‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884 (volume 2)Chapitre 83 sur 99 · REPRISE DE « BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

REPRISE DE « BÉRÉNICE

19 mai.

M. DE LA RouNAT, seiil, chautafit sur l\iïr c/ Orphée {musique de Gluck):

J'ai repris ma Bérénice!

Rien n'égale mon bonheur !

Pour Racine, ah ! quel honneur !

Rien n'égale mon bonheur !

Je rayonne de bonhajr!

Bérénice! Bérénice!

J'ai fait un petit service !

Et la critique fidèle

Vient à ma voix qui l'appelle !

Ah!

Ah!

J'ai repris ma Bérénice!

Rien n'égale mon bonheur !

Pour Racine, ah ! quel honneur!

Rien n'égale mon bonheur !

Je rayonne de bonheur 1

En reprenant Bérénice!

Ce soir, j'ai du bénéfice !

Les spectacles populaires, Sont d'excellentes alTaires !

Ah!

Ah!

J'ai repris ma Bérénice!

Etc.

Hadamard fait Bérénice !

Ah ! quelle charmante actrice !

Belle dans la tragédie !

Fine dans la comédie !

Ah!

Ah!

J'ai repris ma Bérénice !

Etc.

Albert Lambert ! quelle fête !

De Titus s'est fait la tête !

Brémont, sociétaire en herbe :

Quel Antiochus superbe !

Ah!

Ah!

J'ai repris ma Bérénice!

Etc.

C'est Ritel qui fait Rutile :

Ah ! c'est un artiste utile !

C'est Chéron qui fait Phénice, Confidente à Bérénice.

Ah!

Ah!

J'ai repris ma Bérénice f

Etc.

33^ LES SOIRKES PARISIENNES

Bref, j'espère que la presse, Par de beaux chants d'allégresse, S'en va célébrer ma gloire:

Ah ! pour Perrin quel déboire !

Ah!

Ah!

J'ai repris ma Bérénice !

Rien n'égale mon bonheur !

Pour Racine, ah ! quel|honneur !

Rien n'égale mon bonheur !

Je rayonne de bonheur !

REPBISE DE « BÉBÉ »

Je suppose qu'outre les bons droits d'auteur qu'ils vont verser aux agences Roger et Debry, MM. les directeurs du Vaudeville enverront à de Najac et Hennequin un joli bronze , un bibelot de prix , un tableau de maître, pour les remercier d'avoir autorisé la reprise de Bébé, vers la fin de mai, à une époque où le Parisien déserte volontiers les salles de spectacle.

Bébé ndi presque pas été joué depuis sept ans ; la reprise de cette charmante et amusante comédie était — pour parler comme MM. les directeurs — .une« affaire sûre », et cependant il a suffi à MM. Raymond Deslandes etBertrand jeune d'exposer l'embarras dans lequel ils se trouvaient, n'ayant aucune pièce pouvant finir la saison, pour décider MM. de Najac et Hennequin à leur donner ces trois actes d'une si incontestable valeur.

— Il 1 ■ - . ... — ■ . I I. . ■ - 1 .

Je suppose d'ailleurs que MM. Deslandes et Bertrand ont compté sur Bébé non seulement pour terminer agréablement une année théâtrale qui n'a pas été bien bonne, mais aussi comme porte-bonheur.

C'est, en effet, la comédie reprise ce soir au Vaudeville qui a « désenguignonné » le Gymnase (direction Montigny), au moment où cemalheureuxthéâtre jouait une pièce nouvelle tous les huit jours sans jamais accrocher un succès.

On était tellement habitué à voir la noire déveine s'acharner sur le théâtre du boulevard Bonne-Nouvelle qu'au sortir de la première de Bébé, une opinion sem- ' blait prévaloir dans les groupes :

— C'est un énorme succès, et tout de même ça ne ifcra pas trois cents francs dans quinze jours.

On se trompa du tout au tout. Bébé fit le maximum •tous les soirs pendant cent cinquante fois au moins. Il fut joué sur tous les théâtres du monde et a gardé une réputation excellente dont le Vaudeville va certainement bénéficier.

Le type important de Bébé, celui qui a assuré son succès , celui qui est resté présent à toutes les mémoires, c'est Pétillon , une des créations les plus remarquables et les plus complètes de l'excellent Saint- ' Germain.

A tous les directeurs qui ont demandé à MM. de 'Najac et Hennequin l'autorisation de reprendre Bébé^ ces Messieurs disaient invariablement :

— Avez-vous un Pétillon ?

Et je dois à la vérité d'ajouter que ceux qui se pré- «^"Ptaient n'en avaient généralement pas.

\utant vouloir monter les Ilufruenots sans ténor.

Heureusement pour MM. Deslandes et Bertrand qu'ils avaient prévu la question.

Ils venaient d'engager un Pétillon , le seul Pétillor .qui pût « pétillonner » convenablement après Saint- Germain.

C'était M, Jolly. Jollyde la Renaissance, un très fin comique, bien mieux à sa place, selon moi, sur une scène de genre que sur une scène d'opérette, où la fantaisie ne va pas sans beaucoup d'entrain.

Entre autres avantages pour la direction du Vaudeville, Bébé avait celui de pouvoir se monter plus rapidement que toute autre comédie. Il y a deux semaines, jour pour jour, qu'a eu lieu la première répétition.

— On n'a même pas eu le temps de se disputer avec les auteurs ! disait en riant la jolie Mlle de Cléry, qui représente l'horizontale Aurélie.

Il est vrai qu'il eût été difficile de batailler à l'avantscène avec des auteurs qui n'ont guère eu besoin de s'occuper de leur pièce.

La mise en scène en a été arrêtée par le grand Montigny; de plus, M. Francès, tenant le superbe rôle de papa qu'il créa, avec tant de bonhomie boulevard Bonne-Nouvelle , était le dépositaire utile et précieux des saines traditions du Gymnase.

Dans ces excellentes conditions, les études ont marché rapidement et bien.

Il a fallu cependant faire de véritables tours de force quant à la mémoire.

Le c( Bébé » du Vaudeville, qui joua le petit rôle d'Arthur à la création, M. Corbin, avait eu toute facilité d'étudier son personnage d'aujourd'hui en recevant jacii s les répliques d'Achard. xMais M. Corbin, loin de vouloir se rappeler, s'est fait un devoir d'oublier « la manière » de son prédécesseur afin de ne point s'exposer à le copier. Il tenait à être son propre Bébé et non le Bébé d'un camarade.

On me dit que Mme Grassot et M. Ncrtann avaient

déjà tenu leurs rôles, l'une en province, l'autre en Russie. Observateur exclusif de ce qui se passe à Paris, je n'ai pu contrôler ces détails-historiques. Mais, en ce qui concerne Jolly, il est certain qu'il a dû apprendre Pétillon et que,' contrairement à ce qu'affirmaient certains spectateurs, il n'a pu jouer Bébé à Bruxelles puisqu'il entrait précisément aux Bouffes en 1877, année où la comédie de de Najac et Ilennequin fut jouée pour la première fois.

On voit que l'ex-pensionnaire de la Renaissance a dû mettre le temps à profit pour préparer la grosse partie qu'on lui a fait engager ce soir. Tout devait le préoccuper dans cette sorte d'improvisation : un texte long et difficile, une mise en scène compliquée et surtout la nécessité, pour un artiste comme lui, de se iaire une tête qui fût réaliste sans rappeler le type fixé par Saint-Germain. Faire un personnage pittoresque sans tomber dans la charge qu'avait si bien évitée le remarquable créateur.

Étonnez-vous, aprèscela,que M. Jolly, tout aguerri qu'il soit, ait eu un peu peur ce soir.

Francès avait bien peur! etCorbin! et la charmante Mlle Caron qui tenait le joli rôle de femme de chambre créé parla spirituelle Dinelli ! et tous les autres, petits ou grands ! car c'était un trac général qui n'a complètement disparu qu'après les félicitations apportées de la salle pendant le second entr'acte, et dans laquelle la plus large part — de beaucoup la plus large — était pour le nouveau Pétillon.

Pour finir, j'emploierai la méthode de mnémotechnie illustrée par Pétillon, et je prierai mes lecteurs de chanter ce qui suit sur l'air des Bottes à Bastien :

II est plein dhumeiir Et plein de clous.

Bébé,

Et joué par Jolly C'est un Jolly

Bébé.

Ça fera pour sûr Plaisir à Hen-

Nequin, Et ça ne déplai- Ra pas non plus

A Najac !

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