‹ Les soirées du gaillard d'arrièreChapitre 2 sur 19 · COLBERT · texte numérisé non relu

COLBERT

— Notre hôpital de Toulon. (P. 4') Un règlenoenl du 23 septembre 1673, fait à Nancy par Colbert, ordonna l'établissement de deux hôpitaux généraux de la marine, l'un à Rochefort pour le ponant, l'autre à Toulon pour le levant. Ces deux hôpitaux furent entretenus par le prélèvement de six deniers par livre sur les traitement et solde de tout ce qui faisait partie de la marine royale. Ces hôpitaux servirent de lieu de retraite aux officiers-mariniers , matelots et soldats qui avaient été estropiés au service, « en sorte, dit le règlement, qu'ils ne pussent plus servir à aucune fonction. » Ce règlement est le point de départ de l'utile institution de la caisse des invalides de la marine.

— Sur le point le plus élevé du clidteau d'arrière. (P. 5. ) On sait que les vaisseaux avaient sur l'arrière une construction élevée qu'ils tenaient du moyen âge, époque à laquelle on avait mis des châteaux sur l'avant et sur l'arrière des navires armés, afin que les combattants fussent placés, à la mer, derrière des murailles de bois, comme ils étaient à terre derrière des remparts plus solides (Voir Arch. nar,, Mém. n"' 3, 6 et 7. ). Les vaisseaux de 5*^ rang ( ils avaient dedix-huità vingt— huit canons] ne devaient point avoir de château d'avant, au terme du règlement du /j juillet 1670, fait par Colbert à Saint-Germain. Celte portion de l'accastillage qui alourdissait les bâtiments était réservée aux vaisseaux des quatre premiers rangs. ^J Aventurier était un vaisseau du 5*^ rang , il avait cependant un château d'avant, ce qui est expressément dit dans le rapport de M. de Pallas à l'article de M. le chevalier de Rhodes ; c'est que ce vaisseau , construit à Marseille, avait été achevé en iG-jX , détail que je trouve dans Y Estât abrégé de la niarùie du roi , 1673, manuscrit sur vélin, très précieux et très beau, qui fait partie d'une collection dépareillée par la révolution de 1793, et dont les Archives de la marine possèdent seulement quehjucs volumes. Ces aimunachs, pour la plupart chcfs-d'auivre de calligr.npliie,

58 LE VAISSFAU l'aVT' A TURIFR.

étaient exécutés pour le roi : des vignettes peintes et des fermoirs en or ornaient plusieurs d'entre eux ; vigneltes et fermoirs ont disparu. Un certain nombre de volumes de la collection est entré dans les bibliothèques des bibliophiles distingués ; M. Renouard en possède quelques uns.

— Plus gros que t Aventnricrl... (P. 6.) Comme je viens de le dire, V Aventurier était de 5« rang; il était du port de 5oo tonneaux , armé de 34 canons et avait 200 hommes d'équipage, dont 66 soldats et 34 officiers— mariniers. Par son rang, l'Aventurier ne devait avoir que 5 officiers principaux, il en avait cependant 6 : •! capitaines , 2 lieutenants et 2 enseignes. Il se trouvait là un capitaine de vaisseau de plus que l'ordonnance ne le permettait. Plusieurs fois on avait méconnu cette ordonnance dans l'intérêt de l'instruction de quelques jeunes capitaines de vaisseau ; on les avait embarqués sur des vaisseaux des 3% 4'' et 5<^ rangs comme capitaines en second , quand il ne devait y avoir de capitaines de vaisseau en second que sur les vaisseaux de x^^ et 2^ rang. M. le chevalier de Rhodes n'était capitaine de vaisseau que de l'année même où eut lieu le combat de l'Aventurier^ et il est probable qu'il était des jeunes capitaines «lont on voulait hâter l'instruction. En i686 , le vaisseau l'Aventurier, commandé alors par M. d'Aligre, faisait partie d'une escadre aux ordres de M. de Mortemart, qui, en revenant de Cadix, fut cruellement traitée par la tempête à l'entrée du golfe de Lvon. Ce coup de vent, célèbre alors dans la marine française du Levant, était connu à la fin du xyii*^ siècle et au commencement du xviii^ sous le nom de eoup de vent de M. de Mortemart. J'ai sous les yevix le rapport manuscrit d'un des capitaines de l'escadre, qui donne les circonstances assez curieuses de cet évéïement de mer; il a pour titre : Extrait du coup de vent du i'''^ janvier 1687, que l'on nomme le coup de vent de M. le duc de Mortemart, et ce qui est arrivé à son escadre.

— Sortis en chemises de leurs branles. (P. 6.) Branle est l'ancien nom du hamac. Le mot est italien , le verbe branlare veut dire branler, danser. Le hamac , accroché au plancher de

LE VAISSEAU l'aVENTURIFR. Sq

la batterie, fend toujours à garder la position verticale, pour cela il parait sans cesse en mouvement, parce que le navire agité remue continuellement; il remue donc, il danse en 1 air, il branle. Un poète du xvii^ siècle, en parlant de la fortune , a dit : Le branle de sa roue , pour désigner sa rotation continuelle.

— La lunette de Galilée. (P. 8. ) Lunette d'approche , lunette de Hollande, télescope, ou lunette de longue-ivue, étaient les synonymes de : lunette de Galilée, expression dont on se servait dans la marine du xvi^ siècle; nous disons simplement aujourd'hui une longue-vue. La lunette de Galilée était celle qui déplaisait tant au bonhomme Chrysale dans les mains de sa femme et de sa sœur, et dont il disait :

Cette longue lunette à faire peur aux gens.

Molière, les Femmes savantes.

— Bas les branles partout. (P. 8.) Décrochez et roulez les hamacs.

— For-branle, (P. 8.) Hors des branles , hors des hamacs. For est l'abréviation du mot latin foras, dehors. On voit que la langue des vieux matelots a d'assez nobles origines; elle est aussi belle que celle des gentilshommes qui disaient forligner, pour sortir de la ligne : témoin la dame de Sottenville du Georges LiancUn de Molière.

— Les couffes (P. g. ) étaient des espèces de paniers ou desacsensparterie, où les matelots de la Méditerranée mettaient leurs bardes ; on les plaçait avec les matelas des hamacs dans les bastingages pour s'en faire des espèces de redoutes contre la mousqueterie. L'usage des couffes s'est perpétué dans la marine provençale comme dans la vie usuelle des habitants du midi ; les matelots avaient des couffes comme nos femmes ont maintenant des cabas. Les couffes entraient dans l'arraementdes navires marseillais au xiii^ siècle, comme on le voit par le document rapporté p. i68, 2« vol. de \Arch. nav.

— Ses quatre valets l'ajustaient avec soin, (P. lo.) « Le

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capitaine qui commanJera un vaisseau des is"", 2« et 3^ rangs pourra avoir six valets ; le capitaine des 4*" et 5« rangs, quatre. » Règlement du 17 mars iG-5 ; à Versailles, signé Louis et

COLBEIVT.

— Semblable à celui que secouait Baron sur le théâtre. (P. 10.) Talma avait gardé cette tradition théâtrale, et l'on se rappelle l'effet qu'il produisait quand il secouait son manteau , dont les bordures rouges, adroitement réunies dans un mouvement vertical , paraissaient de larges flots de sang coulant d'une tête portée par « le fils tout dégouttant du meurtre de son père. » L'idée de Baron élait belle, l'adresse de Talma à l'approprier au costume qu'il avait retrouvé fut grande et heureuse.

— Ce justaucorps de drap bleu était garni... (P. 11.) « Sa Majesté ayant , par son ordonnance du 16 janvier i6G5, défendu de faire appliquer sur les justaucorps des passements, dentelles ou broderies d'or ou d'argent, si ce n'est après en avoir obtenu sa permission ; elle aurait été priée de l'accorder aux capitaines et aux lieutenants de ses vaisseaux, pour leur être une marque d'honneur, qui serve à les distinguer et à leur doimer plus d'autorité dans leurs charges. Sur quoi. Sa Majesté désirant gratifier lesdits capitaines et lieutenants, et pr r ce moyen les obliger d'autant plus à bien servir, elle leur a permis et permet de porter un justaucorps de couleur bleue , garni de galons d'or ou d'argent jusqu'au nombre de quatre , etc. » Ordonnance du 2 mars i665 ; à Saint-Germain, signé Louis et de Lyonne.

— Il a du. d'or. (P. i3.) <: Avecdu d'or dessus» (Molière). La Comédie française qui a le tort extrême de ne plus jouer le Misanthrope avec les costumes historiques, change plusieurs vers caractéristiques de l'époque; elle ne parle plus de la perruque blonde, de la vaste ringrhave ; elle met de l'or sur l'habit de l'exempt de messieurs les maréchaux de France , au lieu du d'or(\\iy avait appliqué Molière par la bouche d'un valet parlant comme le peuple du xvii« siècle; puis elle maintient Vhomme aux rubans verts et l'ongle long que le petit marquis porte au petit doigt , quand, sous Louis XVI, dont Alceste, Philinte, Acaste, Oronte et les autres ont le costume anachro-

LE VAISSEAU l'aVFNTURIEII. 6i

iii{|ue, si j'osais dire ainsi, ou ne portait plus les nœuds (répauic, ni l'ongle long. L'ongle long avait repris il va une dizaine d'années; quelques honnnes qui vivent dans une oisiveté de gentilhomme avaient repris cette mode des Cliinois de qualité.

— Four une miniature de notre illustre Petitot. (P, ij.) Petitot est un des artistes célèbres du siècle de Louis XIV; il a laissé une collection d'émaux fort précieux : ce sont les portraits d'après nature des hommes et des femmes les plus notables de la cour du grand roi. La finesse de la louche, la pureté de la forme et le charme de la couleur, presque toujours d'une vérité charmante, sont les mérites de ces émaux, dont le Louvre possède , parmi ses trésors , une soixantaine environ des plus beaux. Petitot est resté long-temps sans égal en France, malgré les efforts de MM. Isabey, Augustin et Saint; il était réservé à une femme de se constituer presque tout d'un coup en rivalité avec ce grand artiste. Madame de Mirebel a toutes les perfections de Petitot , et une qualité qui me la rend supérieure; ses portraits sont plus intimes. Dans Petitot , on trouve la convention de l'art du grand siècle ; chez madame de Mirebel , il n'y a pas trace de convention , c'est la nature seule et tout entière qu'on y admire.

— M.. V auniônicr va nous faire la prière du niatin.CP. i6.) L'art. 2 du titre ix de l'ordonnance de 1694 ordonnait <jue les prières se fissent soir et matin, aux heures accoutumées, l'aumônier prononçant à haute voix lesdites prières et l'équipage répondant à genoux. L'art. 3 porte : « Ceux de la religion prétendue réformée se retireront vers le mât de misaine pour y faire leurs prières à voix basse , sans qu'il leur soit permis de chanter des psaumes, ni faire aucun exercice public. » Cette disposition intolérante disparut du code naval; on n'en trouve point de trace dans la belle ordonnance de 1689, bien qu'on fût tout près des missions armées faites dans les provinces pour la conversion des protestants, ou peut-être aussi à cause de cela même. Les jésuites avaient des maisons à Rochefort, à Brest et à Toulon, où étaient élevés les aumôniers de la marine. Les

litres (j et lo de l'ordonnance de 1689 traitent de rorganisalion de leurs séminaires dans ces ports.

— Prends garde surtout de blasphémer. (P. 17.) Le blasphème était puni sévèrement à bord comme par tout le royaume. Le code des armées navales de 1674 ordonnait que les blasphémateurs fussent punis, pour la première fois, d'un mois de leurs gages, et en cas de récidive, de la punition corporelle rju'on a depuis appelée lahoidinc, et qui consiste à être battu de cordes , ayant le dos nu, par l'équipage rangé en haie sur le pont du vaisseau. L'ordonnance de i 689 ajouta à ces rigueurs ; elle l'envoya le blasphémateur, coupable de x"écidive,au conseil de guerre pour y être condamné à avoir la langue percée. Cette disDositiou de l'ordonnance, qui confirme les anciens édits contre les blasphémateurs, se comprend quand on se rappelle les fureurs religieuses de l'époque ; mais elle étonne quand on voit s'effacer du code l'article relatif aux protestants. Voir sur le blasphème VArc]i. nac., t. II, p. 109.

— Le commis du munitionnaire délivra les vivres du déjeuner. (P. 20.) L'art. 3, titre m du livre X, ordonnance de 1689, porte 4"^^^ " '^^ vivres seront distribués à l'équipage du vaisseau aux heures accoutumées, par plat de sept hommes qui mangeront ensemble 5 et les viandes , poissons et légumes seront pesés une seule fois en présence d'un officier du vaisseau, de l'écrivain du roi, et donnés au coq pour les mettre dans la chaudière. «Dès 1670, cet ordre, qui est encore à peu près suivi aujourd'hui, était sacramentel dans la marine royale. Il n'est pas sans intérêt de rapporter l'art. 5 , qui fixe les rations des hommes de l'équipage : « Il sera donné par semaine quatre repas de viande, trois de poissons et sept de légumes 5 la ration de chaque matelot et soldat , par jour, sera composée de dixhuit onces de biscuit ,. poids de marc , et de trois quarts de pinte de vin , mesure de Paris , abreuvés d'autant d'eau j les dimanches, mardis et jeudis, de vingt-huit onces de lard cuit pour le diner de sept hommes; les lundis , de trois livres et demie de bœuf, sans pied ni tête j les mercredis , vendredis et samedis,

LE VAISSEAU l'aVENTURIER. 63

de vingt-huit onces de moliic crue ; chaque jour, à souper, de vingt-huit onces de pois, gruau, fèves, fayols «(qu'on prononce aujourd'hui très mal à propos: fayots) «ou autres légumes crus, ou quatorze onces de riz aussi cru; le tout assaisonné, savoir : la viande d'une peinte de bouillon dans lequel elle aura cuit, pour en faire du potage; la molue d'un demi-quart de pinte d'huile d'olive et d'un quart de pinte de vinaigre pour sept hommes; et les pois, fèves, fayols, riz ou gruau, de sel ou d'une chopine d'huile d'olive, pour la ration de sept hommes, et versée dans la chaudière sur ce bouillon, qui sera distribué avec les légumes. » L'art, g règle ainsi les rations des officiers-mariniers, sergents , caporaux , officiers du raunitionnaire (commis aux vivres) et prévôt de chaque vaisseau: « une demi-ration de vin, viande et molue seulement, avec une sardine chacun ou un hareng pour deux , au déjeuner , un peu d'huile ou de beurre, ou une once et demie de fromage de Gruyère ou d'Hollande. » Art. lo. « Les gardes de la marine auront une ration et demie, les écrivains du roi et chirurgien trois rations chacun. » C'est le capitaine qui nourrissait l'aumônier. Pendant la Restauration, les aumôniers mangeaient à la table des officiers ; ils avaient rang de lieutenants de vaisseau.

— Un coup de sifflet du capitaine des matelots. (P. 20.) Le capitaine des matelots était un officier-marinier, qui commandait aux matelots sous le maître d'équipage. Le contremaître l'a remplacé.

— Jetez le sel.[V. 20.) J'ai parle ailleurs de cette habitude.

— De clef en clan. ( P. ao et 25.) M. de Pallas, en se servant dans son rapport de cette expression que je n'ai trouvée nulle part, veut faire entendre au comte de Toulouse qu'il avait ses voiles de perroquet amenées tout-à-fait à la hauteur des clés de leurs mâts, et qu'il les fit hisser jusqu'à ce que les vergues touchassent les clans par lesquels passaient les itagues.

— Il va lof pour lof pour nous prendre le lient, (P. 26. ) Ce n'est pas assurément le moyen le plus prompt et le plus sûr; mais je n'invente pas, j'emprunte ee détail au rapport de M. de Pallas.

64 LE VAISSIAU l'aventurier.

— // arrh'a jn.sqaà la cuisine où les chirurgiens dvdient les fers au feu. (P. 27. ) Je lis dans un auteur contemporain de

Louis XIV : « Pendant le combat , le chirurgien se tient dans la cuisine ou dans la dépense, parce qu'il y a plus d'espace vide qu'ailleurs. D'abord on porte les blessés dans la dépense, d'où on les passe dans la cuisine, chacun à son tour, pour les mettre entre les mains du chirurgien , lorsqu'il y est, par une fenêtre qui est dans le fronteau qui sépare la cuisine de la dépense , et par laquelle on distribue ordinairement les vivres. Pendant le combat, le chirurgien tient ses fers au feu , et tous ses onguents auprès de lui. » (Aubin.] La cuisine était alors ordinairement cale.

— Le docteur , après leur avoir fait observer... (P. 28. ) « Le chirurgien , dit le même auteur que je viens de citer, va se mettre une fois le jour devant le grand mât, sous lehaut pont, où les blessés qui peuvent marcher viennent à lui et se font panser; et lorsqu'il vient s'y placer, on l'annonce par une sorte de cri qui est destiné pour cela. »

— Bosseman. (P. 36.) Second contre-maître chargé du soin des ancres, câbles , etc. Voir Jrch. nnt'.. t. II, p. 532.

— // m'apporte sans doute un ordre de mon commandant. (P. 43.) L'^ccv/^Mr/rr faisait partie d'une division de deux vaisseaux commandée par M. de Beaulieu; elle courait la Méditerranée pour contraindre les navires marchands à obéir aux ordonnances du roi qu'ils enfreignaient très ouvertement.

— Il avait permis aujc matelots de jumcr après le coucher du soleil. (P. 45.) L'art. VIII du titre 9 de l'ordonnance de 1674 porte : « Sa Majesté fait défenses à toute personne de prendre du tabac avant le soleil levé , ni après le coucher du soleil , ni pendant n êmequ'on célébrera la sainte-messe ou que l'on dira les prières, et ceux qui en voudront prendre dans les heures permises, se retireront vers le mât de misaine et n'en pourront prendre ailleurs. « L'ordonnance de 1G89, ^" maintenant les dispositions de cet article, explique ce qu'il faut entendre par prendre du tabac , et dit : « Défend Sa Majesté à toutes personnes de prendre du labnc en fumée avant le soleil.

elc. » Puis il ajoute, après l'injonclion faile d'aller en avant du niât de misaine et point ailleurs: «et auront devant eux une baille remplie d'eau , pour éviter les accidents du feu. » Cette défense de fumer avant le lever et après le coucher du soleil était écrite dans le code de la marine de Louis XIII, en ces termes: « Il est expressément interdit àe pctiuicr avant, clr, » Le tabac s'appelait s\o\s petun , au. latin petanum. On avait fait le verbe pctuncr, qui est sans analogie dans les autres langues.

— M. de Pallas était capitaine de vaisseau dès l'année lôjr ; M. de Rhodes l'était seulement de 1687. MM. les chevaliers de Champagnette et d'O étaient lieutenants de vaisseau, le premier de i683, l'autre de i685. M. Bolioud de la Roche fut fait lieutenant en 1691 j M. de Julien de la Valette aussi. Ce ne fut qu'en iGgS que ]M. de Pardejeii passa de brigadier des gardes-marine au garde d'enseigne de vaisseau. (Voir l'Abrégé de la marine du roy. 1698, MS. sur vélin des Archives de la marine, )

Se dernier Ôiu

Avec le dogat et la liberté, tués par la conquête, sont mortes toutes les traditions de la vieille république vénitienne. Les anciennes solennités sont abolies, et c'est par grâce qu'on a conservé les fêtes du Sauveur et de Santa Maria de la Sainte, l.e Bucùztoro est complètement oublié; il reste de son bois à peine ce qu'il fau^ drait pour faire quelques ciu'edents aux touristes, visiteurs de Farsenal de Venise, pour

68 LE Dl'RJNlER Ll'CIIN TOllO.

qui tout pezzo di legiw antico est essentiellemcnl bon à faire tles cannes, des tabatières ou d'autres objets de cette importance.

Cependar.t, le dernier petit débris du Buceiitaure a échappé aux Anglais ; c'est qu'il n'est pas, comme les débris de la galère de Tibère, à la disposition des paysans spéculateurs qui explorent le fond du lac de Némi, et en retirent un chêne que le besoin de leur commerce semble multiplier et faire croître au fond des eaux. C'est dans un des nombreux magasins de l'arsenal ^ sous la cale, où s'abritent les canots de l'empereur, où s'abritait jadis le Bucentaure lui-même, que j'ai vu tout ce que le temps et les révolutions ont laissé de ce grand corps flottant dont les Vénitiens étaient si fiers. Je cherchais, parmi les belles embarcations royales, la proue ou l'arrière du Bucentaure, quelques unes de ses sculptures magnifiques, quelques uns de ses emblèmes dorés, quand M. l'amiral Paulucci, qui avait eu la bonté de me piloter dans le vaste arsenal où il règne au nom de l'empereur d'Autriche, me fit voir un morceau de bois, peint en rouge, long à peu près de cinq pieds, gros commela cuisse d'un homme, droit et à huit faces, arrondi à son sommet, rompu et déchiré à sa base : c'était là tout le navire des doges. Un fragment du màt qiu porta

LE Di.nviEP. r.rcfxTOî'.o, G9

l'étendardde la république le jour de l'Ascencioii, pendant plus de soixante ans , voilà tout ce que Venise peut montrer de son Bucen taure! En vérité c'est pitié !.. Et Venise, que montre-t-elle aujourd'hui de la Venise d'autrefois ?

Si ce morceau de l'arbre vexillaire a survécu , pourquoi le navire a-t-il péri? Pourquoi tant de choses ont-elles péri? Demandez-le à la révolution qui a fait de Venise une enclave de la France; demandez aux Français qui allaient philosophiquement détruire tout ce que la sagesse de la convention avait marqué de son doigt fatal ; demandez à ces soldats qui , de la pointe de leurs baïonnettes, profilaient les figures sublimes peintes par Léonard de Vinci, dans un réfectoire de Milan; qui prenaient pour but de leur tir au pistolet le nez de telle tête jetée à fresque sur le mui d'un palais ou d'un couvent par un grand peintre du xvi'siècle; quibrisaientàplaisiretemployaient à chauffer leur soupe les modèles des vieux navires que Venise conservait avec amour et respect dans ses archives navales , hélas ! si ti'istement vides aujourd'hui!

La France a fait de bien belles choses en Italie, mais que de mal y ont fait les Français! Partout on remarque des traces funestes deleurs passages!

Quand Napoléon faisait élever l'arc du Simplon,

■yO LE DEUNIER BlCfNTORO.

on badigeonnait ponr le recevoir à Gènes, des chambres qu'avait décorées Perino del Vaga, cet illustre et savant collabora leur de Raphaël. Quand Napoléon faisait fouiller Rome pour retrouver \ç forum sous le champ des Vaches, pour rendre au jour de beaux nionuments, on détruisait le Rucentaure, monument d'une autre espèce qui ne méritait pas moins d'être conservé.

Étranges anomalies qu'on ne peut expliquer ni excuser! La barbarie à coté de la civilisation chez les mêmes hommes, dans les mêmes tètes 1 L'empereur n'aurait pas voulu qu'on jetât au four à chaux tel masque mutilé de Sejan ou de Vitelhus , telle plaque de marbre fruste sur laquelle Visconti ou Millin aurait pu lire le nom à demi effacé d'un tribun ou d'un consul ; mais dédorer, raser, déshonorer le Bucentaure, il le faisait sans scrupule , sans remords. Que lui importait le Bucintoro? C'eût été la galère de Dandolo ou de d'Oria qu'ill'aurait sacrifiée de même! Quelqu'un était-il là pour défendre un vieux navire muet qui tenait bien peu de place dans l'arsenal de Venise, mais beaucoup dans la mémoire des Vénitiens? L'antiquité était protégée par les artistes, les savants de la troisième classe de l'Institut, et l'université qui nous élevait en Grecs et en Romains; mais personne ne protégeait la vieille marine!

LE DERiVÎEK BîJCI\TORO. rjn

Assurément M. l'amiral Decrès aurait fait une plaisante jSgure si l'on était venu lui demander grâce pour le vaisseau du comte d'Estaing ou pour le Bucentaure! Il aurait lancé quelques unes de ces fines plaisanteries qui lui étaient familières, et le vieux navire aurait été condamné! N'est-ce pas lui , ministre de la marine et homme de beaucoup d'esprit, d'ailleurs, qui, à propos de nos riches archives , alors à Versailles , qu'on lui parlait un certain jour de faire mettre en ordre, disait : « Bah ! bah! il faut aux archives un portier pour éloigner les voleurs, et un chat pour manger les rats.

« — Et pourquoi un portier, Monseigneur? pourquoi un chat? Que les rats mangent ces papiers, que des voleurs les emportent, c'est mieux assurément que de les laisser moisir sans ordre, sans catalogue dansles cartons de Versailles ! Cela servira au moins à quelqu'un; les rats en dîneront, ce qui est un mallieîir san?; doute; mais qu'ils périssent par les rats ou la moisissure, n'est-ce pas tout un? Quant aux voleurs, laissez-les faire; ils les jetteront dans la circulation par l'épicier ou le marchand de tabac , et il nous en reviendra du moins quelques feuilles! Oh! si quelque pauvre fou d'histoire, comme nous sommes quelques uns, s'introduisait da-is les salles des archives et

"72 I,E DER\IFR RUriNTORO.

y empruntait en secret nn carton plein de lettres de Colbert ou de Tourville, vous le feriez pendre ou tout au moins enfermer à Vincennes avec approbation de l'empereur, n'est-ce pas? Car vous êtes avare de biens que vous n'appréciez point, et ces biens sont grands! II y a dans cette collection si nombreuse tous les témoignages historiques de la valeur des marins du grand siècle de notre marine militaire, du génie des organisateurs de cette marine, de la puissante politique de Louis XIV ; il y a là des hommes tout entiers qui sont inconnus ou mal connus, des héros pleins de sens et même d'esprit, que vous croyez des hommes seulement pleins d'audace, enfin, des administrateurs dont vous pourriez prendre de bonnes leçons!.., »

Quelle pitié pouvait avoir pour le Bucentaure M. le duc Decrès, qui n'avait nul souci de toute cette histoire vive, colorée, saisissante que Versailles gardaità l'état d'éléments informes et qui ne demande qu'à se produire? Pour lui qu'était le Bucentaure? une vieille carcasse dorée dont il fallait tirer un paiti quelconque ou cju'il fallait brûler.

« — Mais c'est une vieille institution, cette vieille carcasse !

» — Qu'importe? Une institution ancienne,

LE DERNIER RUCINTORO. "3

une institution populaire et religieuse, cela vaut-il la peine qu'on la respecte? C'est passé de mode, c'est gothique, suranné; et l'on ne doit pas s'arrêter à ces misères-là. D'ailleurs , pourquoi le navire , quand la fête ne se chôme plus ? Pourquoi le souvenir de la fête, quand le fait qu'elle consacrait est oublié? Pourquoi? je vais vous le dire : parce que le souvenir et le navire sont glorieux, parce que ce sont des moniunents; et puis si la mémoire de la fête du mariage de la mer était chère au peuple vénitien, de quel droit détruire l'objet qui la leur rappelle?

r> — De quel droit? du droit de la victoire. Le peuple vénitien! est-ce qu'il y a un peuple vénitien? Venise, c'est une possession française; les Vénitiens sont des sujets conquis! Que parlezvous donc de leurs goûts ou de leurs affections? Ce qu'ils doivent aimer, c'est la France, la métropole de l'Italie; ce qu'ils doivent vouloir, c'est ce que veulent les Français leurs maîtres..., je veux dire leurs amis. La France pèse sur l'Italie comme l'Italie a pesé sur la Gaule autrefois; eh bien, chacun à son tour. Les Romains ont-iis respecté le culte , les habitudes de nos ancêtres? non. Nous faisonscommeeux, etc'estjustice.Nouspossédons parla force; et, puisque nous possédons, nous

74 LE DERNIF.n LIICINTORO.

pouvons changer , aliéner , détruire ; les Romains ont fait de même.

» — Et que disaient des Romains les Gaidois nos aïeux?

» — Je n'en sais rien, mais cela m'est égal. Que les Vénitiens disent de nous ce qu'ils voudront, peu importe à la France , à l'Empereur , à moi. Ce qui importe , c'est que rien ne soit perdu par notre faute. Le Buceniaure est riche, il faut qu'il fasse comme les riches vénitiens, qu'il donne son or, dont l'empire a besoin. Quand il aura payé sa contribution comme un Pisani , un Barbarigo, un Dandolo , nous verrons à quoi il sera bon encore. Qu'on le fasse donc passer au creuset ! »

Et aussitôt des charpentiers , ceux peut-être qui avaient récemment embelli le navire de 172g, lui arrachèrent les ornements , les figures , les fleurs, les bas-reliefs dont ses flancs et son front superbe étaient chargés. Tout fut jeté au feu : nymphes et dieux marins , brillant écusson de Venise , Corno du doge , emblèmes moraux et nautiques , gracieuses images de génies , images gigantesques de satyres marins. Le jardin de l'île St-Georges vit cet incendie qui attrista tous les marins du port ; les cendres dorées de ce bûcher furent lavées, sassées, blutées, bel et bien , pour

LV DFRNirR BfTCINTORO.

qu'aucune parcelle du métal des sequins qui avaient été employés à Féclatanle parure du Bucentaure n'échappât au trésorier de l'empire avare. L'or en lingots fut envoyé à Milan.

Restait le cadavre dépouillé du navire; il ne pouvait devenir frégate ou corvette; c'était plutôt un coffre qu'un vaisseau ; il avait pu marcher gravement sur la lagune en traniant la tenture de broderie qui pendait des hauteurs de sa poupe , comme un sénateur traînait la queue de sa robe au broglio sur le pavé de laptazzetta; mais il n'était pas fait pour obéir à l'impulsion d'une voile, et pour courir leste et rapide à travers l'Adriatique ou la mer Tyrienne. Quoique octogénaire , il était fort encore ; sa vie avait été choyée; il n'avait point essuyé les rudes attaques du vent et de la mer; toute son existence maritime s'était passée à aller, une fois l'an , de l'arsenal au Lido, et à dormir ensuite, bien couvert, sous la voûte d'une cale fermée : vie de chanoine ou de grand seigneur, dont on voulait lui faire payer la paresse, comme s'il fallait, au navire et à l'homme, de brusques changements de fortune, la peine après les jouissances du doux rien-faire , la misère après la gloire!

On l'examina , on le percuta , on interrogea ses membres et sa poitrine, et on le condamna à

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devenir batterie flottante. Pour le réduire h ce triste état, on le rasa, on lui enleva son pont supérieur, on arracha les bancs de ses nombreux rameurs , on lui mit sept grosses pièces de canon tournant sur pivots, on le peignit en noir, lui qui avait été tout revêtu d'or et de pourpre ! Et , ce n'était pas encore assez de tant de dégradation : on lui enleva son nom, le nom sacré de Bucintoro, que l'on portait dans sa famille depuis six cent vingt années, pour lui imposer celui à' H) cira, l'hydre aux sept tètes!

Un poste de défense fut assigné dans la lagune à ce flotteur armé, et tant que dura la domination française, il resta là, tenu par quatre amarres, immobile autant qu'inutile. Sur son pont, où s'était promenée la seigneurie de Venise, se promenaient, ennuyés et attendant l'ennemi qui ne venait pas , une douzaine de canonniers marins; dans la chambre où se reposa Alvise Mocenigo , le doge , logeait an lieutenant de vaisseau français , M. Prudhomme, qui commandait r Hydre , et qui prouva plus tard qu'il était propre à des emplois moins humbles et à de plus viriles fonctions (1).

(i) M. Prudhomme est aujourd'liiii on retrnite à P.':ri<; il est 'Normand cK'S pn\ irons du Hnvîe.

LE DEU^'JJR BLCIiNTOHO. "^^

Voilà donc ce qu'était devenu le liaceiit(ture! un fortin ancré par un corps- mort, montant et descendant un peu avec la marée , s'évitant le nez au vent quand le libeccio ou l'ostro - sirocco soufflait sur la lagune; une masse sans gloire, sans grâce , sans élégance , n'ayant du navire que le nom ; un noble cheval de parade traînant une charrette; un gentilhomme condamné au métier àe facchino !

Hélas! tout était fini pour lui, et la mort ne pouvait plus rien être à qui avait souffert tant d'humiliations. Elle n'arriva que tard pourtant cette mort qu'il attendait. Quand Venise changea de maitres , quand l'Autriche vint peser de tout son poids allemand sur la ville que nous avions égayée du moins en la dépouillant, ï Hydre quitta la lagune et ses lourds canons ; elle revint au port, et on la cacha sous le hangar des galéasses , où elle pourrissait tranquillement, lorsqu'en 1824 le conseil aulique de guerre décida qu'on la démolirait.

Rien ne la rendait plus respectable : ce n'était plus le Bacentaure qui renaissait toujours, depuis six siècles, brillant et magnifique; c'était le cadavre défiguré, méconnaissable de l'Hycli^e; un vieux ponton, une batterie flottante! On la démolit donc , sans rien conserver d'elle. La plu-

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part de ses membres furent brûlés; son fer rouillé, usé, aminci, fut jeté au creuset de la fonte; et aujourd'hui, de ce Bucintoro^ il reste ce que vous savez, un morceau de son mât de pavillon !

M. l'amiral Paulucci a pris à cœur la gloire ou- \i(\k,^ài{xBucentau7e^ et, ce fragment, il m'a dit que son intention était de l'élever sur un petit socle, avec une inscription qui rappellera les vicissitudes de la fortune du navire qui porta si long-temps les fiancés de la mer.

Ce n'est pas , au reste , le seul souvenir matériel que l'amiral a voulu consacrer au vaisseau traditionnel ; il en a fait faire un modèle assez grand par un vieillard qui plus d'une fois le monta dans sa jeunesse. Ce modèle est fort bien exécuté; il promettait d'être charmant comme un portrait fidèle; mais qui sait s'il sera jamais achevé? Le constructeur est mort quand j'étais à Venise. Le bonhomme avait près de quatre-vingt-dix ans, et quelques jours avant de mourir il dirigeait encore, dans la salle des modèles , l'édification de son cher Bucentaure et celle du relief d'une des dernières galéasses qui servit à Venise au dix-septième siècle.

Le vieux charpentier était la tradition vivante des anciennes constructions navales ; s'il avait pu se mettre plus tôt à cette œuvre qu'il avait entrepiise à kl fin de sa vie, ses souvenirs étant si pré-

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sents, sa mémoire étant si sûre, il aurait fini par rendre à l'arsenal de Venise tous ses modèles brisés et brûlés, en 1797, par nos soldats ; et je les aurais vus , et j'aurais retrouvé une partie perdue de cet art que j'ai poursuivi par toute l'Italie avec plus de persévérance que de bonheur !

On ne parle guère maintenant du Bucintoro à Venise ; les vieillards seuls se le rappellent et aiment à s'entretenir encore de ses splendeurs merveilleuses qui avaient tant d'empire sur l'imagination d'un peuple accoutumé cependant à toutes les fascinations de cette féerie dont la richesse et le goût des arts l'entouraient sans cesse. C'est que son origine était glorieuse, et que gloire et magnificence étaient tout pour les Vénitiens ! Son origine ! Croyez-vous qu'un bâtiment qui descend en ligne directe de la galère de Sébastien Ziani n'est pas d'une illustre origine? Pensez-vous qu'il puisse y avoir une parenté plus noble que cellelà pour un vaisseau ? Indépendance et religion , c'était ce que le doge Ziani allait défendre contre les prétentions de Frédéric I"^ lorsqu'il voguait vers les côtes d'Istrie avec trente galères seulement, quand Othon, fils de Barberousse, venait au combat avec soixante-quinze voiles. Venise avait donné asile au pape Alexandre III ; l'arrogantEmpereurréclauiaitle pontife, qu'il regardait

8o L£ l>KUJ\iKll LLCITNTOKO.

comme son vassal , et "Venise généreuse refusait de le lui livrer.

« — La guerre donc ! dit Frédéric.

„ — La guerre ! répondit le sénat. Armez une flotte; faites-la grande, puissante et redoutable, car sur nos galères, avec nos nobles, notre doge et nos soldats, nous aurons Jésus, protecteur d'une cause qui est celle de la justice, de l'honneur et de la sainte religion chrétienne. Nos armes sont trop fortes, ajouta le doge Ziani, pour que nous les fassions égales aux vôtres par le nombre; notre victoire serait trop facile. Je vous opposerai donc peu d'hommes et de vaisseaux; tremblez cependant, car le Dieu des balailles combattra pour nous ! »

Et pendant que Frédéric Barberousse réunissait ses soixante-quinze galères , sur lesquelles il faisait monter son fils Othon , jeune , brave et digne d'une cause plus légitime, l'arsenal de Venise envoyait au quai de la Piazzetta trente galères de tous rangs, bien équipées, armées de citoyens pleins d'ardeur et de zèle religieux ; et Alexandre III accompagnait en grand cortège Sébastien Ziani, son chevalier, à qui il remettait une épée bénite, aux acclamations de la foule assemblée.

La rencontre eut lieu non loin des rivages de ristrie. Le combat fui long, opiniâtre, ardent de

LK DKKJVii'U Bucmïono, 8l

part et d'autre. Otlion se défendit avec courage; mais c'était le doge lui-même qui l'avait attaqué, et le pont de sa galère ayant été envahi par les Vénitiens, à la tête desquels Ziani s'était présenté le premier à l'abordage , le fils de Barberousse avait été obligé de céder et de reconnaître un vainqueur. Son sang qui coulait d'une large blessure justifiait suftisamment la triste nécessité où il était de rendre son épée à Sébastien Ziani. Othon prisonnier, quarante-huit galères ainarinées, le reste de la (lotte dispersé ou coulé par suite dîi choc des galères de Venise, furent les trophées de cette journée, fatale à la gloire de l'empire et si honorable pour les Vénitiens. Une galère légère Çgalùi sotil ) , expédiée tout de suite par le doge au sénat, annonça cette grande nouvelle, qui produisit siu' la cité et dans toutes les possessions de la république, où elle se répandit bientôt, une impression de joie religieuse et de fierté patriotique qui eut de longs retentissements. On prépara des fêtes, on tressa des couronnes pour le vainqueur, et le jour de l'Ascension 1 1 77, le pape, les sénateurs, le peuple, les femmes dans leurs plus brillants atours, allèrent au Lido à M rencontre des galères vénitiennes qui revenaiehf parées de leurs bannières de velours et de séw\ fières des cicali'ires qu/olles portaient, plns^hei't^j^ m. (>

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