MARS 1875 III
tervalle assez long, il est vrai; mais avec laquelle la glace est déjà rompue.
Par exemple, ceux qui s'attendaient à revoir le petit bambin, jadis applaudi place de la Bourse, ont dû être quelque peu surpris. Fanfan Benoiton a grandi, mais grandi dans des proportions étonnantes. C'est aujourd'hui une jeune fille de seize ans qui ne rappelle plus que par son aplomb imperturbable Tétoile précoce du Vaudeville.
La direction de Cluny n'a pas voulu monter une pièce de Claretie sans faire quelques dépenses .
L'action se passant de nos jours et dans un milieu assez bourgeois/ elle ne pouvait -*- cela va sans dire — se payer des toiles de Chéret, mais elle s'est rattrapée sur le luminaire.
Jamais on ne vit autant de bougies dans une comédie de ce théâtre. Au second acte — une réception au ministère des travaux publics — j'ai compté jusqu'à soixante lumières.
C'est un luxe sans précédents.
Mais, par exemple, ce déploiement inusité de mise en scène nous a valu des entr*actes d'une longueur peu commune. On se serait cru à la première d'une féerie. Pendant l'entr'acte qui précédait la soirée chez le ministre, comme le rideau tardait à se lever :
— On a peut-être renversé le ministère I a dit Carolus Duran.
Un homme bien préoccupé, c'était Ernest d'Hervilly. Il arrivait en droite ligne de la £Dire aux jambons» d'où il avait rapporté un énorme saucisson. Comme il
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demeure à Vaugirard, il avait laissé le saucisson dans son pardessus et son pardessus au vestiaire.
Les scènes succédaient aux scènes, Laferrière pleurait, Fanfan minaudait, Péricaud pérorait ; mais la marche de la pièce n'occupait pas d'Hervilly, il ne s'inquiétait pas du dénouement, il n'avait qu'une seule pensée :
— Mon saucisson est-ii toujours dans mon pardessus ?
Enfin, après le second acte oti tout le monde déserte le salon du ministre en disgrâce, d'Hervilly, n'y tenant plus, a disparu en me disant :
— Je vais voir si mon saucisson n'est pas au nombre des ingrats I