‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 5)Chapitre 33 sur 126 · MARS. III · texte numérisé non relu

MARS. III

harmonieux. C'est d'une poésie mélancolique et indicible.

Dans presque toutes les pièces de Feuillet, il se trouve soit un château en ruines, soit un parc aux arbres centenaires, vu au clair de lune, soit un précipice, soit un torrent.

C'est que Feuillet est un admirateur passionné de Walter Scott, qu'il lit et relit sans cesse.

Quand il part en voyage^ ce qu'il demande avant tout, ce n'est pas sa malle, c'est son Walter Scott. Il a chez lui des Walter Scott de tous les formats : des Walter Scott de ville et des Walter Scott de campagne, des Walter Scott de poche, des Walter Scott faciles à lire au lit, des Walter Scott de rechange, enfin des Walter Scott pour tout foire.

Le décor romanesque du Sphinx représente un parc, avec mare, rochers, petit pont et l'inévitable rayon de lune. C'est là que se joue la fameuse scène du baiser.

Comment la trouvez-vous, cette scène? demande mon voisin, quand le rideau est tombé sur le troisième acte.

— Elle est écrite dans une jolie langue !

25 mars.

Reprise à!Hamlet à l'Opéra. Comme mise en scène, M. Halanzier a fait ce qu'il a pu. Cela ne rappelle pas absolument les splendeurs de la rue Lepelletier, mais

c'est convenable, et, étant donné le*cadre si étroit de Ventadour, c'est presque un tour de force.

Il reste bien, par-ci par-là, quelques détails comiques, mais ils échappent à la majorité du public.

Ainsi, par exemple, au troisième acte, quand Hamlet,

caché derrière une tapisserie, épie le roi et s'apprête

* à le frapper de son poignard, on a tout bonnement

supprimé la tapisserie. Hamlet entre dans la coulisse,

en sort, pour chanter sa partie dans le duo :

Il s'offre à mon poignard !

puis disparaît de nouveau derrière le manteau d'arlequin, pour reparaître quelques instants après.

Un de ces habitués forcenés qui ont vu cent et une fois l'opéra shakespearien , me raconte l'anecdote que voici :

Pendant les premières représentations & Hamlet, Georges Hainl fut nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Le soir il arriva à son pupitre avec un ruban tout flambant neuf et rouge comme un soleil couchant. Aussi ne put-il s'empêcher de jeter une série de regards pleins de mépris sur le cordon bleu que le prioce de Danemark porte autour du cou.

— Que diable puis-je bien avoir à mon pourpoint? se demanda M. Faure.

Et il se dit immédiatement : «

— Ce doit être un accroc !...

Toujours chantant, il se mit à promener ses doigts sur sa poitrine, si bien que le spectre, — the ghost,

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