‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 4)Chapitre 21 sur 74 · LA REVUB DES DEUX MONDES · texte numérisé non relu

LA REVUB DES DEUX MONDES

23 mars.

Jusqu'à présent le public n'avait guère pu s'apercevoir du changement de direction au Vaudeville. En prenant le théâtre, MM. Deslandes, Roger et Bertrand jeune avaient été forcés de se contenter de la maigre succession laissée par leurs prédécesseurs. Puis ils avaient monté à la hâte un spectacle coupé. Tout cela ne comptait pas. C'est d'aujourd'hui seulement que commence en réalité leur direction.

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Et, pour leur début, ils ont tenté de frapper un grand coup : le Vaudeville, le théâtre de Marcelle et de Berthe d*Estrées^ vient de donner une revue ! Une revue avec des costumes et des flonflons.

On pourrait, il est vrai, trouver que cette revue arrive un peu tard — ou un peut tôt — les auteurs l'avouent de la meilleure grâce en l'appelant sur l'affiche : a Revue de commencement d'année. » Mais qu'importe? Il s'agissait de changer un peu Tair et de voir si les couplets de Clairville feraient meilleure figure dans ce théâtre élégant et coquet que les tirades médicales et pharmaceutiques de Dennery ou les inventions philosophiques de M. Henri Rivière.

Le collaborateur de Clairville pour la Revue des Deux Mondes est un jeune homme, M. Abraham Dreyfus, l'auteur à' Un Monsieur en habit noir et de la fameuse conférence pour Berthelier, Ne la tue pas, qui eut tant de succès aux Variétés.

Depuis le jour où il parodia si spirituellement V Homme-femme de Dumas fils, on ne l'appelle plus dans les coulisses qu'Abraham Ne la tue pas.

La revue a été montée en douze jours. C'est un véritable tour de force, surtout dans un théâtre comme le Vaudeville, où la pièce faisait l'effet d'une machine mille fois plus compliquée que toutes les féeries du monde.

Songez donc qu'il y a des trucs dans la Revue des Deux Mondes ex dQs changements à. vue. Les machinistes n'en revenaient pas !

Et les musiciens ! Habitués aux courts trémolos

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des comédies qui leur permettaient de savourer à Taise, pendant une partie de la soirée, les émouvantes péripéties de plusieurs romans-feuilletons, les voilà forcés d'accompagner sans relâche, ne trouvant pas une minute pour se reposer. Ils sont morts de fatigue!

Les coulisses, assez tristes d'ordinaire, sont animées au possible. Tout le monde est sur le qui-vive. C'est un va-et-vient perpétuel. Et de jolies petites femmes, et des costumes, et des entrées, et des sorties, et des habilleuses qui courent affairées, et le régisseur qui se démène. Mon Dieu ! que nous sommes donc loin de la maison de santé de Marcelle!

Le Vaudeville a, pour la circonstance, renforcé la partie féminine de sa troupe.

A part mademoiselle Massin, je ne vois que des visages nouveaux.

Mademoiselle Massin joue un reporter en jupons — et en bien jolis jupons. Ses beaux yeux spirituels, son petit nez si mutin et sa bouche mignonne, véritable nid de sourires, plaident bien la cause de mes confrères en journalisme.

Ah ! s'il y avait beaucoup de reporters comme mademoiselle Massin, je connais quelqu'un qui ne dirait plus de mal de la corporation.

Mademoiselle Darcourt arrive du théâtre du Château-d'Eau. C'est M. Cogniard qui Ta découverte. Son premier costume de rosière est bien gracieux. C'est une robe courte en faille blanche garnie de rubans de velours bleu : large ruban de velours bleu sur lequel se trousse le pouff de la robe et qui sert de ceinturera

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un coquet petit tablier de batiste bordé de matines. Bonnet en malines avec rubans de velours bleu.

Autre débutante : mademoiselle Réjane.

C'est elle qui vient dire le prologue de la Revue,

Mademoiselle Réjane n'est pas une inconnue pour le public des premières.

Depuis deux ans il là voit, accompagnée de sa mère, à toutes les représentations, aux plus grandes comme aus plus petites et, bien certainement, en ces deux ans, on m'a demandé, à moi personnellement, plus de deux cents fois:

— Quelle est donc cette jeune fille si gentille, qui a l'air d'une élève du Conservatoire ?

Et, plus de deux cents fois, il m'a fallu répondre :

— C'est mademoiselle Réjane.

La voilà qui, de la salle, passe sur la scène. On l'a accueillie comme une ancienne connaissance. Mais comment va-t-on s'y prendre pour donner des premières représentations sans elle maintenant ?

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