LA MORALE AU THÉÂTRE
9 décembre.
On prépare, pour dimanche prochain, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, une matinée dont on s'occupait beaucoup, ce soir, dans le monde des coulisses. Ce n'est pas à cause de la pièce qu'on y jouera, non. C'est encore une question de conférence. M. Paul Féval va ajouter un pendant à son fameux Théâtre moral^ qui fit tant de bruit l'année dernière. Comme il a vu, que sa croisade contre l'art dramatique moderne n'a absolument servi à rien, il a l'intention de la recommencer. Si cela ne fait pas de bien au théâtre, cela ne fera pas de mal à M. Paul Féval. Voilà l'important.
Quant à l'art dramatique, il peut facilement se passer de tous ceux qui lui flanquent, à tout propos, des sermons à la tête.
Certes^ la morale a du bon.
C'est la base de la société, la pierre sur laquelle repose toute chose. La morale est une plante dont la racine est dans le ciel et dont les fleurs et les fruits parfument et embellissent la terre, a dit Lamennais.
Mais La Fontaine l'a rimé :
Une morale nue apporte de Tennui, Le conte fait passer le précepte avec lui.
Et Paul-Louis Courier a ajouté :
— Toute histoire a sa moralité I
Avant donc que M. Paul Féval ne tonne contre l'immoralité des pièces d'aujourd'hui, permettez-moi de passer en revue TafGche de la soirée, et de dégager, par une pensée ou une citation, la moralité de chaque spectacle.
Ce ne sera pas bien difficile. A l'ouvrage I
Comédie- Française. — Petite pluie!... La sagesse nous a été donnée principalement pour ménager nos plaisirs. (Saint-Evremont). M. Pailleron n'a-t-il pas eu la sagesse de nous ménagerie nôtre? (Un Monsieur DE l'Orchestre.)
Moralité : Aimer, ne pas aimer ; une question d'allumettes I (Le Masque de Fer.)
Odéon. — La Maîtresse légitime. Nous trouvons
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toujours le moyen d'ajuster notre morale à nos goûts et même à nos passions. (Madame de Salm.) C'est pourquoi nous avons prouvé que la maîtresse légitime vaut la femme légitime. (Poupart-Davyl.)
Gymnase. — FerréoL Laissez assassiner votre prochain, plutôt que de compromettre la femme d autrui.