REPRISE DE « UAS DE TRÈFLE
14 mars.
Chaque direction fait sa petite pot-bouille de son mieux. Déçu par Zola et Busnach, M. Simon, moins heureux que son homonyme de Cluny, se voit contraint de remonter des pièces qui, du reste, ont eu leur succès. Il reprend avec fureur, avec acharnement, tout ce qui peut se reprendre à l'Ambigu. Après les Deux Orphelines, la Jeunesse du roi Henri, puis, ce soir encore, lAs de trèfle : le tout en moins de temps qu'il n'en faut pour poser les affiches.
Ces reprises arrivant les unes sur les autres comme des capucins de cartes', le public finit par ne plus s'y reconnaître. La confusion des artistes n'est pas moins grande ; ceux qui ont pris part à ces spectacles consécutifs ne savent plus à quel dialogue se vouer. Ils confondent Jacques et Ilenriot. la Fro-
chart et Catherine de Médicis, Louise et Nini Gendarme. Les répliques de M. d'Ennery se mêlent, dans leur mémoire troublée, à celles de M. Pierre Decourcelle et de feu Ponson du Terrail. <v
Les complications ne s'arrêtent pas là.
Un chien de la meute qui figurait dans la chasse du Roi Henri s'est échappé de son chenil pour venir, ce soir encore, à la curée de l'Ambigu. Cette consciencieuse bête voulait à toute force entrer en scène à son heure accoutumée, et le régisseur nauraitpu l'enem-. pêcher sans l'arrivée d'un valet de chiens lancé à la poursuite du quadrupède en rupture de laisse.
De son côté, la neige du quatrième tableau des Deux Orphelines, ignorant sans doute que M. Simon avait encore changé de spectacle, s'est mise à tomber, en plein été, sur les personnages de VAs de trèfle.
Sauf le début de Mlle Bévalet dans l'emploi des jeunes premières persécutées, sauf le remplacement de M. Taillade et de Mlle Marie Julien par M. Montai et Mme Defresnes, aucune modification importante à signaler.
M. Pierre Decourcelle, pour donner plus d'actualité à la scène du jeu, avait songé à remplacer le baccarat paLV \e ^jiiinze ; mais on y a renoncé parce que cette dernière partie n'est pas encore à la portée des classes moyennes, où se recrute le public habituel de l'Ambigu.
Public assez calme en général. C'est à peine si l'impudence du traître Narcisse, à l'acte de la confrontation, a provoqué, aux suprêmes galeries, les murmures d'indignation qui se produisent toujours en pareil cas.
Seul, un spectateur a appelé l'assassin : — « Fspècc
de salaud! » Mais la sincérité de son emballement nous a paru suspecte.
En revanche, j'ai retrouvé là quelques-uns de ces petits jeunes gens qui affectent de « blaguer » la situation et de tout prendre de façon plaisante.
Ce sont des voisins bien insupportables. Encore, si tous payaient à la porte le droit d'ennuyer ainsi ceux qui les entourent !
On sait que M. Lacressonnière remplit le rôle d'un agent supérieur retraité qui, dans le drame , s'occupe encore de police, d'abord pour occuper ses loisirs, puis pour sauver' son fils faussement accusé de meurtre.
M. Robert, c'est le nom de cet amateur, se trouvera donc dans la situation de M. Macé, lorsque la reprise de l'As de trèfle aura vécu.
Il fera bien alors d'imiter l'exemple de l'ancien chef de la sûreté et de faire un drame judiciaire avec M. d'Ennery — surtout s'il peut donner ce drame à l'Ambigu, où il serait reçu avec reconnaissance.