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LES RUSSES A VENTADOUR

,er avril.

A l'Exposition de 1867, on pouvait, en quelques enjambées, passer de TÉgypte en Russie et de la Russie en Grèce; en ce moment, il suffit d'aller faire une excursion aux Italiens pour se figurer qu'on passe une soirée dans un théâtre de Moscou.

Pendant que Judic joue Madame V Archiduc k Pétersbourg, des comédiens et des chanteurs russes sont venus à Paris représenter une espèce de mélodrame d'un auteur russe et d*un compositeur russe, dans lequel, au milieu d'une intrigue russe, on voit des mœurs russes, des costumes russes et des danses russes accompagnées de chants russes.

La Russie nous enlève assez d'étoiles pour nous devoir une compensation de temps en temps. Elle nous

avait déjà envoyé le prince Lubomirski, et à l'aimable romancier elle vient d'ajouter la troupe d'un de ses théâtres nationaux — troupe d*autant plus séduisante qu'elle s'exprime dans une langue qui nous est absolument inconnue.

Ah 1 la voilà, la véritable jouissance. Passer une soirée au théâtre à écouter des gens qu'on ne comprend pas, se reposer ainsi de toutes les inepties qu'on a la déplorable habitude de nous débiter en français dans les théâtres ordinaires, se figurer qu'on voit jouer un chefd'œuvre, s'intéresser au sort d'un personnage qui n'est probablement pas intéressant, en maudire un autre qui est peut-être le seul homme sympathique de la pièce, applaudir de confiance parce qu'on applaudit autour de vous, rire de ce qui devrait être pris au sérieux et prendre au sérieux ce qui est risible, voilà un plaisir comme on ne peut en goûter tous les jours, un plaisir de blasé — c'est possible — mais si tous les blasés de Paris se rendent à Ventadour, la salle ne cessera d'être comble.

Ce n'est pas de blasés que la salle est pleine pour le moment, mais de Russes.

La colonie russe, dont il est si souvent question dans les échos mondains des journaux, est visible tous les soirs aux Italiens. — Elle est ravie, la colonie !

Les personnages en off et en skoi dont elle se compose occupent les meilleures places du théâtre. Et ils lorgnent curieusement les visages étonnés et les bouches béantes de tous ceux qui ne comprennent pas le russe comme eux.

Seulement un fait étrange s'est produit.

Grâce à la note explicative en français qu*on se procure dans la salle, on peut, si Ton y tient absolument, suivre toutes les péripéties de la Noce russe au XVP siècle.

Ceux qui ne parlent pas le russe sont naturellement tous munis de l'analyse que dédaignent ceux pour lesquels la langue des boyards n'a pas de secrets.

Or, aux dernières répétitions du drame de M. Soukhonine, on s'était dit qu'après tout le public français ne viendrait que pour les chants, les danses, les costumes et la mise en scène, et, peu à peu, on avait supprimé la plus grande partie du dialogue.

Ce qui fait que les spectateurs comprenant le russe ne comprennent plus la pièce, tandis que ceux qui ne comprennent pas le russe la comprennent admirablement.

La vue seule de l'affiche produit une sensation des plus étranges. Les noms des personnages d'abord : le boyard Gwozdefi, la boyarine Stéphanide, le bouffon Eremka, la nourrice Kandratiewna, le prince Sontoeff, le cousin Sabouroff — le cousin Sabourofifl une vraie trouvaille pour Meilhac et Halévy — le boyard Froukouroff, le prince Bouinosofî, la princesse Zatsépina*

Puis les noms des acteurs : MM. Milosslawskoy^ Wassilieff-Rutsch, Nikiforofif, et mesdames Lit vina, Moskvina, T^llanoya, Pousskova. Sans compter que tout ce monde-là passe de la Svetlitza dans le Terem et exécute la Tripaka après avoir dansé le Hovorod*

Si vous avez des bègues dans votre famille , une

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simple lecture à haute voix chaque matin, des'' quelques lignes ci-dessus est certainement le meilleur traitement à leur recommander.

Le principal rôle de la pièce, celui du boyard Gwozdeff, est tenu par M. Milosslawskoy, qui est en même temps — c'est Paffiche qui le dit — le régisseur et le metteur en scène du théâtre national de Moscou.

Ce que Taffiche ne dit pas, c'est que M. Milosslawskoy est, après Rossi, le meilleur Hamlet et le meilleur Othello qui existe. Eh bien ! Voyez ce que c'est. Personne à Paris n*ignore le nom du tragédien italien, celui de Tacteur russe ne sera jamais connu : les lois de l'euphonie la plus élémentaire s'y opposent absolument.

Par exemple, ce qu'on ne saurait trop louer, ce qui se comprend dans toutes les langues du monde, c'est la richesse et l'originalité de la mise en scène. C'est un luxe de broderies, une orgie de brocarts, de draps d'or et d'étoffes lamées qui ne peuvent manquer d'attirer le public à la salle Ventadour pendant les représentations de la troupe de Moscou.

Pendant un entr'acte, je cours dans un café du passage Choiseul et j'ingurgite quelques petits verres de kummel. Revenu à mon fauteuil, je ne tarde pas à en ressentir les effets bienfaisants : l'intrigue de la pièce m'intéresse bien plus qu'aux actes précédents.

Je suis sûr que si j'avais eu l'idée de manger du caviar à mon dîner, j'aurais saisi toutes les finesses du dialogue.

Maisy croyez-moi, si vous allez à la Noce russe —

et il faut y aller — n'essayez pas de comprendre : vous vous amuserez bien mieux.

UN DRAME sous PHILIPPE II

14 avril.

UOdéon a la spécialité des belles premières, mais celle de ce soir compte certainement parmi les plus brillantes que j'y aie vues.

L'auteur, pourtant, est un nouveau, un jeune, un débutant ou à peu près : il s'agit de quatre actes en vers, et le titre de la pièce dit suffisamment qu'il ne faut s'attendre à rien de follement gai. Mais, depuis la Fille de Roland^ une première pièce en vers a d'autant plus d'attrait que son auteur a été moins joué; chacun veut maintenant — pour peu qu'il s'agisse de découvrir un poète nouveau — avoir sa part dans la découverte. Il est de bon ton de pouvoir dire : « Encore un peu d'inexpérience, mais il arrivera. C'est un excellent début ! » On cesse d'être un homme frivole le jour oîi l'on a pu s'écrier, dans un couloir de théâtre : «J'affirme que ce sera quelqu'un ! »

Depuis qu'on parle du Drame sous Philippe II et de son jeune auteur, M. Georges de Porto-Riche, j'ai lu, dans une foule de journaux, ce renseignement : Mj

de Porto-Riche est le fî^s d*un millionnaire. C'est un Tait qui a paru énormément surprendre mes confrères. Il me semble pourtant qu'il n'est pas absolument nécessaire de mourir de faim pour faire des vers. Un jeune homme riche peut avoir le goût et l'entente de la scène aussi bien qu'un jeune homme pauvre, et le temps n'est plus oti les pères de vaudeville aimaient mieux donner leurs filles à des épiciers qu'à des hommes de lettres.

A force d'entendre répéter pourtant que M. de Porto-Riche se proposait de prodiguer les présents à l'occasion de sa première, une partie des spectateurs s'attendait à une distribution de cadeaux dans les entr' actes :. des bijoux pour les dames et des cigares pour les hommes. Quant aux artistes, inutile de dire qu'ils considéraient leur avenir comme assuré. Rousseil devait évidemment recevoir une rente viagère, Gil-Naza une mine de charbon en Belgique , Masset des terres en province et Tallien une maison, dans Paris. Les simples figurants devaient se contenter de voir leurs appointements doublés tant que dureraient les représentations du drame. Quant aux musiciens chargés de la musique de scène, ils ne paraissaient avoir droit qu'à de modestes gratifications variant entre cinq cents el mille francs.

Je ne sais si l'attente des artistes sera ou ne sera pas déçue, mais je puis affirmer que les spectateurs n'ont rien eu.

On a beaucoup vanté d'avance la mise en scène de la nouvelle pièce de TOdéon .

Si la pièce de M. de Porto- Riche est montée avec ce 5oin et cette recherche^ elle le doit en partie au succès de la Maîtresse légitime.

On sait que la jolie comédie de M, Poupart-Davyl n'inspirait pas au directeur de TOdéon une confiance exagérée. M. Duquesnel comptait sur une quarantaine de représentations «- cinquante au plus.

Heureusement, il se trompa. La Maîtresse légitime alla aux nues. Au lieu d'avoir six semaines pour répéter Philippe 11^ M. Duquesnel eut quatre mois.

Que faire pendant quatre mois ?

S'occuper de la mise en scène, parbleu l M. Duquesnel est né collectionneur. Il éprouve une joie énorme à dénicher, dans des endroits ignorés, les étoffes rares, les armes de prix et les cuivres d*époque. Il alla donc à la recherche de meubles, de tapisseries et d*armes datant de Philippe II. Il fit venir d'Espagne des photographies prises sur les portraits de Sa Majesté Catholique ; il envoya prendre dans la cathédrale de Burgos le dessin d'un lustre du temps qui s'y trouvait. C'est la copie exacte de ce lustre qui figure dans le décor de FEscurial, au premier acte; bien qu'il soit en zinc doré, il a coûté — grâce à la main d'œuvre — 2, 5 00 francs. Les lampadaires du fond sont conformes au lustre.

Rousseil, qui, dans le principe, ne devait avoir que deux costumes, en eut quatre ; il en fut de même pour Masset.

On étudia plus longuement les décors ««-de fort jolis décors brossés par Zara. — Au lieu de se contenter.

pour la sarabande du premier acte et pour Iq Miserere du second, de la première musique venue, on pria Massenet d'en composer tout exprès. Massenet accepta à titre de complaisance amicale. Il arrangea et orchestra une sarabande des plus originales, avec un air de danse espagnol du seizième siècle et se souvint d'un chant d'église du quinzième siècle qu'il avait entendu un Jour, à Rome, pour son Miserere de la fin, si dramatique et si émouvant.

Pour vous donner une idée des prodigalités auxquelles le directeur de TOdéon s'est laissé entraîner, je veux vous décrire les costumes de mademoiselle Rousseil. Elle en a quatre ; je citerai seulement les deux premiers, qui ont produit le plus d'effet.

Le premier est en étoffe moderne, mais c'est la reproduction d'une robe du seizième siècle qui figure dans le tableau des Noces de Cana. Le fond est jaune pâle antique, avec appliques découpées en satin et velours de toutes nuances reliées par des fils d'or. La coiffure à la Diane de Poitiers en pierres de toutes couleurs. Rien de curieux comme cette robe aux dessins bizarres, aux couleurs heurtées. C'est un fouillis d'arabesques, une harmonie de tons criards, qui présente à l'œil quelque chose de réellement orginal. Ce costume est un véritable ouvrage de patience : il a fallu découper un à un tous ces morceaux et les coudre ensuite à la main pour les relier entre eux et les disposer conformément au dessin. Aussi est-il destiné à un grand succès de lorgnettes.

Le second costume est en étoffe orientale du seizième

siècle, dite satin d*Alep. C'est un drap d'or sur lequel est appliqué un tissu de soie rouge qui forme feuillage avec le drap d'or. Le scintillement de cette étoffe est merveilleux,

A propos de ce dernier costume, on me donne un détail assez amusant. M. Duquesnel, en découvrant ce riche tissu, avait été réellement ébloui et ce n'est qu'à grand'peine qu'il s'est décidé à l'employer pour un costume. Il voulait en faire recouvrir un meuble. Pourtant il a fini par en prendre son parti, mais sans pour cela renoncer à son idée.

— Bah ! s'est-il dit, quand la pièce sera finie, l'étoffe me reviendra.

Mais je vois d'ici ce qui arrivera : si le Drame sous Philippe II se joue longtemps, le directeur de l'Odéon ea sera certainement enchanté, mais le collectionneur et l'açiateur de meubles ne pourra pas voir sans quelque regret ce succès prolongée A partir de la cinquantième, il sera sombre, inquiet, voyant avec peine les belles recettes succéder aux belles recettes et la pièce se tenir victorieusement sur l'affiche.

Plus on approchera de la centième et plus son ennui augmentera. Peut-être même un soir finira-t-il par n'y plus tenir et s'élancera-t-il sur la scène, interrompant une tirade trop passionnée de l'actrice par ce cri du cœur ;

— Mais vous m'abîmez mon canapél

IK

126 SaiRÉBS PARISIBNNES

COMTE KOSTXA

i5 avril

Le Gymnase avait bravement annoncé son spectacle pour huit heures moins le quart. Mais il faudra bien que les directeurs renoncent à des mesures aussi radicales. A huit heures, la salle était complètement vide. A huit heures un quart, quelques flâneurs ont paru sur le perron, fumant, causant, nullement pressés d'entrer. A huit heures et demie enfin^ quand le rideau s'est levé sur le premier acte, l'orchestre n'était rempli qu'à moitié.

Que de couleur locale I Non seulement M. Mon- . tigny a demandé à M. Lacoste — celui qui dessina les costumes des Merveilleuses^ aux Variétés — des cestûmes danubiens ; mais il a donné un bout de rôle à mademoiselle Pierslii, qui porte un nom polonais, bien qu'elle soit de Bordeaux, et un autre à un acteur qui répond au nom de GanglofF.

Madame Pasca qui, cachée dans une baignoire, représentait la Russie, a dû être satisfaite.

Le Gymnase est toujours, comme par le passé, un théâtre parfaitement bien fréquenté ; il est dirigé par un des meilleurs directeurs de Paris; ses premières représentations sont pour la plupart intéressantes, et les pièces qu'on y joue, sans être toujours des chefsd'œuvre, se recommandent à la critique par des qualités littéraires qui font trop souvent défaut ailleurs.

Pourtant, il est incontestable que, depuis quelque temps, il manquait au Gymnase ce je ne sais quoi qui, d'un succès d'estime, fait un succès d'argent et attire la foule à flots pressés au bureau de location.

D'oîi cela pouvait-il bien provenir ?

Mon Dieu ! c'est que les théâtres ressemblent un peu au pâté d'anguille de La Fontaine que Pon trouve excellent, mais à la condition de ne pas en manger toujours. M. Montigny s'est parfaitement rendu compte de la chose ; aussi s'efForce-t-il par tous les moyens possibles de varier la nourriture de son cher publie ,

Mais comment empêcher Landrol d'être toujours Landrol; Pradeau et Pujol de continuer A paraître Pujol et Pradeau ? Pendant que le directeur du Gymnase cherchait à résoudre ce difficile problème, on lui apporta le Comte Kostia,

Le Comte Kostia^ une pièce valaque !

— Voilà mon affaire, s'écria-t-il, un drame à costumes, à costumes étranges... Je suis sauvé !

Le fait est que lorsque le rideau s'est levé sur le premier acte, j'y ai été pris moi-même.

— Qu'est-ce à dire, s'est-on demandé, la troupe du Gymnase a-t-elle donc fait entièrement peau neuve ? Je ne connais pas ce gros homme ni ce blond à fortes moustaches, ni ce noble boyard si fièrement campé sur ses Jarrets.

Le gros homme était Pradeau, le blond, Landrol, et le boyard était Pujol .

Par exemple, Villeray fait exception et porte la re-

dingote contemporaine. Il en était d'autant plus désolé que la pièce se passant vers i83o, il devait avoir un costume de l'époque, très réussi, paraît-il, et qui le déguisait aussi le mieux du monde. Mais comme Villeray joue le rôle d'un Parisien pur sang, arrivant tout droit de la capitale, on craignit que le costume de i83o ne formât pas un contraste assez frappant avec ceux de ses camarades, et le pauvre artiste dut se résigner à s'habiller ce soir prosaïquement comme vous et moi.

Mademoiselle Tallandiera, qu'oa appelle aussi — m'affirme-t-on — la princesse Cleo, a des costumes un peu trop criards. Tour à tour habiHée en garçon et en femme, je ne Taime ni en culotte, ni en jupons. Mais quels yeux superbes, quel regard étrange, perçant, à la fois méchant et caressant! Et comme on comprend la quasi-célébrité dont elle jouissait avant d'avoir eu la fantaisie de jouer la comédie.

Le costume sévère du boyard moldo-valachîen va fort bien à-PujoL

Mais je ne puis me figurer que Grégory Ganesco, s'il était resté dans son pays, se serait habillé ainsi !

La pièce de MM. Victor Cherbuliez et Raymond Deslandes était à l'étude depuis deux mois et pourtant on ne Ta guère répétée plus de quinze jours. Voici pourquoi :

On sait quelle part active prend M. Montigny à tous les ouvrages représentés sur son théâtre. Malheureusement, il tomba malade presqu'immédiatement après U lecture de la pièce nouvelle. Il donna Tordre de eon-

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tînuer les répétitions. On lui obéit. Mais, le maître n'étant pas là, on répéta sans conviction^ sachant bien que lorsqu'il serait rétabli, il faudrait oublier tout ce qu'on avait appris pour apprendre autre chose, ce qui ne manqua pas d'arriver.

On répara vite le temps perdu, et on se dépêcha si fort que le matin même de la première, auteurs, directeur et artistes remaniaient un acte entier — ce dont personne ne s'est aperçu ce soir.

Le mot de la sortie :

— On dirait la Noce russe traduite pour le Gymnase \

16 Avril,

Il faut que « les vieux » en prennent leur parti, le théâtre, en ce moment^ appartient aux « jeunes! »

C'est ce que je me disais, ce soir, en retournant à rOdéon où le Drame sous Philippe II se dessine en succès d'argent.

La plupart des auteurs célèbres ont fait leur temps ; ils n'ont plus la veine.

La fortune ne sourit guère qu'aux nouveaux venus.

La saison théâtrale a été curieuse à ce point de vue : la plupart des écrivains dramatiques dont la réputation n'est plus à faire n'ont eu que des fours, tandis que les

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inconnus, les débutants» ont vu le public leur prodiguer ses faveurs.

Qu'on me cite, à part la JBou/e, un grand succès de rhiver dernier dû à des dramaturges ou à des vaudevillistes éprouvés. Je n'en vois pas.

Le Tour du Monde lui-même, bien que Dcnnery y ait collaboré, ne doit son immense vogue qu'à la popularité universelle dont jouissent les romans de Verne — un nouveau venu au théâtre.,

Qu'avons-nous eu aux Français? La Fille de Ro' land et rien autre.

A l'Opéra-Comique ? Carmen d'un musicien de la nouvelle école.

A rOdéon? La Maîtresse légitime^ et aujourd'hui le drame en vers de M. de Porto- Riche.

Aux Bouffes ? Madame V Archiduc d'Albert Millaud, porté — je le veux bien — par la musique d'Offenbach, mais Offenbach a le privilège de ne pas vieillir.

A la Renaissance? Giroflé-Girofla par deux Jeunes auteurs en collaboration d'un jeune musicien dont le grand succès ne date en somme que de la Fille de ma-' dame Angot^ c'est-à-dire d'il y a deux ans.

Aux Variétés? Les Trente millions de Gladiator^ de Labiche, mais de Labiche doublé d'un jeune : Philippe Gille.

Par contre, nous ne trouvons guère à l'actif des « vieux » que le Chemin de Damas au Vaudeville, sans compter plusieurs ouvrages sans importance, et dont il ne reste même pas un titre.

AVRIL 1875 l3î

Malgré cela, les directeurs continuent à assiéger la porte des auteurs consacrés, tandis que tous les succès des nouveaux ont dû être, pour ainsi dire, surpris et enlevés d'assaut.

Seulement 1 élan est donné et l'époque n'est pas loin oti la victoire des jeunes sera complète et définitive.

Quel rêvët 11 sufHra alors d'être inconnu pour inspirer confiance.

Aux nouveaux, les distributions hors ligne, les engagements d'étoiles, les meilleurs mois de l'année, les mises en scène luxueuses, les premières à sensation, les fof tes primes et les soupers de centième !

Quand ils se présenteront au théâtre, les portes s'ouvriront toutes grandes. Plus de stations dans Tantichambre des directeurs: ils seront chez eux.

Les anciens, au contraire, seront oubliés. Quand ils arriveront, le garçon de bureau les regardera avec méfiance. Le directeur s'excusera de ne pas les rece-voir. Si on les monte, ce sera Tété, avec des doublures et sans dépenser un sou. Leurs pièces ne seront lues qu'avec des réticences et des hésitations sans nombre.

— - Un peu faible, votre quatrième acte, leur dira-ton. Je connais un jeune homme à qui vous ne feriez pas mal d'aller demander quelques conseils.

Enfin «^ ô prodige ! — on verra Dennery, ou Bafrière^ ou Clairville, allant, timides et rougissants, dépo-^ ser un manuscrit chez le concierge d'un théâtre où naguère ils régnaient en maîtres.

Ils iront à travers la ville, exhalant leur plainte à tous les échos» maudissant l'invasion qui les aura dé-

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possédés et on les entendra poisser cette exclamation de colère :

— Place aux vieux 1

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