LA BLANCHISSEUSE DE BERG-OP-ZOOM
25 janvier.
La nouvelle opérette des Folies-Dramatiques me permet de constater avec plaisir le rapprochement qui s'est opéré entre MM. Chivot et Duru. Les deux collaborateurs s'étaient trouvés un moment séparés, mais, après quelque temps d'école buissonnière, Duru a commencé à regretter l'absence de Chivot, et Chivot s'est dit que la vie était bien triste sans Duru. Duru a fait un pas vers Chivot, Chivot en a fait un autre vers Duru, et la Blanchisseuse de Berg-op'Zoom a scellé le nouveau bail de Chivot et de Duru.
De même que deux amants, le jour où ils se raccommodent, se plaisent à retourner ensemble à l'endroit où ils s'étaient donné leur premier rendez-vous, les deux collaborateurs sont revenus tous deux aux Folies, où ont été jouées leurs premières pièces. C'est aux Folies qu'ils ont débuté, il y a longtemps déjà, et c'est aux Folies qu'ils ont fait l'apprentissage du succès.
La distribution des rôles a sérieusement embarrassé les auteurs. On y a essayé successivement à peu près tous les artistes. Milher devait d'abord jouer le rôle de Lucco et Lucco le rôle d'Haymé, lequel ayant quitté le sien, le céda à M. Mousseaux qui fut trouvé faible et remplacé par Lucco qui fut à son tour remplacé par Milher.
On eut ridée, dans le principe, de confier le rôle de mademoiselle Van-Ghell à Céline Montaland, la charmante Suzanne des Trente millions de Gladiator^ On lui écrivit donc, selon l'usage, pour la convoquer à la lecture. Mais, dans l'intervalle, les auteurs réfléchirent qu'une chanteuse à vocalises et à roulades ferait mieux Taffaire du musicien, et on se décida pour mademoiselle Van-Ghell. Par malheur, on oublia de donner contre-ordre à mademoiselle Montaland, de sorte que toutes les deux se trouvèrent en même temps à la lecture.
On voit d'ici la scène :
Les auteurs assis devant la petite table verte ; tous les artistes réunis et les deux prima donna se jetant des coups d'œil étonnés.
io SOIRÉES PARISIENNES
Au commence ment, les choses n'allèrent pas trop mal. Ne pouvaic-U, en effet, y avoir dans la pièce deux rôles de femme également importants !
Mais après le premier acte le doute ne fut plus permis. La situation devenait embarrassante. Heureusement mademoiselle Montalaud est femme d'esprit; on lui expliqua l'erreur commise et elle fut la première à en rire.
Il y a beaucoup d'échelles dans la pièce : une échelle double au premier acte, deux échelles au second acte.
— Décidément, dit en sortant Siraudin, Vasseur fait de la musique sur une grande échelle.
La claque des Folies est une des mieux organisées et des mieux disciplinées de Paris. Mais, ce soir, elle a su se surpasser elle-même et les baissers de rideau ont été enlevés avec une maestria incomparable.
Ces messieurs se seront dit que, dans une pièce où il n'est question que de blanchisseuses, c'était le cas ou jamais de bien employer ses battoirs.