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comme dit Shakespeare , — se dit à son tour :
— Il paraît que Faure a des démangeaisons violeptes.... Il faut qu'une puce de forte taille soit aux prises avec son épiderme.... Pourvu que je ne l'attrape pas !... Bonî reprit-il intérieurement au bout de cinq secondes, la voilà sur moi !
Par un singulier effet d'imagination, il croyait la sentir qui gambadait sur son bras.
Et alors, nerveusement, le feu roi se mit à se démener, secouant comme une batterie de cuisine sa fantastique ferraille, si bien qu'il en perdit ses brassards, tout enchantant:1
— Souviens-toi, souviens-toi !...
Et, pendant ce temps, Georges Hâinl continuait à considérer avec mépris le cordon bleu de M. Faure.
28 mars.
En fait de solennités, il n'y en a eu qu'une ce soir, mais une qui compte pour quatre : la représentation des Baigneuses au théâtre de la Tour-d'Auvergne. M. Bridault est parvenu à faire ce que la toute-puissante société nantaise avait essayé en vain : il participe à l'exploitation de trois petits théâtres, et pendant que la troupe de la Tour-d'Auvergne joue aux Délassements, celle des Délassements joue à Déjazet, et
celle de Déjazet à la Tour-d'Auvergne. Il pourra se livrer ainsi à une foule de combinaisons que je lui
souhaite fructueuses, sans y croire beaucoup toutefois» car en regardant tout à l'heure l'affiche de la Tourd'Auvergne, j'y ai lu non sans une certaine surprise :
Pour les trois dernières représentations des artistes de Déjazet, première représentation des Baigneuses.
Pendant que j'étais en train de visiter les grands théâtres, j'ai poussé jusqu'aux Italiens. La salle y est plus brillante que le spectacle. M1U Donadio a une assez jolie voix, et elle s'acquitte convenablement en somme du rôle sympathique de la Sonnambula, mais Brignoli.... Ah! Brignoli, qui nous débarrassera de. Brignoli ? On a beau venir aux Italiens pour causer, pour lorgner, pour se rendre visite, il y a des moments où, malgré soi, on regarde sur la scène, il y a des airs qu'on écoute presque machinalement. Et alors on voit ce ténor qui, en ouvrant sa large bouche, a l'air de vouloir manger son nez ; on entend les sons lamentables de chat amoureux et les gargarismes étranges dont il nous écorche les oreilles, et on a envie de s'enfuir, loin, bien loin, dans un pays où Brignoli n'a jamais pénétré , où il ne pénétrera jamais ! O Strakosch , directeur qui es à Ventadour, délivre-nous de Brignoli!
Mes flâneries dans les coulisses me mettent tous les jours à même de constater combien l'artiste, derrière la toile, diffère de l'artiste, derrière la rampe. Tel comique qui ferait rire les banquettes est froid, compassé et lugubre, une fois son rôle fini ; tel traître de mélo-
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drame, au contraire, dont la simple apparition provoque un frisson d'horreur, est ordinairement gai et enjoué au possible.
J'ai contrôlé, une fois de plus, ce phénomène, en écoutant causer, ce soir, une étoile d'un de nos théâ- • très de genre.
Petite, maigrichonne, un peu grimaçante, peutêtre, mais spirituelle et rieuse, friponne aux yeux provoquants, soulignant les sous-entendus grivois de son petit minois endiablé par je ne sais quels gestes pleins d'originalité et d'entrain, ayant du talent jusqu'au bout des petites griffes qui lui servent d'ongles, douée d'une voix à la fois flûtée et câline, tantôt fifre et tantôt hautbois, elle règne en maîtresse sur la scène, faisant l'ombre autour d'elle, toujours applaudie, toujours gâtée.
Mais dès qu'elle a disparu derrière un portant, la gamine devient sombre ; la voix se voile, les bras retombent inertes, et les yeux ont l'air de chercher au ciel l'éternel inconnu.
La vie, — elle ne craint pas de le dire, — lui paraît triste, monotone, pleine d'ennuis et de désillusions. Aux monologues parisiens qu'elle débite si gentiment, elle fait volontiers succéder le monologue d'Hamlet : Tobeor not to be. Jérémie lui-même, de biblique mémoire, s'étendait moins longuement sur le chapitre des lamentations. Quand elle parle de Desclée, elle dit : « Ma pauvre grande ! » et elle essuie une larme. Le jour de l'enterrement de l'illustre artiste, en rentrant dans les coulisses, et pendant que la salle entière
Il6 LES SOIRÉES PARISIENNES.
riait à se tordre de sa sortie, elle disait à un mien ami, sans autre transition : •
— La pauvre grande ! dans ces derniers temps, elle né me reconnaissait plus !
— Cela n'est pas étonnant, murmurait derrière elle un de ses camarades, «lies ne s'étaient jamais vues !
Bref, l'existence, à ses yeux, n'esjt qu'amertume.
On m'a raconté une anecdote qui peint admirablement le caractère porté vers la mélancolie de l'aimable comédienne.
Les choristes sont généralement recrutés dans les églises, — chacun sait cela. Quand une pièce les ennuie et qu'elle touche à sa fin, ils ont l'exécrable habitude d'entonner, dans leur foyer, pendant tous les entr'actes, un De Profundis qui cesse seulement au lever du rideau. Or, pendant les dernières représentations d'une grande « machine » qui n'avait pas précisément réussi au théâtre où joue ma petite actrice, le De Profundis faisait rage. Justement, le foyer des choristes se trouvait au-dessus de la loge de l'artiste.
Un soir, elle fit irruption dans le cabinet du régisseur général et, toute en larmes, les cheveux épars, les mains crispées , frémissante, pantelante, elle lui cria :
— Faites-les taire, de grâce !... Les entendez-vous!... Le De Profundis! Mais ils ne savent donc pas, les malheureux, que c'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de mon pauvre mari !