‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884 (volume 2)Chapitre 57 sur 99 · INDIGNE · texte numérisé non relu

INDIGNE

5 avril.

• — Que venez-vous de voir>

— C'est Indigne !

— Comment ? Indigne !

— Oui, une pièce nouvelle, aux Menus-Plaisirs. Ce jeu de mots facile a été commis plusieurs fois

vers la fin de la soirée, le public n'ayant guère trouvé que ce moyen de s'amuser.

Pour moi, ce qui me plaît au théâtre des Menus- Plaisirs , c'est que les plaisirs y sont généralement variés. Les spectacles s'y succèdent sans se ressembler. Tantôt c'est une comédie , puis c'est une opérette, puis un vaudeville , puis une féerie ; viennent ensuite des expériences microscopiques , suivies de séances de physique amusante, puis, subitement, sans transition, on vous sert un drame , d'un jeune auteur inconnu, joué par des acteurs à peine connus.

Le drame, ce soir, s'appelle Indigne.

Ce qui explique la petite plaisanterie que j*ai signalée plus haut.

Indigne est de M. Pierre Barbier, fils de M. Jules Barbier, le célèbre librettiste qui, en collaboration de Michel Carré, et grâce à Gounod , Victor Massé et autres compositeurs illustres, a doté nos théâtres lyriques de nombreux chefs-d'œuvre.

M. Pierre Barbier est jeune, très jeune.

Le triste et scandaleux procès de la duchesse de Chaulnes lui a inspiré un drame.

Il a présenté ce drame à plusieurs directeurs importants.

Les directeurs importants ont accueilU M. Pierre Barbier avec la sympathie que commandait le nom de son père. ^

Ils ont, après avoir pris connaissance de sa pièce, déclaré au très jeune auteur qu'ils ne la croyaient pas jouable.

Mais comme M. Pierre Barbier avait confiance, lui, il a loué les Menus-Plaisirs, rassemblé une troupe et présenté, tant bien que mal, son drame aux critiques réunis.

Les critiques réunis ne m'ont pas paru très reconnaissants de cet effort.

Mais n'insistons pas.

— Ce ne serait pas agir en gentilhomme ! comme dit l'un des personnages de la pièce.

Ces sortes de représentations ont leur bon côté. D'abord , elles démontrent clairement que les pièces refusées ne sont pas toujours bonnes. Ensuite elles nous font parfois revoir des artistes d'une certaine valeur qui , faute d'engagements , restent éloignés du théâtre et qui ne trouvent que ces occasions-là pour se montrer.

.Ainsi, Mlle Daudoird , dont on a vraiment le droit

de regretter l'inactivité ; Mlle Louise Magnier, une très gentille soubrette, qui ferait joliment bien au Palais-Royal ou au Gymnase; M. Meigneux enfin, le bon curé de la pièce. Car il y a beaucoup de prêtres dans Indigne. Beaucoup trop.

— Voilà un drame qu'on aurait bien dû laïciser! disait quelqu'un.

Le fameux épisode où la duchesse de... pardon, la marquise de Lauriane fait entrer lès domestiques du château, pour assister aux aveux de l'épouse adultère, a été mis en scène d'une façon tout à fait extraordinaire.

— Entrez tous ! dit la marquise.

La grande porte vitrée du fond'^s'ouvre majestueusement et l'on voit arriver :

Un valet de pied, fort mal mis ;

La femme de chambre Hortense — quia son corset, bien qu'elle ait l'esprit distrait ;

Et Auguste (du Cirque) qui, pour être bien reconnu, a pris soin de mettre sa perruque rouge et ses gants de fil blanc, trop longs, dont il écarte les doigts d'une façon vraiment comique.

Cette entrée a produit une vive impression.

Cependant on a versé quelques larmes , à la fin, quand Mlle Vernet a imité Sarah Bernhardt dans l'agonie de Froufrou^ embrassant deux enfants au lieu d'un;

Mais je croîs que ceux qui pleuraient étaient surtout de bons pères et de braves mères de famille, désolés de voir coucher si tard de pauvres petits bébés !

PETITE ESTHÉTIQUE

LA FAÇON d'Écouter

8 avril.

Ecouter, tout est là.

Et tout est si bien là, qu'il est devenu proverbial de dire, pour juger tel ou tel artiste :

— Il sait écouter, c'est un bon comédien ; Ou bien :

— Il ne sait pas écouter; c'est un comédien médiocre, un cabotin, etc., etc.

Cet art si difficile peut cependant s'acquérir , heureusement, du reste, pour les jeunes et les débutants qui aspirent à se faire classer plutôt parmi les bons comédiens que parmi les médiocres ou les pires.

Persuadé que le nombre des bons ne sera jamais trop considérable, je crois bien faire en cherchant à l'augmenter.

Pour cela, le meilleur moyen à employer me paraît tout désigné:

Mettre la façon d'écouter à la portée de tout le monde, en établissant un manuel complet de cet art essentiel.

Ne pouvant, faute de place, développer ici toute une méthode détaillée, je me contenterai forcement de citer quelques exemples, en ayant soin de les choisir parmi les préceptes qui s'adressent spécialement aux artistes du sexe aimable.

Donc, Mesdames et Mesdemoiselles; coquette' ingénues, soubrettes ou jeunes premières,

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