MERCREDI DES CENDRES
18 février.
C'est une opinion généralement reçue dans le public que, le mercredi des cendres, les théâtres doivent être déserts et les recettes nulles. Fort heureusement pour les directeurs, il n'en est pas tout à fait ainsi, et les quelques salles où je suis entré ce soir n'offraient pas absolument cet aspect désolé qu'on pouvait s'attendre à trouver. Mais vous savez ce que c'est qu'un préjugé : toute la journée, les solliciteurs de places s'en sont donné à cœur joie. Dans les théâtres à succès surtout,
c'était une avalanche de lettres, répétant toutes la même formule sur tous les tons :
« Monsieur, à l'occasion du mercredi des cendres, h crois pouvoir...
« Mon cher ami, le mercredi des cendres devant infailliblement faire tomber vos recettes; j'ose espérer...
a Monsieur le directeur, le mercredi des cendres... >
Et ainsi de suite, sans compter les farceurs :
« Mon vieux, puisqu'on doit voir vos recettes le mercredi descendre... »
(Celui-là a été fait plus de deux cents fois aujourd'hui ! il y a des gens qui ne reculent devant rien.)
Vers trois heures et demie, on eût couru un réel danger à se risquer dans le cabinet des secrétaires exaspérés. En somme, presque toutes les demandes ont été impitoyablement jetées au panier.