‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 3)Chapitre 3 sur 114 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

pour le public de le voir dans rintimité , attelé à la besogne; je vais conduire le lecteur dans les coulisses de la Soirée théâtrale et lui montrer le Monsieur de V Orchestre avec son procédé particulier de travail, dans la gestation de ses chroniques légères et charmantes dont le succès fut si persistant.

Hollandais de naissance , Français par le cœur, boulevardier par l'esprit, Arnold Mortier avait conservé de ses origines le calme méthodique du peuple qui le vit naître; jamais il ne s'emportait ni dans la conversation ni dans ses écrits : il avait je ne sais quoi de grave et de réfléchi dans tout son être qu'on aurait eu de la peine à deviner, sous son masque bienveillant mais froid, l'humouriste des Soirées théâtrales; sa conversation n'avait jamais ce tour alerte qui distingue ses écrits; dans les réunions intimes, il n'apportait rien de cette gaîté véritable qui sonnait de si brillantes fanfares dans ses articles; il ne se dépensait point dans la causerie; tout le travail de son esprit se faisait intérieurement, avec mesure et sagesse; il administrait son talent comme un capital ; il économisait son humour; il emmagasinait les traits comiques ou les mots mordants pour ne jamais être pris à court dans les semaines maigres de la vie théâtrale. Arnold Mortier était en quelque sorte la fourmi prévoyante parmi les cigales boulevardières qui, à toute heure, gaspillent çn pure perte leur esprit dans les

Page 1