‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 4)Chapitre 15 sur 74 · GENEVIÈVE DE BRABANT · texte numérisé non relu

GENEVIÈVE DE BRABANT

25 février.

Peu d'opérettes ont subi autant de transformations que Geneviève de Brabant.

La première, celle des Bouffes, n'obtînt qu'un demîsuccès. La partition parut charmante» mais le poème long et ennuyeux.

M. Crémieux entreprit avec M. Tréfeu la confection d'une Geneviève nouvelle. Il garda* les morceaux devenus populaires, mais démolit si bien le premier poème qu'Offenbach lui-même ne s'y reconnut plus.

Ainsi restaurée, Théroïne légendaire du moyen-àge reparut sur la petite scène des Menus- Plaisirs.

On se souvient de l'immense vogue de cette nouvelle édition. Pièce et musique allèrent aux nues.

La voici arrivée à sa troisième incarnation.

L' opérette-bouffe est devenue un opéra-féerie et l'opéra d'aujourd'hui exige plus de monde sur la scène de la Gaîté que Fopérette d'autrefois n'attirait de spectateurs dans la salle microscopique des Menus- Plaisirs.

Un public choisi et ne demandant qu'à s'amuser à cette première tant attendue.

L'opéra- féerie de la Gaîté s'adresse surtout aux enfants et aux familles; on y a accumulé, en fait de ballets, de défilés et de trucs, tout ce qui peut divertir les enfants ; mais ce soir ce n'est pas devant des coN

légiens ni devant les babys qu'on joue. Ah ! mais non. A de rares exceptions près, je ne vois que des majeurs. Les dames elles-mêmes ont dépassé l'âge des jeux innocents.

Le rideau est levé sur le premier acte — la place de rhôtel de ville de Curaçao en Brabant (ne cherchez * pas cela sur la carte géographique, M. Verne est resté étranger à l'affaire) — et les costumières travaillent encore aux costumes du second. On coud, on rogne, on ajoute. On entend dans les couloirs des loges d'ar« tistes des cris désespérés.

— Je n'ai pas mes bottines !

— Je n'ai pas mes cheveux I

— Jamais je ne serai prête I

— Mon maillot a craqué dans le dos I Tout le monde a la fièvre.

Le foyer est plein d'enfants qui se préparent pour le défilé. Il y en a une centaine au moins. C'est tout un petit peuple à gouverner, et un petit peuple difficile, allez l

Je vois une marquise de huit ans, qui pleure à chaudes larmes.

— Qu'as-tu, gamine?

— J'sais pas oîi est ma maman... j'ai perdu ma maman!

Gôdin, le chef machiniste, a gardé tout son sangfroid. Il commande d'une voix calme et brève. Le sort de la bataille est entre ses mains.

Premier ballet : nounous et bébés, en l'honneur de la Saint-Poupart, un saint qui n'a rien de commun avec l'auteur de la Maîtresse légitime.

C'est un ballet comique pour lequel Grévin a inventé des costumes qui sont les chefs-d'œuvre du genre.

Les nounous se sont peut-être pas tout à fait conformes à celles qu'on voit aux Tuileries et au Palais- Royal, mais il ne faut pas oublier que ce sont des nounous moyen-âge.

Telles qu'elles sont, elles m'ont paru charmantes avec leurs jupes blanches écrues, garnies de rubans roses en zigzags et des dessus gris perle à appliques roses. Sous le grand bonnet de génisse — c'est le terme exact — les frimousses se dessinent gentiment et quand, toutes assises, elles se mettent à bercer leurs bébéi dans leurs bras, doucement, en mesure, le coup d*oeii est d'une originalité bien gracieuse.

Aux nounous se mêlent de jolis larbins tout rouges; puis des enfants prodiges en roulières, coiffés d'énormes bourrelets à rubans roses et bleus; des pioupiûus fantaisistes, des laitières blanches et noires, des moutards de toutes les tailles. C'est un mélange de grand effet et admirablement réglé.

— Ma foi, disait un monsieur qui s'engage volontiers dans les corps... de ballet, cela me donne envie de retourner en nourrice !

Le deuxième acte se termine par le fameux final, aussi célèbre que celui d'Orphée: le départ pour la Palestine.

Le décor représente la grande place de la ville de Curaçao.

Les maisons de briques rouges aux toits pointus.

sont bien en harmonie avec les oriflammes et les ban* deroUes multicores dont elles sont pavoisées. Les tours de formes bizarres et tourmentées, rappellent le Kremlin de Moscou. Les lointains sont doux et lumineux.

Dans ce finale, il s'agissait de refaire le défilé d'Or* phée sans refaire le défilé A^Orphée.

On a eu recours aux enfants. On aime tes enfants au théâtre. OfFenbach en a mis partout. Ce sont des enfants qui nous présentent les moyens de locomotion passés et présents^ depuis l'arche de Noé jusqu'au chemin de fer, en comprenant la brouette, le char an^ tique, Tautruche, le chameau, )e palanquin chinois, le canot, la gondole, le vapeur, la frégate, le carrosse doré, la chaise à porteurs, le petit panier cher aux cocottes, la diligence, le ballon, le traîneau, tout ce qui se meut, par la vapeur ou par la mécanique, tout ce qui roule, tout ce qui flotte, tout ce qui nous porte et nous transporte, sur terre, sur mer, et dans les cîeux.

Les charmants costumes microscopiques du défilé ont été dessinés par Stop.

Quatrième acte. Le palais des Diamants, le ballet des Enchanteresses, la cour d'Amour d'Armide, le défilé des Amoureux, une orgie de lumières et de couleurs, des nymphes roses,, mauves, des aimées, des amazones, des diamantines, des scintillements de cuirasses et de boucliers, de diamants et de topazes, des entassements de fleurs d'argent, une forêt de lances, des chairs, des maillots, des chansons à boire^ des tyro-

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liennes, des pirouettes, des groupes, que sais-je?

Le cinquième acte est à l'apothéose, une merveille de MM. Greeve and son de Londres.

C'est dans cet acte qu'on nous montre Genevîève- Perret et sa suivante Angèle, costumées selon la com« plainte :

Le comte aussitôt faisant sa poursuite, Pour la tirer de ce lieu promptement.

Vit la figure

D'une créature Qui était nue auprès de son enfant.

Les pauvres femmes persécutées, pour être agréables à la censure, ont trouvé des peaux de bique dans la forêt. Mais enfin la complainte y trouve encore son compte.

Deux heures sonnent à Thorloge des Arts-et- Métiers.

La Gaîté a fermé ses portes. Des couples affamés descendent le boulevard Sébastopol. On va prendre d'assaut les cabinets des restaurants.

Assez de Brabant^ la parole est à Brébant!

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