X PREFACE
ceci qu'il mérite vraiment le titre d'artiste, que sa pensée était constamment attachée à sa vocation; le succès d'hier ne l'enivrait jamais assez pour lui faire oublier le succès plus difficile de demain. A mesure que son nom grandissait, Arnold Mortier semblait davantage possédé par la crainte de déchoir; tout son esprit était tendu vers son travail : jamais ce journaliste léger et enjoué ne le perdait de vue. Dans les réunions les plus gaies, h Monsieur de r Orchestre demeurait le plus souvent silencieux. La conversation des autres ne lui faisait jamais perdre le fil de ses idées; jamais il ne jetait dans la causerie une de ces boutades qui lui venaient si facilement sous la plume. Quand une idée comique ou un trait piquant lui traversait l'esprit, il les gardait pour lui; au lieu de les jeter à travers le bruit pour se faire applaudir, il les notait silencieusement sur le carnet que toujours il portait sur lui; il gardait tout cela pour ses lecteurs et par sagesse, et peut-être aussi parce que dans la causerie il ne trouvait que difficilement la forme spontanée ; il lui fallait pour cela le silence de son cabinet de travail, le détachement de tout milieu bruyant. Alors cet humouriste exquis était curieux à observer : il écrivait les phrases les plus comiques sans qu'un sourire effleurât ses lèvres; il était penché sur ses petits carrés de papier avec la gravité d'un notaire qui compose un document