‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 4)Chapitre 44 sur 74 · LE PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR

17 Septembre.

Quelques malheureux journalistes ont été condamnés à assister ce soir au Théâtre -Français, où le thermomètre ne marquait pas loin de quarante degré, à la reprise du Philosophe sans le savoir.

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Ces martyrs de la critiqué semblaient supporter leur supplice avec une résignation digne des plus grands éloges.

Ils se sont bornés à se regarder en souriant lorsque le vieux Vanderk, recommandant au fidèle Antoine d'être discret, lui a dit :

— Et surtout que rien ne transpire ici !

Mais ils n*ont pas laissé échapper une plainte et je n'ai pas entendu une seule protestation.

Ce que je n'ai pas compris, par exemple, c'est que des personnes qui n'y étaient pas obligées et qui m'ont paru jouir de toutes leurs facultés mentales aient consenti^ de gaîté de cœur, à s'enfermer pendant deux heures consécutives dans une salle devenue serrechaude.

C'est pourtant ainsi. Il y avait, en dehors de la presse, énormément de monde aux Français.

La comédie de Sedaine eut, lors de sa première appa* rition, en lyôS, vingt-huit représentations consécutives, d'était là le plus brillant succès de Tannée* Comme ce chiffre de vingt-huit représentations nous paraît mesquin aujourd'hui ! Maintenant, quand une pièce n'est pas jouée pendant une année au moins, on en discute la réussite. Les auteurs qui ne peuvent amener que le chiffre cent sont considérés comme des auteurs malheureux.

Il m'a semblé qu'on a perdu l'habitude, aux Français, d'imiter le bruit de la chaise de poste dans les coulisses. Les grelots tintent faux, c'est à peine si l'on

dislinguî le fouet du postillon. Voilà toute une éducation à faire, monsieur le régisseur.

L*apologie de Thonnête négociant par le philosophe Vanderk a été particulièrement bien accueillie dans la loge du Journal des Débats,

M. Bapst était rayonnant et tout le monde rayonnait autour de lui.

En somme,<soirée peu animée. MM. les directeurs feront bien de retarder les nouveautés qu'ils sont sur le point de lancer. La chaleur excessive rend le public ort difficile. J'ai dit que la salle était pleine. Elle était peu intéressante. Dans une loge, je remarque un trio charmant : la femme, le mari... et l'ami.

La femme paraîf heureuse, l'ami empressé et le mari content.

— Voilà, me dit-on, le véritable philosophe sans le savoir.

i8 septembre.

Il me vient un scrupule terrible.

Est-ce qu'en reprenant, au i«' septembre, mes causeries quotidiennes sur le théâtre, je n'ai pas été victime d'une déplorable erreur ? Pour être à mon poste à la date fixée, je quitte précipitamment les douceurs de

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la vilIé-Mature, je boucle fiévreusement mes malles, j'accours... me voilà arrivé I

Et je ne vois que des gens qui partent : les uns pour la chasse, les autres pour les bains de mer, les autres pour n'importe où. Tout le. monde s'en va, personne ne revient. Sommes-nous au mois de juin ou au mois de septembre, et ne vais-je pas lire de nouveau sur les affiches de théâtre la formule sacramentelle :

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