pressés, La barre de l'épaule, et le pont des deux pieds, w
— Tiens bon! (P. '223.) « Assez, arrête! fais effort en retenant! liens bien! » C'est le stop! anglais.
— Passe au ridage! (P.2'23.) « Mettez-vous à rider les haubans «, qui dans le cas actuel sont ceux de perroquets. liider, c'est roidir, c'est hàler sur des cordes appelées rides, qui, passant par dos poulies où des trous de caps de mouton, font des espèces de palans.
— Les chouquets. (P. 323.) Ce sont des pièces de bois qui, capelées à la têle d'un niât, présentent un passage et un point d'appui à un mât siipérieur. On les appelait autrefois tètes de mores. Je ne sais d'où peut venir ce mol de chouquet, auquel je cherche en vain des analogies dans les nomenclatures maritimes étrangères.
— Capelez. (P. 2'i3.) Capelei\, c'est entourer la tète d'un mât avec une corde façonnée en œillet. L'étymologie de capeler est dans l'italien cappelhirc, con\rir d'un chapeau. Les haubans
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ceignent la tèle d'un mût, la hune et le chouquet sont à la tète de raàt comme lu tour, les bords et le fond d'un chapeau j ce n'est que par extension de la figure qu'on a dit : capeler une vergue.
— Et bras et hnlancincs. (P. 223.) On passe autour des bouts des vergues de perroquets les bras d'abord , puis les balancines, qui doivent empêcher les bras de décapeler. Les bras donnent le mouvement à la vergue dans le sens horizontal ; les balancines la soutiennent dans la position horizontale, et servent avec les drisses à les hisser.
— Frappez-moi les boulines y les cargues et le reste. (P. 223.) On Trappe (amarre), aux points de la voile pliée sur sa vergue, les boulines, les cargues et les écoutes. «Frappez-moi, » est une tournure de phrase très usitée chez les marins Irançais, « Faites-moi telle chose! hâ!cz-raoi cette bouline! etc. «
— Est-on parc? (P. 223.) «Est- on prêt?»
— Croisez! (P. 223.) « Mettez les perroquets en croix avec leurs mâts. »
— Borde les perroquets ! (P. 223.) J'ai dit, plus haut, ce que c'est que border une voile.
— Borde à joindre! (P. 223.) Border îi joindre , c'est hàler les écoutes d'une voile jusqu'à ce que le coiti ou point de celte voile joigne la vergue, sur laquelle on la borde. Border à joindre et border à plat sont des sj nonymcs.
— «.Hissez. (P. 223.) Faites monter, haussez la vergue le long du ma!. »
— Poussez les boutehors. (P. 223.) Les boulehors sont des pièces de bois qu'on pousse dcliors, dans le plan <\i.^i> vergues,
3o4 UNE VOCATfOJN.
pour servir de vergues à des voiles auxiliaires qu'on appelle bonnettes.
— Patinez-vous , gabiers. ( P. 223. ) Se patiner est un synonyme de se manier. Paul s'adresse aux gabiers, parce que tout ce qui se fait à bord de la Galalée , en ce moment, est du ressort des matelots chargés du service des hunes, qu'on appelle gabiers.
— Navire! (P. 223. ) C'est par cette exclamation que les vigies avertissent, du haut de la mâture où elles sont placées, quand elles aperçoivent un bâtiment au large.
— Sous le vent. (P. 22 3.) C'est-à-dire du côté opposé à celui où le vent enfle nos voiles.
— Arriver en dépendant. (P. 0.2^.) Xxr'wev graduellement pour approcher d'un navire qu'on veut rencontrer, d'un port où l'on veut entrer, d'une île sous le vent de laquelle on veut passer; c'est ce qu'on appelle arriver en dépendant.
— Branle-bas de combat .'(P. 224.) On a vu plus hauf (p. 59) ce que c'est que le branle-bas. Le branle-bas de combat commence par le branle-bas ordinaire, lequel est suivi d'une série d'actions qui doivent préparer l'action militaire. On dégage les batteries, on dispose le poste des chirurgiens, on met des hommes au passage des poudres , on double certaines nianœu-' vres courantes, on donne des auxiliaires à ciuelques manœuvres dormantes, etc. Le commandement: braide-ljasdecombat! jette dans un navire de guerre une émotion vive et profonde, qui change tout-à-coup la vie du bord et donne au bâtiment un aspect à la fois solennel et joyeux. J'ai esquissé un branle-bas de combat à bord d'un vaisseau, p. 9 de ce vol., et un branle-bas de combat sur les galères, p. 209 du 2'' vol. de cet ouvrage.
UNE VOCATrON. 3ô5
J'ai fait rie cctîe situation du vaisseau de guerre un tableau plus complet et plus coloré dans le chapitre intitulé Combat, p. 407 et suiv., 3* vol. des Scènes de la vie maritime. M. E. Sue, avec le talent d'analyse et le pinceau brillant qui lui appartiennent , a peint d'une manière très heureuse quelques braide-bas de combat dans son Histoire de la marine sous Louis XIV, ouvrage qui prouve dans l'auteur un talent d'exécution très remarquable, avec une vive intelligence des faits politiques, dont les conséquences furent de grandes batailles navales.
— Cruel commandement. (P. 224. ] L'auteur A' Une vocation n'a pas cru devoir mettre en vers le combat de la Galatée; peut-être a-t-il eu peur de devenir trop long en multipliant les détails techniques, qui peuvent fatiguer le lecteur* peut-être aussi a-t-il craint de ne pouvoir lutter de chaleur, de richesse de rime, enfin de poésie, avec ce passage du Nouveau Tableau de la mer, qui a fait les délices de deux ou trois générations de marins :
« S'il s'agit d'un combat sanglant, opiniâtre, Voyons comme un vaisseau se dispose à combattre ; On fait sonner la cloche , et branle-bas d'abord ! Les postes sont donnés , même au sortir du port , Un nombre de soldats pour la mousqueterie , Des canonniers à l'une et l'autre batterie. Sur l'arrière et l'avant, on y fait demeurer Les meilleurs matelots , choisis pour manœuvrer. On arme d'hommes forts le canot, la chaloupe, Hï. 20
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Tous deux pour le besoin amarrés sous la poupe ; Le maître canonnier a déjà pris les noms Des autres , destinés pour servir les canons ; L'on fait descendre en bas pour passer les gargousses, Commis, maître valet , domestiques et mousses. Dedans la cale à l'eau , déjà pour les blessés L'on voit les échafauds et les cadres dressés ; Prêt à couper, trancher, mettre l'art en pratique , Le chirurgien-major ouvre ici sa boutique ; Du coffre il met au jour les tristes instruments , Il étale à vos jeux ses cruels ferrements : La scie et le trépan, les lancettes piquantes. Les sétons enflammés , les sondes pénétrantes , Les bistouris tranchants, les rasoirs, les ciseaux, Emplâtres astringents, bandes et plumaceaux. Le piaître fait monter les chaînes dans les hunes , On met dans les fdets,, branles, sacs, matelas , On double chaque drisse , on passe les faux bras ; Les fauberts sont mouillés , les bailles d'eau remplies ; Cent cordages roués , des palans , des poulies , Manœuvres de rechange, avec de longs rabans. Des bosses pour servir à joindre les haubans ,
UNE VOCATlOîT. 3ô7
Lorsque, dans \e combat, une \m\k les coupe, Sont rangés sur l'avant et le château de poujDe. On pare les grappins ; aux hunes , les gabiers , Lorsqu'on veut aborder, servent de grenadiers. Le calflit met au jour ses boules préparées, Son éLoupe , ses clous , ses platines carrées ; La sangle autour du corps, à la main le marteau, Il a l'œd attentif aux coups qu'on donne à l'ea^. L'on fournit avec soin les armes nécessaires ; Dans les postes d'honneur où sont les mousquetaires. De fourniments remplis , balles et gargoussieî"s , Pistolets , mousquetons , fusils et boucaniers , Haches, mèclîc fumante, et grenades chargées, Avec les esppntons , les piques , soiij; rangées. Le coutelas levé, l'un et J'autre fait voir Qu'il brûle du désir de faire son devoir. D'ailleurs, le canounier, suivant l'ordre qui presse, Des canons détapés démarre chaque pièce ; L'on voit, dans un clin d'oeil , les postes bien fournis De boute-feux fumants, de garde-feux garnis. Des balles de calibre et des chaînes coupantes , Des refouloirs légers et des pinces pesantes;;
3o8 VNK VOCATION.
Tout le rechange est prêt, le canonnier posté,
La corne à poul vérin pendue à son côté.
Les officiers zélés , sur qui le chef se fonde ,
L'épée nue à la main , font agir tout le monde :
Ainsi tout disposé, l'ordre établi partout,
Le silence est gardé de l'un h l'autre bout ;
Tous jaloux de l'honneur, et pleins d'impatience,
Attendent le moment que le combat commence.
Enfm les deux vaisseaux , leurs sabords tous ouverts.
L'un de l'autre approchés, se mettent au travers :
Leurs pavillons hissés frisent leurs galeries ,
Ils font pour le salut feux des deux batteries ;
L'on charge, l'on s'échauffe, on tire et l'on entend
Des coups continuels un tonnerre éclatant.
Pour gagner de la gloire, il n'est rien qu'ils ne fassent ;
Tous deux sont animc's des coups qui les fracassent.
Sur la valeur des siens l'un et l'autre affermi.
Croit faire à tout moment céder son ennemi ;
Le feu se fait entre eux également terrible ,
Leurs efforts redoublant, l'un à l'autre est nuisible.
Également battus et sans vouloir céder,
Ils s'accrochent enfm, tout prêt à s'aborder.
UNR VOCATIOJN. 3oq
Si le feu du canon paraît épouvantable, L'abordage est un choc encor plus effroyable; Xa vergue est allongée, les grappins accrochés. Les deux fiers ennemis, côte à côte approchés, Résolus de donner un choc opiniâtre, D'hommes morts étendus font un sanglant théâtre. Là l'honneur est glacé dans le meurtre commis , Chaque coup glorieux , le carnage permis, r Tous portent aux dangers leurs têtes animées De la fureur qui fait mouvoir leurs mains armées; La mort même, la mort ne les étonne pas. L'air est tout offusqué des coups de mousquetades , Leurs bras sur le tillac font pleuvoir les grenades. L'un des deux, affaibli par le nombre des morts, Ne fait plus cependant que de faibles efforts ; Les siens déconcertés prennent lors l'épouvante ; Dans l'autre la fureur devient plus véhémente : Monte le sabre en main dans le vaisseau battu. Plus ils trouvent d'efforts, plus leur rage persiste; Chacun met à ses pieds l'ennemi qui résiste; Le pont couvert de morts, dans leur sang renversés, Et par des coups d'éclat grand nombre de blessés,
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Les vaincus tous couverts et de sang et de poudre Alors qu'il faut se rendre ont peine à s'y résoudre. Mais la force manquant beaucoup plus que le cœur, Ils vienherit désarmés se rendre à leur vainqueur... »
Il y a encore vingt-quatre lignes à ce moreean ; mais je crois devoir m'arrèter ici; il me semble que sur cet échaiitilion on peut se faire une idée complète de ce Tableau de la mer, dont le slj'le ne ressemble pas mal à celUi du Jardin des racines grecques. On aura remarqué, sans doute, quelques lacunes dans le fragment que je viens de transcrire, je n'ai pas cru devoir essayer de les remplir : il faut respecter les auteurs qu'on cite, r^ '/..27^ i
— Invalide à seize ans. (P. 227.) Quelques personnes reprocheront à ce dénouement d'aller contre l'intention où l'auteur paraît être, de faire aimer la marine 5 elles diront que l'exemple de Paul n'est pas encourageant pour les jeliiies gens qiii voudraient prendre parti à bord des vaisseaux de l'Elat ; l'auteur répondra qu'il n'a pas l'amour-propre de croire que ses vers, fussent-ils meilleurs, pourraient avoir quelque influence contre des vofcations sérieuses, et que, pour ce qui est des vocations incertaines, il n'y a aucun danger à les faire avorter. L'auteur ajoutera que l'exemple de MM. Ch, Baudin et Frescinet, qui perdirent bien jeunes un de leurs bras , que l'exemple de M. Dubourdieu , que Navarin priva d'une de ses jambes, n'ont point empêché les enfants des ports de se jeter avec passion dans une carrière où beaucoup perdirent cependant un père, un frère, un parelit, un camai-ade d'enfance. D'ailleurs, les mauvaises chances sont beaucoup inoins nombreuses qu'on ne le
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croit dans le monde, pour les hommes qui font le métier de marin militaire. Que l'on recherche le nombre des morts et des blessés après les combats de la Hougue, du i8 prairial et de Navarin , et l'on verra que la chance de Paul est vraiment une exception , exception que le poëte a crue nécessaire dans l'intérêt de son petit drame. L'auteur donnera une dernière réponse à l'objection qu'on aura pu lui faire : ce qu'il a voulu montrer dans cet ouvrage, comme dans les Scènes de la vie maritime , qu'il publia en i832, c'est la marine telle qu'elle fut, telle qu'elle est , avec ses dangers , ses gloires , ses grandes émotions ; sa mission ne ressemble en rien à celle des anciens recruteurs du quai de la Ferraille, qui, au nom du roi, doraient la pilule aux enfants de la grande ville qu'ils racolaient. Il a cherché à faire le plus vrais possible des tableaux, dont il a emprunté les sujets aux marines de toutes les époques, depuis le moyen-âge. Son livre, — il a écarté l'ennui autant qu'il lui a été donné de le faire , — sera peut-être un livre d'agrément pour quelques uns, un livre sérieux pour quelques autres, un livre consciencieusement étudié pour tousj il n'a pas songé à en faire une sorte de compcllc intrare.