‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884 (volume 2)Chapitre 85 sur 99 · LES CHAMPAIROL — TOUT AU PLAISIR · texte numérisé non relu

LES CHAMPAIROL — TOUT AU PLAISIR

23 mai.

Depuis trois ans qu'on s'est avisé de le reconstruire, le théâtre des Menus-Plaisirs ressemble précisément à ces maisons neuves dont les boutiques se louent à la semaine ou à la journée, en attendant les locataires définitifs.

Jusqu'à présent, personne n'y a fait un bail sérieux. Les directeurs se succèdent comme des capucins de cartes. Nous y avons vu un peu de tout : des expériences scientifiques, des exhibitions, des tableaux vivants, des exercices de prestidigitation et jusqu'à des pièces de théâtre. Nous ne sommes sans doute pas au bout, et M. Cantin louera certainement son vestibule un jour ou l'autre à des camelots en bonneterie , à des raccommodeurs en porcelaine , à des vendeurs de rasoirs à musique, à des gérants de boutique à treize.

Ce soir, le magasin omnibus du boulevard Sébastopol déballait un stock de tableaux patriotiques, à l'occasion d'un drame quasi-militaire de M. Auguste Fraisse, bourgeoisement intitulé: Les Champairol.

Il se pourrait que la spéculation fût un peu meil-

leure que la plupart de celles qui l'ont précédée dans ce malheureux local à tout faire.

Pourtant l'œuvre est en vers, grande complication pour le quartier. Mais elle contient des scènes patriotiques auxquelles les sceptiques les plus endurcis n'ont pas résisté, bien que l'on soit venu là plutôt avec l'intention de rire que de s'émouvoir. C'est d'ailleurs mis en scène avec une habileté qui a surpris , notamment pour la reproduction du tableau de Neuville, Les dernières cartouches, qui est à la fois très simple et très saisissante.

Il faut remonter, pour pouvoir citer un effet du même ordre, au fameux décor de la Libération du territoire qui eut jadis tant de succès dans une revue du Chàteau-dEau.

Cette scène muette est un véritable clou pour la pièce en vers de M. Fraisse.

Les journalistes qui ont divisé leur soirée entre la première des Menus-Plaisirs et celle de Déjazet, et qui n'ont pas eu l'occasion de rire aux Champairol, ont pu se rattraper copieusement boulevard du Temple.

Pour être «Tout au plaisir » que nous offrait ce soir la direction Charpentier, il aurait fallu passer une partie de la nuit à Déjazet, ce qui dépasse le maximum normal de ce genre d'agrément.

Car Tout au plaisir — une comédie vaudeville .en cinq ou six actes — commençait un peu avant onze heures. Au moment où les dures nécessités du journalisme m'arrachent aux délices variées de cette pièce mêlée de chahut et de chant, il est environ une heure du matin. On espère que le dénouement sera révélé, aux derniers spectateurs haletants, au petit jour, lorsque passeront devant le théâtre les dernières voitures des maraichcrs se rendant aux Halles.

On manque généralement de détails biographiques sur l'auteur de cette interminable fantaisie.

Damiens fut le nom d'un grand criminel. ^C'est à une lettre près (Damien) celui du vaudevilliste auquel M. Charpentier, imprésario jeune et impatient, commanda, il y a très peu de jours, de lui faire « une grande machine » pour le quartier. M. Damien, qui a déjà signé une- charmante petite comédie intitulé : La Peur d'être grand-père, jouée à Cluny , était certainement digne d'une autre tâche.

Cependant , il se mit à la besogne et entassa consciencieusement les quiproquos à la Buguet sur les plaisanteries consacrées jadis au théâtre Taitbout , faisant danser un quadrille quand l'action languissait un peu ef n'hésitant pas à écrire une-scène dans la salle à laquelle le public a pris part avec frénésie.

M. Charpentier, directeur, s'est offert gracieusement le principal rôle d'homme; il a 'en outre, spécialement engagé, pour se faire donner la réplique , une véritable chanteuse, élève de Mme Viardot, répondant d'après l'affiche au nom de Nordall.

A part ces deux artistes en vedette, il y a bien encore une vingtaine d'interprètes ; mais comme ils se valent à peu près tous , il y aurait peut-être injustice à en citer un seul.

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