DE LA PLACE DU CHATELET
N& dirait-on pas que non-seulement les théâtres, mais la place tout entière du Châtelet, y compris la fontaine et la Chambre des notaires, sont à M. Castellano? Ce n'est plus de la direction cela, c'est un commencement de royauté.
La salle est assez bien garnie, et surtout fortement chauffée. Il est vrai qu'on reprend les Chauffeurs^ un vieux drame d'Eugène Sue.
Au moment oti j'arrive à mon fauteuil, je suis frappé par la tête que s'est faite M. Guillot, qui joue le rôle de Joffre.
M. Guillot ressemble à M. Thiers d'une façon étonnante ; il est, de plus, doué d'un léger accent marseillais.
M. Guillot s*est-il fait la tête de M. Thiers parce qu'il parle marseillais, ou aSecte-t-il l'accent marseillais parce qu'il ressemble à M. Thiers ?
C'est ce que j'ai essayé d'approfondir en vain.
Le mot de la soirée, — le seul.
Au troisième acte, les chauffeurs attaquent le moulin de madame Dumoustier.
NOVEMBRE 1875 SOQ
Le chef, s'adressant à ses soldats qui hésitent, leur dit:
— Je brûle la cervelle au premier qui ne se fera pas tuer !
Franchement, ces pauvres gens n'ont pas assez de choix.
Pendant que la fusillade grondait au Châtelet, le canon tonnait au Cîrque-d'Hiver.
Ehl mon Dieu^ oui... le canon. Les fusils en bois de VOurs et la Sentinelle ont fait leur temps.
Savez- vous ce qu'on y met dans ce canon ?
De la poudre I — Naturellement.
Et avec cela ?
Un homme!
Un homme obus f I
Une concurrence au Voyage dans la Lune,
A Tune des extrémités du Cirque, au-dessus de l'orchestre, un canon ; de l'autre côté, un trapèze. Un homme entre dans le canon, le coup part, et on voit rhomme traverser l'espace, puis saisir le trapèze au vol.
Voilà, dans toute sa simplicité, le nouvel exercice que trois mille personnes viennent d'applaudir au Cirque. Ne me demandez pas si le canon est à truc; je rignore. Mais ce que je vous affirme, c'est qu'on n'a jamais vu, dans aucun cirque du monde, un spectacle plus émouvant.