LA FLAMBOYANTE
22 février.
Rarement nouveau spectacle aura fait moins de tapage avant son apparition que celui du Vaudeville. Il 3' a cependant trois auteurs pour un dans l'affaire.
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trois Méridionaux dont l'assemblage pouvait faire prévoir des répétitions mouvementées ou des f»otins de foyer ; mais rien à glaner dans cet ordre d'indiscrétions. Seul, M. Valabrcgue (Albin) eut quelques accès d'exubérance que calmait aussitôt l'autorité du collaborateur en chef, M. Ferrier(Paul). Quant à M. Cohen (Félix), il est revenu au Vaudeville avec la vénération que lui inspirait le théâtre de son premier succès : le Club, une comédie amusante, en collaboration avec Gondinet, et dont nous avions gardé un excellent souvenir.
Pièce maritime. Quelque chose comme la Sfuilis de la Chaussée-d'Antin.
Seulement, les marins du Vaudeville ne le sont pas autant que ceux de la Comédie-Française. Ce sont des marins pour rire et dont on a énormément ri. Sur deux capitaines, il y en a un de faux. En outre, il ne s'agit plus de la marine de l'Etat, mais de la marine marchande.
Cela a même causé une certaine déception aux trois auteurs.
Ecrivains de valeur, mais ignorants comme un trio de carpes sur les questions maritimes, ils avaient rêvé, pour leurs interprètes, des costumes étincelants et couverts de galons d'or. Mais M. Raymond Deslandes, en pur Dieppois qu'il est, leur a appris que les capitaines marchands n'avaient pas d'uniforme et portaient tout au plus une petite ancre dorée à la casquette et quelques boutons de cuivre à leur vareuse de drap bleu.
C'est ainsi que sont habillés M. Dieudonnc, le faux capitaine au long cours, et M. Carré, le vrai. Quanta M. Parade, il joue un simple matelot, comme M. Got dans le drame de Jean Aicard. Pas plus que le doyen
nS LES SOIRÉES PARISIENNES
des Français, le doyen du Vaudeville ne recherche le panache.
Un début modeste, mais intéressant.
Mlle Juliette Arnault, une gracieuse et fluette petite personne, qui joue le rôle de Mathilde, la femme du faux capitaine Dieudonné , appartient à une sympathique famille d'artistes. Son père dirigea même avec une sollicitude assez éclairée un petit théâtre d'amateurs,le théâtre des familles, où il produisit des auteurs, des poètes et des conférenciers d'avenir.
Mlle Juliette Arnault nous arrive du théâtre du Parc, à Bruxelles. Elle a débuté à l'âge de quinze ans, à Londres, par Catherine de Valois dans le Henri V, de Shakespeare. Rôle assez original en son genre, puisque, tandis que les autres personnages s'expriment en anglais, cette princesse française, seule, parle toujours en français.
La voilà, la vérité au théâtre. Cela ne date pourtant pas d'hier, et l'on avouera que M. Zola lui-même n'oserait pas aujourd'hui pousser les choses aussi loin.
Un effet imprévu, auquel MM. Ferrier, Cohen et Valabrègue sont étrangers, a fortement égayé le premier acte.
Au milieu d'un récit du matelot Parade, un petit chien plus ou moins havanais est entré en scène, sautillant, frétillant, dressant les oreilles, puis, surpris par la vue de la salle, s'arrêtant soudain et regardant le plus drôlement du monde le public qui riait aux éclats.
La maîtresse du petit intrus, Mme Grassot, l'a expulsé non sans peine.
Comme le public était en train de s'amuser, cet intermède comique n'a pas nui à la marche de la pièce. Mais voyez-vous pareil incident ss produisant dans
une comédie sérieuse, au milieu d'une scène importante sur laquelle l'auteur aurait compté pour avoir un succès ?
Il est question, dans h Flamboyante, de l'agacement que cause au locataire d'une maison bourgeoise l'odieux voisinage d'un pianiste qui l'assomme de ses gammes perpétuelles.
Au milieu des récits de toutes sortes qui fourmillent dans la pièce, celui-ci a presque passé inaperçu, et si je m'y arrête, c'est parce que l'idée de cette situation a dû certainement être fournie aux auteurs par M. Raymond Deslandes lui-même.
Le directeur du Vaudeville est torturé, dans son appartement de la rue de Provence, par toute une collection de pianos voisins qui commencent toujours leur terrible charivari dès le matin, juste à l'heure où il se met à travailler.
Homme de lutte, il a résisté par tous les moyens possibles après s'être assuré, hélas ! que la loi reste impuissante contre les délits de claviers.
En dernier lieu, il fît l'acquisition d'une grosse caisse , d'une paire de cymbales et d'une trompe de tramway. A la première heure, pour répondre aux hostilités du piano matinal, il frappait les cymbales, sa bonne embouchait la trompe et son coiffeur tamponnait la grosse caisse. Il en résultait un vacarme étrange, effroyable, wagnérien. Mais, après une demiheure de cet exercice violent, les trois virtuoses étaient brisés, harassés, vaincus par la fatigue, tandis que le piano, triomphant, reprenait de plus belle ses arpèges homicides.
A ce sujet, que M. Raymond Deslandes me permette de lui indiquer le moyen plus ingénieux dont l'un de nos confrères s'est avisé tout dernièrement.
Martyrisé par un implacable tapoteur et ayant, lui aussi, reconnu l'impossibilité d'en avoir raison à la force des poignets, le journaliste en question acheta un de ces tambours que l'on fait résonner par l'électricité. 11 le plaça ensuite dans une armoire mitoyenne de son bourreau de pianiste, le relia à une forte pile voltaïque, établit le courant... puis s'en alla tranquillement dîner au cercle , d'où il ne rentra qu'à une heure fort avancée de la nuit.
Les rrra et \ts fia avaient si vigoureusement ronflé pendant sou absence, qu'au retour, il trouva devant son seuil un homme qui attendait, à genoux, demandant grâce.
C'était le pianiste, humilié, battu, repentant, auquel il put imposer à son gré un traité réglant un minimum quotidien d'heures de piano.
Comme il y a trois auteurs pour la Flamboyante, le service de première a été un peu restreint pour chacun d'eux.
Un des trois avait cependant trouvé un truc assez ingénieux pour obtenir quelques places supplémentaires.
— Vous ne pouvez pas me refuser un fauteuil de plus, disait-il, c'est pour un créancier !
Et il a extorqué de la sorte, au candide M. Bertrand, une vingtaine de fauteuils.
Mais ce soir, comme on le félicitait après le deuxième acte et qu'on lui disait :
— Eh bien ! vos créanciers doivent être contents ! Vous allez faire de belles recettes !
il avoua tout et répondit avec cynisme :
— Cela m'est bien égal, je ne dois rien à personne !
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VA-PROPOS DE LA CHARBONNIÈhE
25 février.
On a annoncé qu'à l'occasion du 82' anniversaire de Victor Hugo, Dumaine doit réciter un à-propos en vers, entre deux actes de la Charbonnière.
Une coupable indiscrétion me met à même de publier cette remarquable poésie :
Chalut, maître, chalut ! Toi nochtre pure gloire.
Le coke des j auteurs, dont le nom dans l'hichtoire,
Va flamboyer, fouchtra ! comme un feu de charment ,
Qui nous j'a faitchouvent pacher un bon moment,
Les j'autres, près de toi , cliont du pouchier de motte.
Pach un cheul dans le tas ne t'irait à la botte.
Les charbougnias, vougri ! te fêtent à bon droit,
Victor, tu tiens j'à nous par un lien étroit.
Le diamant n'est-il pas du charbon ? Toi, maître,
X'es-tu pas diamant ? Ta chplendeur nous pénètre,
Comme au chein du bouleau, Thâche du charbonnier.
Tous tes ouvrages chont le déchus du panier.
Ils t'ont, chacun cliait cha, donné beaucoup de braise,
Et nous chommes heureux de te voir à ton aise.
Et puis, che n'est pas tout. Que voit-on dans charbon ?
On y voit d'abord char et puis on y voit bon.
Ton char à toi, fouchtra ! ch'est le char du poète;
N'ul n'est plus bon que toi, cha che voit à ta tête.
Donnant à ton pays un juste fierta.
Tu te gliches vivant dans l'immortalita.
Ta gloire emplit la ville ainchi que la campagne,
El va jusqu'à l'ochtra cochtu de la montagne.
Chelui qui fît Ruy Blach, ^nchelo, Hernani,
Lucrèche Borchia — et cha n'est pas fini !
Et les Feuilles d'automne, et la fiente qui vole,
Et le Roi qui ch'amuje, et VHomme qui rigole^
Chelui-là, mes j'enfants, n'est pas j'un galapia,
Car il cherait, vougri ! digne d'être auvergnat,
Etant bien pluch qu'un homme!... En écrivain de rache,
Dans la littérature Hugo tient de la plache :
Che n'est pas qu'il choit chale. 11 n'eut jamais de four,
Ni plus ni moins que ch'il était fils de Chaint-Flour.
Auchi, comme pays, en beaux j 'habits de fête.
Tous, nous chantons ta gloire, au chon de la mujette ;
Oui, pour te chouhaita beaucoup de lendemains,
Nos j'épouges, fouchtra ! che chont lavé les mains.
Et tous en rond, devant ta chtatue honorée,
Les charbougnias, vougri ! danchent une bourrée !
PETITE ESTHÉTIQUE